Des concentrations de trihalométhanes hors norme

Par 12:00 AM - 27 novembre 2013
Temps de lecture :

Baie-Comeau – Baie-Comeau, Franquelin et Baie-Trinité font partie des 10 municipalités de la Côte-Nord qui dépassent la norme de concentration de trihalométhanes (THM) dans leur eau potable, fixée à 80 microgrammes (µg) par litre (L) par le gouvernement provincial.

Julie-Andrée Verville

D’après la moyenne des concentrations trimestrielles prélevées en 2012, l’eau de Franquelin a près de cinq fois le taux de THM jugé acceptable par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), avec 399 µg/L. Les quatre réseaux de Baie-Comeau, soit le secteur Mingan, Marquette-St-Georges, McCormick et La Chasse, suivent avec des moyennes se situant entre 169 et 244 µg/L. À Baie-Trinité, avec 155 µg/L de THM, il s’agit de près de deux fois la norme permise.

Ce sont ainsi 13 réseaux d’aqueduc sur la Côte-Nord qui ne répondent pas à la réglementation du MDDEFP, ce qui ferait de la région celle où il y en a le plus grand nombre. Outre les trois municipalités de la Manicouagan, on trouve également Harrington Harbour, Les Bergeronnes, Rivière-Pentecôte, Fermont, Port-Menier, Sept-Îles et Baie-Johan-Beetz, qui dépassent la norme, avec des taux variant de 85 à 156.  

Produits chimiques

Les THM sont des sous-produits chimiques formés lorsque le chlore utilisé pour la désinfection de l’eau réagit avec la matière organique qui est déjà présente dans le liquide à traiter. La chloration de l’eau est toutefois nécessaire à la prévention de maladies causées par les bactéries. C’est en buvant l’eau du robinet, en respirant les vapeurs d’eau et par contact avec la peau pendant le bain ou la douche que se fait l’exposition aux trihalométhanes.

Le risque de cancer du côlon ou de la vessie augmenterait légèrement avec une exposition à une concentration supérieure à la norme, mais n’apparaîtrait qu’après une très longue exposition, soit au moins 20 ans. «Il y a un très faible risque, donc il n’y a pas lieu de changer ses habitudes de consommation en eau potable, ni de s’inquiéter. Il n’y aura pas de nouveaux cancers de la vessie demain dû à cela», souligne le médecin-conseil en santé publique, Dr Stéphane Trépanier.

Des mesures préventives

Relativement à ces données, la Direction de la santé publique (DSP) de la Côte-Nord invite les citoyens des municipalités concernées à prendre certaines mesures afin de réduire leur exposition aux trihalométhanes. Il s’agit d’un rappel, considérant que cette dernière avait déjà informé la population il y a quelques années, en lien avec des données similaires. Puisqu’aucun niveau au-delà duquel il est recommandé de cesser de boire de l’eau contenant des THM n’a été fixé par les experts, la population n’est pas tenue de diminuer sa consommation d’eau du robinet en présence de ces sous-produits chimiques. Il est tout de même recommandé à ceux qui consomment beaucoup d’eau, de même qu’aux femmes enceintes, de mettre en application des mesures préventives pour réduire leur exposition.

Il leur est notamment suggéré d’utiliser un pichet filtrant, dont le filtre serait changé régulièrement, la ventilation de la salle de bain lors de la prise de douche, l’utilisation d’eau plus froide ou d’un bain lorsqu’on se lave ainsi que de conserver l’eau au réfrigérateur dans un pichet sans couvercle pour une période de 24 heures avant la consommation afin de permettre aux THM de s’évaporer en partie. «Plus la proportion est grande, plus on devrait prendre les précautions en guise de prévention», ajoute Dr Trépanier.

Mise aux normes

Selon la DSP de la Côte-Nord, l’option qui permettra de remédier à la situation sera la mise aux normes des systèmes de traitement des eaux dans les municipalités. À ce sujet, le maire de Baie-Comeau, Claude Martel, a confirmé que d’ici deux semaines les appels d’offre pour l’usine de traitement de l’eau potable seraient lancés et que les travaux devraient se mettre en branle au printemps, dans le cadre de la mise aux normes des infrastructures d’approvisionnement en eau potable de la ville. «Le grand projet des prochaines années, c’est l’amélioration de la qualité de l’eau, d’abord avec l’usine de filtration. C’est au-delà de 70 millions $. Si on repousse, on perd des subventions énormes des gouvernements fédéral et provincial. En décembre 2016, tout devrait être complété. Ça n’améliorera pas juste la qualité de l’eau, mais aussi le service», soutient M. Martel.

Partager cet article