Franquelin n’a plus de pompiers depuis novembre

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 16 février 2016
Temps de lecture :

Baie-Comeau – Franquelin n’a plus de brigade de pompiers à temps partiel depuis novembre 2015. La municipalité a choisi de la dissoudre devant son incapacité à répondre à des exigences de la CSST liées à l’absence de formation et la désuétude des équipements.

En novembre, ils étaient six sapeurs à temps partiel pour assurer les opérations d’extinction en cas d’incendie, dont le maire Michel Lévesque. Lui et ses cinq collègues, explique-t-il, bénéficiaient d’une «clause grand-père » qui permet aux pompiers actifs avant 1998 de passer outre les formations de mise à niveau.

« On a eu une plainte, car on n’avait pas de formation et les équipements étaient désuets. On avait une formation de terrain. Moi, j’étais pompier volontaire chez Reynolds et un autre l’était chez Abitibi. J’étais pompier volontaire à Franquelin depuis 30 ans, puis là, aujourd’hui, on n’est plus bons », raconte M. Lévesque.

« La “clause grand-père” ne pouvait plus continuer de fonctionner chez nous, car il aurait fallu se faire former et il aurait fallu de l’équipement », explique l’élu, en ajoutant que l’achat d’équipements neufs était dans les plans. Selon M. Lévesque, l’existence de près de 70 % des brigades de pompiers au Québec dépend pourtant de cette fameuse clause.

Swann Thibault, porte-parole de la CSST, a confirmé que la municipalité a été sommée de se conformer à la loi sur la santé et la sécurité du travail. L’organisme a notamment réclamé des preuves de formation passée, ce qui a été impossible à obtenir en raison de l’absence de registre.

Peu d’intérêt

Comme le laisse entendre le maire Lévesque c’est bien beau la formation, mais encore faut-il qu’il y ait des gens intéressés. Lui, à 69  ans, ne l’est pas. Ni lui, ni les cinq autres pompiers qui profitaient  de la clause d’exemption. « On n’a pas grand monde à former dans le village. On va laisser ça aux jeunes, mais des jeunes,  il n’y en a pas », laisse-t-il tomber.

En 2015, cinq futurs pompiers à Franquelin se sont pourtant inscrits à une formation donnée par l’École nationale des pompiers du Québec à Baie-Comeau, mais trois ont abandonné en cours de route. L’un des deux qui restaient a décidé de joindre la brigade de Godbout étant donné la disparition de celle de son village, mais l’autre a refusé.

En cas de sinistre

La sécurité incendie à Franquelin est désormais entre les mains de Godbout, situé à 27 kilomètres plus à l’est, et de Baie-Comeau, à un peu moins d’une quarantaine de kilomètres à l’ouest.

En raison de l’éloignement, le maire Lévesque se dit conscient qu’une résidence en feu aura amplement le temps de flamber complètement avant l’intervention des pompiers. L’élu ose à peine imaginer les pertes de vie qui pourraient en découler.

Le dernier incendie d’une résidence à Franquelin remonte au 24 juin 2007. Au-delà des opérations d’extinction, les pompiers à temps partiel du village intervenaient régulièrement dans les cas d’accident de la route sur leur territoire.

Et le camion incendie?

Malgré l’absence d’une brigade de pompiers, le maire Lévesque refuse de se départir du camion incendie. « S’il arrive quelque chose dans le village, c’est sûr que je vais me rendre sur les lieux. C’est le gros bon sens », ajoute-t-il.

Est-ce qu’il utiliserait le camion incendie? Il avoue qu’il ignore ce qu’il ferait. Mais s’il décide de l’utiliser, il vivrait avec les conséquences. « Ils nous poursuivront après », laisse-t-il tomber.

Une rencontre est prévue le 24 février entre les municipalités de la MRC de Manicouagan et le ministère de la Sécurité publique pour discuter du schéma de couverture de risques.

Le maire Michel Lévesque en profitera pour faire le point sur la protection incendie dans sa municipalité et sur la question de la « clause grand-père ».

Partager cet article