Des artefacts du Elizabeth and Mary de retour dans la région

Des artefacts du Elizabeth and Mary de retour dans la région

Michel Gagnon, André Bergeron, Raphaël Hovington, Jean-Paul Leguilcher et Marc-André Bernier étaient de l’ouverture de l’exposition Philps : Vestiges de tempêtes. Photo Le Manic

Baie-Comeau – Certains vestiges du Elizabeth and Mary reviennent enfin près du lieu où ils ont passé plus de 300 ans. C’est avec grande fierté que la Société historique de la Côte-Nord a inauguré la semaine dernière son exposition estivale annuelle, Phips : Vestiges de tempêtes.

Cette exposition vise à commémorer le 20e anniversaire de la fin des fouilles de ce navire, échoué depuis 1690 face à Baie-Trinité et découvert en 1994. Outre le fait de souligner ces 20 ans, celui qui a eu l’idée de l’exposition, Jean-Paul Leguilcher, a souligné qu’elle sert aussi à saluer la cinquantaine de plongeurs qui ont participé aux fouilles.

Les gens qui découvriront Phips : Vestiges de tempêtes pourront en partie retracer l’histoire de la cinquantaine de soldats qui ont péri sur l’Elizabeth and Mary, des miliciens qui répliquaient à une attaque des Français en Nouvelle-Angleterre. On peut d’ailleurs voir la liste des 57 victimes, ce qui permettra au visiteur de faire un lien avec les initiales qui se trouvent sur plusieurs des artefacts exposés à la Maison du patrimoine Napoléon-Alexandre-Comeau.

Cette armée d’invasion conduite par le général Phips s’est butée aux soldats français à Québec, qui l’a mise en déroute. C’est lors de cet événement que le comte de Frontenac a lancé à l’émissaire de Phips qu’il répondrait à ce dernier « par la bouche de mes canons ». Phips n’aurait perdu qu’une trentaine d’hommes durant la bataille proprement dite, mais près de 1000 lorsqu’il a battu en retraite. Les tempêtes et la petite vérole ont durement frappé la flotte.

Une superbe collection

Le chef de l’archéologie subaquatique à Parcs Canada, Marc-André Bernier, n’a pas manqué de rappeler que le patrimoine archéologique de la Côte-Nord est énorme et que la collection d’objets provenant du Elizabeth and Mary « est l’une des plus belles au monde (concernant des objets) de la Nouvelle-Angleterre du 17e siècle, c’est indéniable ».

Le restaurateur en archéologie du Centre de conservation du Québec, André Bergeron, abonde dans le même sens en parlant d’une collection exceptionnelle. À son avis, la société historique a la chance d’exposer « un très bel échantillonnage de cette collection », qui incidemment continue de s’enrichir car les fouilles dans les concrétions, ces amas solides qui se forment autour des vestiges dans l’eau, ne sont toujours pas complétées.

Phips : Vestiges de tempêtes s’articule autour de quatre thèmes : les 20 ans de la fin des fouilles, le traitement des artefacts, le contexte historique et l’aspect humain de cette tragédie qui a couté la vie à 57 personnes, des paysans établis au sud de Boston.

Clin d’œil à Nap

L’esprit d’une autre personne flottera peut-être sur cette exposition, celui de Napoléon Martin, qui a fait de nombreuses plongées sur cette épave. Son grand ami Jean-Paul Leguilcher a souligné qu’avec cette exposition, il voulait ainsi faire un clin d’œil à son « gourou en plongée sous-marine ».

Quant au maire Claude Martel, président d’honneur de l’exposition, il n’a pas retenu ses larmes lorsqu’il a évoqué la mémoire de celui qui était son beau-frère, qu’il a qualifié « d’homme extraordinaire ».

En théorie, Phips, Vestiges de tempêtes devrait prendre fin avec l’été, mais le président de la société historique, Raphaël Hovington, a assuré que l’organisme fait des pieds et des mains pour que l’exposition se prolonge à l’automne afin de la proposer à la clientèle scolaire et à celle des croisiéristes.

  • Raphaël Hovington

    C’est un très bon reportage de Steve Paradis. C’est aussi une exposition à voir pour la qualité exceptionnelle des pièces, mais aussi dans un certain recueillement. Ce sont les derniers témoins de personnes qui ont eu une existence réelle il y a un peu plus de 300 ans, dont on ignore ce qu’il est advenu réellement. Moi, elles m’émeuvent quand je les contemple dans le silence du temps.