« Retourner la locomotive » aux régions

« Retourner la locomotive » aux régions

Jean-François Lisée pense pouvoir convaincre autant les indécis que des membres du parti qui, de prime abord, avaient donné leur appui à un autre candidat à la chefferie, grâce à son plan de match clair en deux étapes : d’abord, chasser les libéraux; ensuite, faire l’indépendance.

Crédit photo : Le Manic

Baie-Comeau – De passage sur la Côte-Nord dans le cadre de la course à la chefferie du Parti québécois, Jean-François Lisée affirme qu’il veut redonner à la nation les outils de son développement. Et cela passe par les régions.

« Je mettrais le cran d’arrêt sur toutes les mesures de centralisation. […] Je retournerais la locomotive vers les régions », assure-t-il dans l’éventualité où le Parti québécois prendrait le pouvoir – avec lui à sa tête – en 2018.

Pour ramener l’équilibre et redonner confiance à la nation, il prévoit notamment rétablir les 86 millions de dollars coupés dans le budget du développement local et donner le mandat à la Caisse de dépôt et de placement du Québec d’investir dans le développement économique régional. « Je vais le mettre dans leur loi […] Si vous nous dites que vous avez trouvé 0 entreprise dans le développement régional qui est une bonne occasion d’affaires, on ne vous croira pas », indique-t-il.

Afin de favoriser l’économie québécoise et celle des régions, Jean-François Lisée mise sur une plus grande efficacité de l’appareil gouvernemental pour les grands projets. « Il y a le marché mondial et il y a l’incompétence des libéraux. Ça a pris un an et demi pour avoir les permis pour Mine Arnaud. […] Il faut s’assurer que personne ne perde du temps sur les grands projets », croit-il.

Les petites et moyennes entreprises (PME) ont une belle place dans les projets de M. Lisée, qui dit vouloir être « le premier ministre des PME ». « Quand tu as un projet qui crée 500 emplois ou 500 petites PME qui créent un emploi, c’est le plus important. Il y a une grande valorisation des grands projets, mais le plus important pour le développement, ce sont les PME », affirme-t-il.

Réduction du fardeau réglementaire des entreprises en général et réglementation allégée durant les cinq premières années d’une entreprise afin de favoriser leur implantation solide sont au programme. « Ça coûte 8 milliards de dollars par an aux entreprises québécoises en frais d’administration pour faire affaires! […] C’est au gouvernement de faire des copies, pas aux entreprises», clame-t-il.

Pétrole sur Anticosti

Questionné au sujet des projets pétroliers sur l’île d’Anticosti, M. Lisée croit qu’il faut se rendre à l’évidence et accepter que l’exploitation du pétrole anticostien ne sera jamais rentable. Il veut réfléchir autrement le développement de l’île, en misant plutôt sur le tourisme durable.

En ce qui a trait aux ressources naturelles, le candidat à la chefferie met aussi de l’avant la biomasse forestière comme créneau d’avenir. Le bois d’œuvre québécois, dossier selon lui délaissé par le gouvernement canadien, est aussi un secteur à développer. « La forêt québécoise, ce sera toujours un gisement de richesse pour le Québec, si on l’organise de façon durable et avec les bonnes politiques », précise-t-il.

M. Lisée fonde aussi beaucoup d’espoir dans le renouveau du leadership dans les communautés autochtones. Il affirme que son parti a démontré sa volonté de construire des partenariats constructifs avec ces communautés. Il propose notamment que le Québec adhère à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Convaincre

Jean-François Lisée pense pouvoir convaincre autant les indécis que des membres du parti qui, de prime abord, avaient donné leur appui à un autre candidat à la chefferie, grâce à son plan de match clair en deux étapes : d’abord, chasser les libéraux; ensuite, faire l’indépendance.

Ce qui signifie : pas de référendum pendant le premier mandat et pas d’utilisation des fonds publics pour la préparation d’un référendum. Pourquoi? « Si j’avais voulu faire une campagne facile, j’aurais dit que tout allait bien aller. Mais j’ai choisi de faire une campagne lucide : je sais qu’il y a une côte importante à remonter. Si on essaie de le faire d’un seul bond, on redonne le pouvoir aux libéraux et c’est la pire chose qui peut arriver », affirme-t-il, rappelant la défaite d’André Boisclair en 2007 qui avait amené le Parti québécois en troisième place à l’Assemblée nationale.

M. Lisée croit qu’il n’y a pas assez d’indépendantistes au Québec actuellement, malgré ce qu’en disent les sondages. « Dans le 40 %, il y a des indécis et des gens qui disent oui, mais pour qui ce n’est pas plus important que l’économie ou la santé. Ce qui fait que les gens pour qui c’est le plus important, ça donne 28 % », dit-il.

Il prévoit donc « parler [d’indépendance] aux autres ». Que des jeunes parlent à d’autres jeunes pour les reconnecter à l’idée. « Il faut s’installer dans le paysage. Ça ne se fait pas en criant ciseau », conclut-il.