Enfants à haut potentiel : une particularité encore méconnue dans la région

Enfants à haut potentiel : une particularité encore méconnue dans la région

« Il faut se sortir de l’idée que l’enfant à haut potentiel est bon partout et égal dans toutes les sphères », indique Audrey Caron, psychoéducatrice, qui s’est fait un devoir de démystifier cette particularité encore méconnue dans la Manicouagan. Photo Getty Images

Baie-Comeau – Quand on pense haut potentiel (ou douance), on imagine souvent un petit génie qui sort totalement de la norme. Or, les enfants à haut potentiel sont nombreux à passer sous le radar ou même à se retrouver en difficulté scolaire.

« Il faut se sortir de l’idée que l’enfant à haut potentiel est bon partout et égal dans toutes les sphères », indique la psychoéducatrice Audrey Caron, qui s’est fait un devoir de démystifier cette particularité encore méconnue dans la Manicouagan.

« Chaque enfant est unique. Il n’y a pas un enfant qui va avoir toutes les mêmes caractéristiques. Il y en a qui vont se démarquer par les mathématiques, d’autres par le langage et d’autres par la musique. Parfois, c’est plus complexe parce qu’ils vont présenter des troubles associés comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) », poursuit-elle.

Si tous les enfants sont différents, certaines caractéristiques reviennent souvent, notamment hypersensibilité (émotive ou sensorielle), perfectionnisme, sens de la justice très développé, dyssynchronie entre les capacités affectives et intellectuelles, pensée en arborescence.

C’est l’ensemble du portrait, jumelé à un quotient intellectuel d’au moins 130, qui permet d’en arriver au diagnostic. L’évaluation doit être faite par un psychologue ou un neuropsychologue.

Méconnu et mal diagnostiqué

Selon Audrey Caron, qui a découvert le haut potentiel en travaillant avec la psychologue saguenéenne Natasha Tremblay pour l’évaluation d’enfants baie-comois, le haut potentiel concerne 2 % de la population, soit une personne sur 50.

Cette particularité demeure toutefois grandement méconnue et souvent mal diagnostiquée. Plusieurs reçoivent à tort des diagnostics de TDAH, par exemple, puisqu’ils sont souvent distraits ou dérangeants à l’école, où ils s’ennuient.

D’ailleurs, les parents qui reçoivent un diagnostic de haut potentiel pour leur enfant consultaient souvent pour autre chose, comme un soupçon de TDAH ou de trouble d’opposition, explique Mme Caron.

« J’ai toujours su qu’elle avait quelque chose, mais je n’étais pas capable de mettre des mots dessus. Moi, j’allais voir pour un trouble d’opposition », raconte Nancy (nom fictif), dont la fille de sept ans a finalement reçu le diagnostic de haut potentiel. De l’extérieur, souligne la maman, personne ne pourrait dire que sa fille a un haut potentiel.

Pour elle, les enfants à haut potentiel, hypersensibles, font dans les extrêmes et peuvent éprouver de la difficulté à gérer leurs émotions. « Il faut toujours expliquer le pourquoi et il faut que nos explications soient crédibles. […] Ils comprennent plus de choses, ils captent beaucoup le ressenti entre les personnes. Et ce ne sont pas des enfants qui rentrent dans la routine », souligne-t-elle.

L’importance du diagnostic

Audrey Caron croit que le haut potentiel doit être diagnostiqué pour permettre à l’enfant de s’épanouir pleinement et éviter certaines problématiques auxquelles il pourrait faire face, comme le décrochage scolaire, la dépression, l’anxiété ou l’opposition.

Mentionnons que les enfants à haut potentiel peuvent aussi présenter des troubles d’apprentissage (les DY : dyslexie, dysorthographie, etc.), un TDAH ou un trouble du spectre de l’autisme.

« L’écart à la moyenne est le même pour la douance que pour la déficience intellectuelle! Dans les deux cas, ça demande des adaptations », affirme la psychoéducatrice.

Le diagnostic permet de mieux comprendre l’enfant et ses besoins et, ainsi, de mieux y répondre. Les interventions ne sont pas les mêmes si on considère que l’enfant a un TDAH, un trouble d’opposition ou un haut potentiel.

« Leur façon de penser, de percevoir, d’interpréter le monde diffère de la majorité des gens. […] C’est important de bien les identifier, pas pour les médicamenter, mais parce qu’ils ont besoin d’être compris, qu’on comprenne bien leur différence plutôt que ça devienne incompris, une source d’inquiétude », précise Mme Caron, qui déplore toutefois le manque de ressources dans la région en lien avec le haut potentiel.

Pour Nancy, le diagnostic a été un soulagement. « Maintenant, on sait sur quoi mettre l’accent. On prend les outils et les moyens pour s’adapter. Mon défi en tant que parent, ça va être de trouver le plus d’outils possible pour l’aider à s’épanouir », conclut-elle.

Commission scolaire

Si des enfants de la Manicouagan ont reçu des diagnostics de haut potentiel, la Commission scolaire de l’Estuaire (CSE) n’a pas encore eu de demandes d’adaptation de la part de parents en lien avec cette clientèle.

Selon la conseillère en communication Patricia Lavoie, il est arrivé que la CSE reçoive des demandes de parents qui souhaitent que leur enfant entre au préscolaire plus tôt, mais n’a jamais, depuis plusieurs années, eu de recommandation positive d’un psychologue à cet effet.