Alcoa négocie haut et fort son tarif d’électricité

Par 12:00 AM - 04 novembre 2013
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Baie-Comeau – Alcoa est sortie sur la place publique au cours des derniers jours, se disant prête à fermer ses trois alumineries québécoises, soit celles de Baie-Comeau, Bécancour et Deschambault, si Hydro-Québec n’accepte pas de geler le tarif d’électricité qu’elle lui offre présentement.

Marlène Joseph-Blais

Alors que la façon de faire du géant de l’aluminium est décriée par le gouvernement québécois, le vice-président énergie chez Alcoa Canada, Nicolas Dalmau, estime que les négociations en cours avec Hydro-Québec ne seront pas affectées par ces récentes sorties. «Je ne pense pas qu’il y aura un changement de ton, sauf que l’urgence de la situation est maintenant connue», affirme-t-il. Selon lui, la situation d’Alcoa diffère de celle des autres alumineries du Québec pour deux raisons. D’abord, parce que 92 % de son électricité provient d’Hydro-Québec, tandis que d’autres entreprises, telles que Rio Tinto Alcan, s’approvisionnent principalement à même leurs propres barrages hydroélectriques.

Ensuite, il s’avère qu’Alcoa doit être le premier producteur québécois d’aluminium à devoir faire la transition du tarif préférentiel dont il jouit présentement au tarif L, puisque le contrat le liant à la société d’État, une entente à partage de risque, prend fin en 2014. À compter de 2015, l’entreprise ne bénéficierait plus d’un tarif préférentiel de base fixé à 3 cents le kilowattheure (kWh), mais plutôt du tarif L, qui devrait être haussé à plus de 4 cents du kWh.

Statu quo demandé

Pour Alcoa, qui mobilise une puissance de 1 500 mégawatts d’électricité pour faire fonctionner ses trois alumineries québécoises, il s’agirait de coûts supplémentaires de 220 millions (M) $ en électricité annuellement, alors que sa facture actuelle s’élève à 350 M$. «On ne cherche pas une baisse de tarif. Ce qu’on ne peut pas absorber, c’est la hausse de tarif qui s’en vient», précise M. Dalmau, en ajoutant que l’entreprise souhaite plutôt obtenir une prolongation du contrat actuel, en conservant le même taux.

Bien que ce ne soit pas un avis de fermeture d’usine qui a été transmis au gouvernement, le vice-président est clair, si l’environnement d’affaires dans lequel évoluent présentement les trois alumineries québécoises ne change pas, elles pourraient réellement être fermées. «On est confiant que ça peut se régler de façon positive», souligne-t-il tout de même.

En ce qui concerne la modernisation de l’usine de Baie-Comeau, M. Dalmau estime qu’il faut avant tout faire en sorte que l’environnement québécois soit propice à la pérennité de l’entreprise. En ce sens, il compare le projet de modernisation des installations nord-côtières à un garage ou un second étage qui s’ajouterait à une résidence. «Il faut s’assurer d’abord que la maison est solide», indique-t-il, en soulignant l’importance de consolider les acquis de l’entreprise avant d’entrer en phase de développement. «On n’a pas fait une croix sur le projet de modernisation», assure toutefois le vice-président.

Gouvernement furieux

Le député de René-Lévesque, Marjolain Dufour, déplore la stratégie d’Alcoa qui, selon lui, prend en otage les populations et les régions touchées. Bien que des discussions soient en cours entre le gouvernement du Québec et Alcoa, l’élu croit qu’il n’y a pas lieu d’être alarmiste. «Je suis extrêmement surpris qu’on amène ça sur la place publique», déclare le député. La première ministre Pauline Marois est allée dans le même sens, lorsqu’on l’a questionnée à ce sujet à l’Assemblée nationale, se disant étonnée du ton alarmiste emprunté par l’entreprise, alors que des négociations ont toujours lieu.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a, quant à elle, profité de sorties médiatiques pour rappeler qu’Alcoa, tout comme les autres alumineries québécoises, avait déjà signé un nouveau contrat avec Hydro-Québec dans les années passées, et ce, en connaissant très bien le tarif augmenté auquel elle aurait droit dès 2015.

Chambres de commerce

Le président de la Chambre de commerce de Manicouagan, Bernard Filiatrault, a rapidement contacté ses homologues des régions entourant Bécancour et Deschambault, la semaine dernière, après avoir appris qu’Alcoa menaçait de fermer ses trois alumineries québécoises dans un an si elle n’arrivait pas à obtenir le statu quo quant à son tarif d’électricité. Les chambres de commerce de la Manicouagan, du Cœur-du-Québec, de Portneuf et de Trois-Rivières font donc front commun, réclamant une conclusion rapide et positive des négociations en cours.

En point de presse à Bécancour, M. Filiatrault, a tenté de faire comprendre au reste du Québec que la situation de Baie-Comeau serait la plus critique si les trois alumineries fermaient. «Les deux autres villes sont près des grands centres et ont une meilleure diversité économique. En faisant 10 minutes de route, on peut trouver un autre emploi. Pour nous, c’est réaliste de penser qu’il y aurait de l’exode», indique le président, qui a déjà contacté le nouveau maire de Baie-Comeau, Claude Martel, afin qu’ils poursuivent le travail ensemble. «On sent une belle ouverture de son côté. On a un vétéran, un homme d’expérience. Il faut se servir des contacts de tout le monde dans la Manicouagan, cogner aux porter et manifester notre crainte face à un dénouement négatif de la négociation», affirme M. Filiatrault. Après s’être entretenu avec la direction d’Alcoa la semaine dernière, il tente d’obtenir une rencontre avec la première ministre Pauline Marois.

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