Le Dr Arnaud Samson quitte Baie-Comeau après 41 ans

Le Dr Arnaud Samson quitte Baie-Comeau après 41 ans

Baie-Comeau – Le Dr Arnaud Samson s’apprête à quitter Baie-Comeau après y avoir pratiqué pendant 41 ans. Âgé de 65 ans, il déménage avec son épouse à Québec, où habitent ses trois enfants et son petit-fils de neuf mois.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’omnipraticien pliera bagage le 22 décembre en laissant ses 1 400 patients. « C’est à cause des enfants. Depuis deux ans, on est sur la route aux semaines. Les enfants, c’est la seule raison, car je suis bien à Baie-Comeau. On est très bien à Baie-Comeau », affirme-t-il.

Le médecin souligne que son épouse et lui sont conscients de ce qu’ils perdront en quittant la région. Il parle de la vue sur la rivière Manicouagan à partir de son domicile, de la quiétude de son milieu et de tous ces gens connus qu’il peut apercevoir à un feu de circulation ou encore à l’épicerie. Tout ça lui manquera.

« On se déracine. On quitte la maison et on s’en va en appartement. On ne veut pas attendre à 80 ans pour fermer une maison et laisser à d’autres le soin (de la vider) », assure-t-il.

Arrivé en 1976

Les premiers pas de sa pratique médicale, c’est à Hauterive (devenue Baie-Comeau) que le Dr Samson les a faits. Fraichement diplômé, il est arrivé en 1976 à l’Hôpital Hôtel-Dieu. Il faisait alors partie d’une équipe de six médecins. Il y en avait environ le même nombre à l’Hôpital général de Baie-Comeau, précise-t-il.

De ses premières années comme médecin, il garde en mémoire ces midis-rencontres en compagnie d’un collègue plus expérimenté avec lequel il discutait de cas qu’il avait eu à traiter pendant l’avant-midi. En après-midi, il rencontrait à nouveau ces patients ou leur parlait au téléphone. « Il y avait une camaraderie qui nous permettait d’avancer avec le peu de moyens qu’on avait », se souvient-il.

Entre la médecine de l’époque et celle d’aujourd’hui, c’est deux mondes, poursuit le médecin. Il se rappelle ce temps où les gens malades avaient peur de consulter par crainte de recevoir une facture. « Aujourd’hui, il faut que ce soit un médecin qui prescrive du Tylenol à la garderie », souligne-t-il.

S’il a toujours pratiqué à Baie-Comeau, c’est qu’il ne voyait pas pourquoi il aurait déménagé. Il était au fait de la façon dont les choses se passaient dans d’autres hôpitaux et, comme il le dit si bien, « j’avais une piastre et je ne voulais pas changer pour quatre trente sous ».

Sa cause : le cancer

La prolifique carrière du Dr Samson l’aura amené à s’impliquer de très près pour la cause du cancer. Il a été l’un des fondateurs de clinique d’oncologie en 1992, une clinique qui a servi de modèle d’organisation à de nombreux hôpitaux en région éloignée. « Elle évitait aux gens de se déraciner pour suivre leurs traitements de chimiothérapie », mentionne celui qui a été chef de service en hémato- oncologie jusqu’en 2010 et associé de près jusqu’en 2016.

« C’est passionnant. On est en contact avec les vraies choses de la vie. Un mal de gorge, ça passe, mais le cancer (c’est une autre chose) », mentionne celui qui a lui-même vécu un cancer de la thyroïde il y a cinq ans.

Le Dr Samson a également donné de son temps pour la cause sur la scène provinciale, notamment comme coprésident du groupe-conseil de lutte contre le cancer de 2004 à 2010 et membre du comité directeur de la Direction de la lutte contre le cancer de 2004 à 2008.

L’engagement du médecin s’est étendu à la grandeur de la Côte-Nord, entre autres comme directeur des affaires médicales de 2011 à 2015, président du comité régional de lutte contre le cancer de 2005 à 2013 et médecin-conseil à la Direction de la santé publique de 1990 à 2014.

En 2002, le Dr Samson a été honoré par le Collège des médecins du Québec en recevant le Grand prix d’excellence, tandis qu’en 2012, le département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval lui remettait le prix Clinicien enseignant en région pour son travail à l’Unité de médecine familiale (UMF) de Manicouagan.

Beaux et moins beaux

On ne pratique pas la médecine pendant 41 ans sans vivre de beaux et de moins beaux moments. Parmi les souvenirs qui lui sont chers, c’est toutes ces occasions où il revoyait d’anciens patients qui le remerciaient d’avoir été là à un moment important et de leur avoir sauvé la vie. Ces marques de reconnaissance touchantes ne viennent jamais sur le coup, mentionne-t-il.

« Des moments professionnels difficiles, il y en a eu plusieurs. Il y en a à toutes les semaines lorsqu’on est avec des gens et qu’on leur annonce des mauvaises nouvelles », poursuit le médecin.

Même s’il quitte Baie-Comeau, le médecin ne prend pas sa retraite pour autant. Il pratiquera au groupe de médecine familiale (GMF) Sainte-Foy, où sa sœur, également médecin, œuvre déjà. La clinique est située à côté de l’Hôpital Laval. Le Dr Samson se donne encore cinq ans à travailler. « À 70 ans, ma femme pense qu’il me faudra trouver d’autres activités que le travail », lance-t-il en riant.

Syndrome de la traverse

Avec le départ du médecin, la Côte-Nord voit également partir le coroner qui, à la fin des années 90, a expliqué un accident de la route survenu en Haute-Côte-Nord par le syndrome de la traverse. Cette expression demeure bien vivante aujourd’hui pour interpréter les changements de comportement de plusieurs automobilistes à l’approche de la traverse Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine.

Le Dr Samson est coroner depuis 1996 et ce travail le passionne toujours autant. Il espère d’ailleurs demeurer coroner à Québec et, si tel est le cas, il se promet de tout faire pour améliorer la sécurité sur le tronçon de la route 138 entre La Malbaie et Baie-Sainte-Catherine, un secteur oublié, selon lui.

Rappelons aussi qu’avec le départ du médecin, la région de Baie-Comeau perd un grand ambassadeur de la pratique du vélo et de la Randonnée Vélo Santé et la Randonnée Vélo-Vallée.

  • Elaine B

    Au revoir, Dr. Samson et merci pour tout.
    Salutations à Didier! 🙂