L’occupation des bureaux de Service Canada aura été de courte durée

L’occupation des bureaux de Service Canada aura été de courte durée

Guillaume Tremblay et Line Sirois, respectivement du Conseil central Côte-Nord-CSN et d'Action chômage Côte-Nord, ont réuni une vingtaine de travailleurs saisonniers pour occuper les bureaux de Santé Canada à Baie-Comeau. Photo Le Manic

Baie-Comeau – Il n’aura fallu que 40 minutes avant que les policiers débarquent chez Service Canada à Baie-Comeau, lundi avant-midi, et montrent la porte à la vingtaine de travailleurs saisonniers sur place. Ces derniers voulaient occuper les lieux afin de faire pression sur Ottawa pour la mise en place de mesures d’urgence et d’autres permanentes pour lutter contre le trou noir de l’assurance-emploi.

Initiée sur la Côte-Nord par la CSN et le groupe Action chômage Côte-Nord, cette occupation pacifique des bureaux de Service Canada s’est également tenue à Forestville et à Sept-Îles ainsi que dans deux bureaux de la Gaspésie et cinq du Nouveau-Brunswick.

Sur le coup de 10 h lundi, le président du Conseil central Côte-Nord-CSN, Guillaume Tremblay, a indiqué que le siège qui venait de s’amorcer se poursuivrait aussi longtemps que le ministre Jean-Yves Duclos, responsable de l’assurance-emploi, n’agirait pas et que les forces de l’ordre n’interviendraient pas. « On va faire ça de façon pacifique tant que M. Duclos (le ministre responsable) ne bougera pas. On veut des mesures d’urgence pour corriger le tir », a-t-il alors souligné.

L’arrivée de deux policiers de la Sûreté du Québec vers 10 h 40 a cependant mis fin à l’occupation et à l’espoir que cette action de visibilité porte ses fruits. « On va obtempérer, mais on va revenir », a promis le syndicaliste.

Il y a un mois, le personnel du bureau de circonscription de Québec du ministre Jean-Yves Duclos, responsable de l’assurance-emploi, s’était montré beaucoup plus patient. Après 36 heures de siège, la quinzaine de travailleurs sur place et leurs représentants avaient quitté les lieux après être parvenus à s’entretenir avec M. Duclos. Ce dernier leur avait promis qu’il ferait de ce dossier une priorité.

Les travailleurs saisonniers continuent de réclamer des mesures pour lutter contre le trou noir, qui correspond au délai s’écoulant entre la fin de leurs prestations d’assurance-emploi et leur retour au travail au printemps. Or, au lieu de s’améliorer, leur situation vient même de se détériorer.

De mal en pis

Depuis le lundi 12 février, les chômeurs de la Côte-Nord doivent avoir accumulé 700 heures de travail pour avoir droit à 14 semaines de prestations. En novembre 2017, l’exigence était pourtant passée à 665 heures de travail pour obtenir 15 semaines de prestation et déjà là, c’était pire qu’auparavant. La CSN et Action chômage Côte-Nord réclament un seuil d’admissibilité à 420 heures pour 30 semaines de prestations.

Pendant ce temps-là, le nombre de familles qui se retrouvent sans revenus augmente, rappelle M. Tremblay. Pour certains travailleurs, la période du trou noir s’étirera jusqu’à 20 semaines. Pourtant, il y a quelques années, cette période ne dépassait pas huit semaines. Avec les nouvelles règles, certaines personnes ne réussiront même pas à se qualifier à l’assurance-emploi après leur saison 2018.

Selon Line Sirois, d’Action chômage Côte-Nord, l’industrie saisonnière se caractérise par une reprise du travail autour de la fête de Pâques dans les poissonneries, en mai pour les travaux de sylviculture et en juin et juillet du côté du tourisme.

Le président de la CSN considère qu’aucun argument ne peut expliquer l’attitude du gouvernement fédéral. « Il y a de l’argent dans la caisse de l’assurance-emploi », a-t-il insisté, tout en rappelant que cet argent provient des poches des employés et des employeurs.

Témoignage

Nancy Gendreau et Jimmy Pelletier, deux Forestvillois, ont participé à l’occupation des bureaux de Service Canada à Baie-Comeau lundi. Le couple vit le problème du trou noir.
M. Pelletier, qui travaille en forêt, a reçu sa dernière prestation d’assurance-emploi la semaine dernière. Pour Mme Gendreau, qui œuvre dans le secteur des pêcheries, c’est prévu le 20 février. Par la suite, les deux conjoints n’auront plus rien. Il leur restera à aller frapper à la porte de l’aide sociale, mais la dame n’est sûre de rien.

« C’est un peu humiliant d’aller au bien-être quand tu travailles. Je ne sais pas où je vais me retrouver », a témoigné Mme Gendreau. Chose certaine, le couple se prépare à prendre des arrangements pour retarder certains paiements, comme l’électricité et le câble. Et, comme le fait si bien remarquer la dame, lors du retour au travail plus tard au printemps, les premières payes seront grugées par le remboursement des montants non acquittés.