Alcoa : La modernisation doit faire partie de l’entente, selon le syndicat

Par 12:00 AM - 05 Décembre 2013
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Baie-Comeau – Selon le Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN), la négociation en cours entre le gouvernement du Québec et Alcoa est l’occasion idéale pour exiger de l’entreprise qu’elle s’engage à moderniser l’usine de Baie-Comeau.

Marlène Joseph-Blais

Au moment où Alcoa menace de fermer ses trois alumineries québécoises et qu’elle considère qu’il n’est pas envisageable de moderniser l’usine de Baie-Comeau dans le contexte actuel, la partie syndicale croit que l’enjeu du terif d’électricité est le seul levier que possède l’État pour faire plier l’entreprise. «Le gouvernement, oui, a une certaine pression. Nous, ce qu’on leur dit c’est : écoutez, le seul levier qu’il nous reste, pour assurer la pérennité de l’usine, c’est vraiment le courant. Si le courant est donné sans attacher d’autre chose, c’est sûr qu’on va être dans le trouble tantôt», avance le président du syndicat, Michel Desbiens.  

Le syndicat se dit tout à fait en accord avec les revendications du géant de l’aluminium en ce qui concerne son approvisionnement en énergie. Cependant, il est convaincu que, si le gouvernement permet à l’entreprise de conserver son tarif d’électricité actuel sans qu’elle ne s’engage à procéder à la réfection de l’usine, rien ne garantit qu’un tel pouvoir de négociation se présente à nouveau dans le futur. «Il faut profiter du momentum, qui est l’enjeu du courant, pour enfin, une fois pour toutes, sécuriser les travailleurs et la Manicouagan avec la pérennité de l’usine et je pense que ça peut se faire», mentionne M. Desbiens.

Le président du syndicat estime que, jusqu’à présent, alors qu’il ne restera bientôt que 900 employés dans l’usine de Baie-Comeau, celle-ci a vécu une constante décroissance pendant la dernière décennie, minant le moral des travailleurs et leur faisant douter de la réelle volonté de garder l’aluminerie concurrentielle. «Au fil des années, les travailleuses et travailleurs ont toujours répondu aux demandes pour des réaménagements dans les conventions collectives. Pourquoi on répondait toujours aux demandes? Ça a toujours été dans le but d’avoir la modernisation», affirme-t-il, en rappelant qu’au fil du temps, deux premiers ministres se sont rendus à Baie-Comeau pour annoncer cette modernisation et qu’elle a été reportée trois fois depuis 2002.

Long terme

Le président du Conseil central Côte-Nord de la CSN, Guillaume Tremblay, n’est pas en accord avec les arguments avancés par le vice-président énergie d’Alcoa, Nicolas Dalmau, lors de son passage à Baie-Comeau, en ce qui concerne l’incapacité pour l’entreprise de réaliser la modernisation dans le contexte actuel. D’abord, il estime qu’un tel investissement, qui se calcule en milliards de dollars, doit être envisagé sur un horizon de 40 ans. Dans cette optique, comme Alcoa s’est engagée à moderniser l’usine à quatre reprises depuis 2002 et que la direction est d’avis que la demande mondiale en aluminium doublera d’ici 2020, M. Tremblay ne comprend pas en quoi le contexte est moins propice à ce stade-ci.

Par ailleurs, ce dernier rappelle que, quand le marché des métaux était en meilleur santé, Alcoa a fait le choix de développer de nouvelles infrastructures ailleurs dans le monde, à Maaden en Arabie Saoudite, notamment. «Au cours des dernières années, alors qu’ils avaient annoncé cette modernisation-là, qu’ils ont reportée, il y a eu des moments où l’aluminium était à un très haut niveau, puis ils se sont servi de cet argent-là qu’ils avaient, ou du tarif, et ils sont allés investir leurs montants d’argent ailleurs pour mettre de l’aluminium sur le marché», souligne-t-il.

 

Photo : Le président du Conseil central Côte-Nord de la CSN, Guillaume Tremblay, et le président du Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau, Michel Desbiens, estiment que le gouvernement doit attendre d’Alcoa qu’elle s’engage sérieusement à réaliser la modernisation de l’usine s’il lui permet de conserver son tarif d’électricité actuel. (Le Manic)

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