Karine et Jonathan prouvent que rien n’est insurmontable

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 19 avril 2016
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Baie-Comeau – Il y a de ces drames humains qu’on pourrait croire insurmontables, d’autant plus lorsqu’il s’agit de la perte d’un enfant dans des circonstances tout simplement horribles. Karine Imbeault et Jonathan Drapeau, un jeune couple de Pointe-aux-Outardes, apportent pourtant la preuve qu’il est possible de traverser ensemble la tempête quand l’amour et la communication sont au rendez-vous.

Le 6 août 2013 restera à jamais gravé dans la mémoire du couple. Ce jour-là, la jeune maman a accidentellement heurté à mort sa petite Aurélie, âgée de huit mois.

Karine Imbeault profitait alors de la magnifique journée ensoleillée pour faire le grand nettoyage de sa voiture. Bien installée dans sa sauteuse à même le sol, Aurélie était de bonne humeur. C’est lorsque la maman a décidé de déplacer son véhicule pour brancher l’aspirateur à la prise de courant extérieure que la tragédie s’est produite. Que le cauchemar appréhendé par tout parent est devenu réalité.

Au Québec, les médias rapportent un drame similaire pratiquement à tous les ans. Tantôt ce sera la maman au volant, tantôt ce sera le papa, parfois un autre proche parent, mais peu importe finalement puisque le résultat demeure le même.

Par ce témoignage obtenu lors d’une entrevue chargée d’émotions avec les jeunes parents de Pointe-aux-Outardes, Le Manic livre à ses lecteurs un message d’espoir incroyable. Un message qui prouve que rien, absolument rien n’est insurmontable. Même le pire!

La vie continue

Karine Imbeault et Jonathan Drapeau sont aujourd’hui âgés de 27 et de 30 ans. Dans leur coquette maison située face à la rivière aux Outardes, ils poursuivent leur route ensemble avec leur petite Léane, née en décembre 2014. Ils attendent même leur troisième enfant, Alexis, pour le début juin.

Aurélie garde une place de choix dans leur foyer. Sur une tablette fixée à un mur de leur salon, la jolie binette de l’enfant disparue est bien en vue sur une photo encadrée. L’urne en forme de cœur rose dans laquelle sont déposées ses cendres se trouve tout près, avec sa suce et son toutou préféré.

Contre vents et marées, le couple a réussi à transcender sa peine incommensurable. Même que sept mois après le drame, la maman s’est retrouvée enceinte à nouveau. « Nous, c’est juste la vie qui continue. On en voulait des enfants. On en voulait deux »,  raconte-t-elle. « On se demandait si ce n’était pas trop tôt, mais le médecin nous a dit qu’il n’y avait pas de trop tôt ou de trop tard », renchérit le papa, en faisant référence au moment choisi pour concevoir un autre enfant.

Quand l’échographie a révélé que ce serait une petite fille, c’était le bonheur. « On était contents d’avoir le même sexe. On s’est dit que ce serait autre petite princesse à câliner », poursuit la maman. « L’amour que tu as pour la première, tu l’as pour la deuxième aussi », souligne le papa.

Les deux parents arborent d’ailleurs un tatouage symbolique du côté de leur cœur. Le nom d’Aurélie est gravé à l’intérieur du symbole de l’infini… leur amour infini pour celle qui n’est plus.

Le couple résiste

L’épreuve a été très difficile pour leur couple, comme on peut s’en douter. Qu’il ait réussi à résister tientnpresque du miracle si l’on se fie à une donnée transmise par leur médecin : neuf couples sur 10 se séparent après un événement semblable.

« Il faut qu’un couple soit solide à la base pour passer au travers ça. Nous, on était ensemble depuis huit ans. Je ne pense pas qu’un couple ensemble depuis un an aurait passé au travers », souligne Karine Imbeault.

Selon elle, la communication est également très importante. « Notre stratégie, ç’a été de laisser l’autre vivre son deuil comme il le voulait, de le laisser vivre ce qu’il avait à vivre » – Karine Imbeault.

La culpabilité

Évidemment, la maman a vécu de la culpabilité. « On a peur de ce que l’autre parent va penser de nous. J’étais consciente que si Jonathan m’en voulait, il avait le droit de m’en vouloir », admet celle qui revoit régulièrement la scène du 6 août 2013 dans sa tête.

« Des flasbacks, je pense que je vais en avoir toute ma vie » – Karine Imbeault

Le papa demeure cependant serein malgré tout. « Ce qui est arrivé, ça pourrait arriver à n’importe quel parent », mentionne celui qui insiste sur l’importance de se supporter l’un et l’autre.

Il n’en demeure pas moins que les premiers mois avec Léane ont été particuliers, en ce sens que l’image d’Aurélie était omniprésente. « Jusqu’à l’âge de huit mois environ (l’âge du décès de la première), on comparait les ressemblances et la progression », note Jonathan Drapeau. « De mon bord, c’est comme si j’étais plus craintive. J’avais peur que quelque chose me l’enlève, comme un accident ou la maladie », avoue sa conjointe.

L’entourage

L’entourage des deux jeunes parents éplorés a eu son mot à dire. Que ce soit leur famille, leurs voisins, leurs amis, leurs collègues de travail ou de simples connaissances, Karine Imbeault et Jonathan Drapeau ont reçu beaucoup d’amour et de soutien. Ils leur en sont reconnaissants.

À l’initiative d’amis, une collecte de fonds a même été organisée sur Facebook. Au départ, c’était pour permettre au couple de passer une petite fin de semaine d’amoureux quelque part au Québec, mais c’est un voyage dans le Sud dont ils ont finalement pu profiter. « Les dons, ça ne remplace personne, mais si ça peut aider à passer au travers, c’est au moins ça », souligne le papa.

Au cours du premier mois suivant le drame, ils ont reçu l’aide de deux professionnels du CLSC. Ce fut à peu près tout. « Ils ont vu qu’on était un couple fort avec une bonne communication. Ils voyaient qu’on faisait du chemin », note Karine Imbeault, qui a dû prendre un médicament pour parvenir à dormir pendant trois mois.

D’ailleurs, après ces trois mois, la jeune femme a repris son emploi de préposée aux bénéficiaires. Un mois plus tôt, son conjoint, un électricien de construction, était aussi retourné au travail.

Avant et après

Comme on peut s’en douter, pour le couple Imbeault-Drapeau, la vie n’est plus la même depuis le drame qui leur enlevé Aurélie.
« C’est là qu’on se rend compte que la vie est fragile et que tout peut t’échapper entre les mains. T’as pas de pouvoir là-dessus », reconnaît le jeune papa. « On entend toujours parler que ça arrive ailleurs, mais quand ça t’arrive…», ajoute sa conjointe, le ton et le regard tristes.

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