Rien ne va plus entre la STQ et la Davie

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 11 mars 2016
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Baie-Comeau – Le Chantier Davie a cessé les travaux de construction de l’un des deux navires jumeaux de la traverse Tadoussac-Sainte-Catherine, vendredi soir, en raison de la mésentente qui persiste avec la Société des traversiers du Québec (STQ) sur les questions d’éléments des fiches techniques et de coûts additionnels.

Faut-il rappeler que le chantier maritime affirme avoir découvert en cours de travaux des erreurs de planification de la part de la STQ, erreurs qui feraient gonfler de 20 M$ la facture de 125 M$ prévue au contrat pour la fabrication des deux traversiers.

Comme la STQ ne semble pas vouloir reconnaître ses torts, Davie a décidé d’interrompre les travaux puisqu’elle dit avoir déjà assumé un manque à gagner. Près de 190 employés ont été mis à pied.

« À ce jour, la compagnie a financé tous les changements, dans un effort pour continuer d’aller de l’avant avec le projet pendant que les discussions se poursuivaient », a écrit le syndicat des employés du chantier maritime à ses membres, vendredi, lettre dont Le Manic a obtenu copie. Il leur a mentionné que l’employeur avait été contraint d’effectuer ces mises à pied en raison du « refus de la STQ de négocier et de reconnaître ces demandes de changement ».

Toujours selon le document du syndicat, d’autres mises à pied pourraient même être effectuées cette semaine, si la STQ ne fournit pas l’argent dont le chantier a besoin pour poursuivre les travaux. Au cours des six derniers mois, le constructeur naval aurait sorti près de 40 M$ de ses poches pour poursuivre le projet.

Réactions

De son côté, la Société des traversiers du Québec (STQ) a réagi, dès vendredi, à la décision de son partenaire d’affaires. Elle déplore ce qu’elle qualifie de décision unilatérale du chantier maritime et dit trouver regrettable les impacts pour les employés du chantier.

La STQ insiste toutefois sur le fait qu’elle ne peut être tenue responsable des décisions prises par les dirigeants de l’entreprise de Lévis depuis la signature du contrat, tout comme elle ne peut accepter que les contribuables québécois paient plus cher en raison justement de ces décisions.
La médiation est l’avenue préconisée par la STQ afin de régler les différends entre les deux parties, comme c’est prévu au contrat. Elle affirme attendre une réponse de sa part. Pourtant, de l’autre côté, le discours est tout autre.

« Immédiatement après la demande de médiation exprimée par le ministre Daoust, le 8 mars dernier, Davie a confirmé son intention de participer à cette méditation avec la STQ afin de livrer des traversiers fonctionnels à la STQ. Nous attendons maintenant de connaître les prochaines étapes qui mèneront à cette médiation entre la STQ et Davie », indique Alan Bowen, président-directeur général de Chantier Davie Canada, dans un courriel.

Enfin, le grand patron de la STQ, Jocelyn Fortier, conclut en déplorant les conséquences négatives de l’interruption des travaux, notamment pour les délais de livraison des traversiers déjà très importants, et rappelle que la STQ applique le contrat dans son intégralité.

Société du pont

La Société du pont sur le Sagueneay assiste à cette partie de bras de fer en continuant de marteler que ce qu’il faut pour traverser la rivière Saguenay, ce n’est pas deux traversiers neufs, c’est un pont.

Dans une lettre publiée samedi sur le compte Facebook de la Société du pont, son président, Pierre Breton rappelle à Chantier Davie Canada que les emplois perdus depuis vendredi auraient dû être terminés à la fin de la construction des bateaux, prévue en 2015.

À l’intention de la STQ, M. Breton note son manque de planification qui fait que le contrat a été alloué en 2013, quatre ans après l’annonce de 2009, pour une livraison en 2015. Cela explique, selon lui, le retard d’un an pour Davie, mais démontre aussi un retard de près de trois ans pour la STQ. « Quand même fascinant de lire les médias de Montréal et de Québec faire les gorges chaudes, en première page, sur la fin de ces emplois sans informer sur le pourquoi cette situation survient », écrit M. Breton.

Rappel

La construction des bateaux pour la traverse de Tadoussac n’était aucunement requise puisque la durée de vie des deux actuellement en service se termine en 2025. C’est à Sorel où l’un des deux navires doit être remplacé, affirme le président.

Au téléphone lundi, M. Breton a expliqué l’empressement de la Société des traversiers du Québec à annoncer, en 2009, la construction de deux nouveaux navires pour Tadoussac, en même temps que le remplacement du Camille-Marcoux, par la crainte de pertes d’emploi dans ses rangs. C’est que 21 jours plus tôt, le ministère des Transports rendait publique la plus récente étude d’impact sur la construction d’un pont, évaluée alors à 875 M$.

Comme la traverse de Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine est la plus importante de toutes celles sous la responsabilité de la STQ, sa disparition équivaudrait aussi à des emplois en moins au siège social de Québec, rappelle M. Breton. « Les gens de la STQ ont quand même eu une peur bleue de voir un pont se construire », dit-il.

Au sujet des coûts d’un pont, le président insiste aussi sur le fait que la situation a changé entre 2009 et 2016. « Ce qu’on ne savait pas et qu’on sait maintenant, c’est qu’on s’est fait remplir par SNC-Lavalin », lance-t-il. En effet, des experts internationaux en matière de longs ponts suspendus ont confirmé qu’un tel pont pouvait être construit sur la rivière Saguenay pour 275 M$ et non 875 M$.

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