Dossier emploi dans la Manicouagan: les organismes des milieux socioéconomique et politique partagent leur vision

Par 12:00 AM - 20 avril 2016
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La publication par l’Institut de la statistique du Québec des dernières données liées au marché de l’emploi dans la Manicouagan a alimenté les discussions, et ce, tant dans les foyers qu’au sein des organismes de la région. L’équipe du Journal a donc interpellé divers acteurs du milieu de manière à dresser un bilan de la situation et à explorer quelques pistes de solutions.

Charlotte Paquet et Maëlle Besnard


 

« On est dans un virage » – Paul Joncas

Diversification est un mot tendance dans la bouche du milieu économique baie-comois.
Le directeur du développement des relations avec le milieu de la Société d’expansion de la Ville de Baie-Comeau, Paul Joncas, pense lui aussi que la Manicouagan doit se renouveler. « Nos grandes entreprises se sont stabilisées et c’est une bonne chose mais il ne faut pas compter que là-dessus », précise-t-il.

Paul Joncas maintient que beaucoup d’entreprises avec qui il est en contact sont des entreprises de taille moyenne qui vont utiliser la main d’œuvre locale. Pour lui, l’implantation de ces entreprises, c’est l’avenir. Il croit fermement à l’arrivée dans la région de Mason Graphite et assure avoir d’autres tours dans son sac.

À ce sujet, M. Joncas refuse de donner le nombre d’entreprises avec lesquelles il parlemente pour, dit-il, ne pas créer d’attentes. Toutefois, l’homme confie être très occupé.« On est dans un virage », assure-t-il.

Des atouts

Selon M.Joncas, le Plan Nord, la qualité de la main d’œuvre et la disponibilité des terrains sont autant d’atouts pour la Manicouagan. « C’est le signal que nous envoient toutes les entreprises avec qui nous discutons », assure-t-il.

Paul Joncas rappelle que le processus peut être long entre le moment où une entreprise témoigne de son intérêt pour la Manicouagan et son installation effective. Il reconnaît que ce côté très administratif peut créer une instabilité et engendre parfois des déceptions. «C’est le problème du difficile équilibre entre la protection de la population et de l’environnement ainsi que  le développement de l’entrepreneuriat », souligne-t-il.

 


Le Centre Émersion mise sur l’économie sociale

Pour l’équipe du Centre Émersion, la Manicouagan a des atouts dont elle ne profite pas assez. Oui, les entreprises industrielles ont beaucoup apporté dans la région, mais d’autres solutions existent pour diversifier l’économie.

Au chapitre des moyens pour donner un coup de fouet à l’économie locale, le Centre Émersion préconise de miser sur l’économie sociale et de remettre le capital humain au cœur du développement économique. Comme le précise l’organisme dans un communiqué, cette voie a déjà été testée et approuvée par l’entreprise forestière Boisaco, en Haute-Côte-Nord.

Bien que la MRC soit dans le creux de la vague actuellement, le Centre Émersion a tenu à rappeler que les chercheurs d’emploi qui participent à leurs programmes finissent par trouver du travail. « Les délais sont peut-être un peu plus longs, mais nous observons tout de même du mouvement au niveau du marché du travail. Les gens doivent garder espoir » peut-on également lire dans leur communiqué.

Collaboration

En entrevue, la directrice générale de l’organisme, Kathy Lévesque, explique que le centre s’interroge présentement sur les moyens de mieux remplir sa mission. Mme Lévesque précise bien n’avoir aucune certitude, mais elle se demande si les différents organismes locaux ne devraient pas mieux collaborer. D’ailleurs, elle rappelle que le Centre Émersion tient beaucoup à investir dans un projet d’économie sociale et pense qu’une réflexion collective sur le sujet serait pertinente.


 « Un coup de pouce d’Ottawa s’impose » – Marilène Gill

La députée bloquiste Marilène Gill voit comme un signal d’alarme le palmarès de l’Institut de la statistique du Québec qui place la MRC de Manicouagan en pôle position pour ses grandes pertes d’emplois entre 2009 et 2014.

Selon elle, pour améliorer la situation, Ottawa doit agir pour encourager la deuxième et la troisième transformation dans l’industrie forestière.

« On a la ressource et la ressource va toujours être là, mais il faut la mettre en valeur. C’est bien qu’il y ait un signal d’alarme, mais il faut un coup de pouce et une volonté du gouvernement pour nous aider », insiste-t-elle.

Le gouvernement fédéral répond présent quand il est question de soutenir l’industrie automobile en Ontario, l’industrie pétrolière dans l’Ouest ou l’aéronautique à Montréal, mais il doit aussi penser aux régions forestières du Québec. « Il faut miser sur nos avantages et les ressources naturelles en font partie », lance-t-elle.

Toute la question du port interpelle aussi la députée Gill, dont la conclusion de la rétrocession aura des effets structurants pour l’économie régionale.

 


 

 Martin Ouellet : préoccupé, mais pas surpris par les chiffres de l’ISQ

La perte d’un millier d’emplois dans la MRC de Manicouagan entre 2009 et 2014 préoccupe le député Martin Ouellet, mais ne le surprend pas. « En regardant sur 10 ans, on est à 2 200 pertes d’emploi », déplore-t-il, tout en demeurant confiant que le milieu, notamment avec Innovation et Développement Manicouagan (ID Manicouagan), parvienne à renverser la vapeur.

On se souviendra que dans un bulletin publié le 8 avril, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) note l’importante baisse du nombre de travailleurs en cinq ans. La MRC de Manicouagan prend le premier rang au Québec, devançant de quatre pour cents celle qui la suit au classement des 10 MRC les plus éprouvées parmi les 104 au Québec.

Le député péquiste de René-Lévesque reconnaît que le programme incitatif de départs à la retraite lancé en 2013 à l’aluminerie Alcoa a eu un impact important avec les quelque 500 travailleurs qui s’en sont prévalus. Dans la même période, il y a eu aussi la fermeture d’une machine à papier chez Produits forestiers Résolu et les mises à pied qui en ont découlé.

« Les deux tiers des pertes d’emplois sont reliés aux ressources naturelles et le tiers au secteur public et parapublic », mentionne M. Ouellet, tout en rappelant les compressions gouvernementales effectuées ici et là au cours des dernières années, entre autres la réduction de 45 % dans le financement des CLD, donc de ID Manicouagan.

Contrer la morosité

Oui, les dernières années n’ont pas été roses, mais l’élu croit en une reprise économique. Il s’en réfère notamment au coup de barre donné par le milieu à ID Manic pour contrer la morosité.

« Un montant de 1,4 million de dollars a été injecté afin de donner les moyens à ID Manic d’aller plus vite, plus loin et plus fort», note-t-il. Dans les faits, ce montant correspond au budget de l’organisme et provient de la Fondation économique Manicouagan et de la MRC, par le biais du Fonds de développement des territoires du gouvernement du Québec. Une partie est réservée pour le soutien financier de projets.

À ce sujet, il souligne la création d’un deuxième poste en développement industriel et d’un premier poste en développement socio-économique. Selon lui, pour sortir la tête de l’eau et envisager le meilleur sur le plan de l’économie, une partie de la solution se trouve carrément entre les mains d’ID Manic.

Parmi les autres pistes de solution que le député entrevoit pour dynamiser l’économie, il y a le projet de Pavillon de génie civil au Cégep de Baie-Comeau, auquel est associé le Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale (CEDFOB). Sa réalisation pourrait d’ailleurs être facilitée par un tout nouveau programme de soutien financier lancé par le gouvernement fédéral pour les cégeps et les universités.

Le ministre interpellé

À la suite de la publication des données de l’ISQ, Martin Ouellet et sa collègue de Duplessis, Lorraine Richard, ont interpellé le ministre responsable de la Côte-Nord et responsable du Plan Nord, Pierre Arcand, en chambre, la semaine dernière. « On lui a demandé : “Avez-vous des idées d’action pour revigorer la Manicouagan?” », explique-t-il.

Le député de René-Lévesque reconnaît que le gouvernement a posé des gestes au cours des dernières années pour soutenir l’industrie de l’aluminium et l’industrie forestière, mais il faut plus. « J’ai dit au ministre de nous démontrer qu’il a un plan à long terme pour la région, mais il en a été incapable », conclut-il, en déplorant l’absence de stratégie gouvernementale pour aider non seulement la Manicouagan, mais toute la Côte-Nord à retrouver son erre d’aller.


La SADC veut diversifier ses programmes d’aide

La Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) est confiante quant à l’amélioration de la situation économique dans la Manicouagan. Comme d’autres voix du milieu économique, elle pense que les projets de Mason Graphite, de Canalta ou de la zone industrialo-portuaire sont porteurs d’espoir.

« Même si certaines entreprises connaissent un ralentissement, ceci devrait donner un second souffle afin de permettre à nos entrepreneurs existants d’investir dans des créneaux tels que l’innovation, les technologies propres, le développement durable, les technologies de l’information, etc…», écrit la directrice générale Suzie-Michelle Perron dans un communiqué.

À ce sujet, Mme Perron précise que la SADC est actuellement à mettre en place des programmes d’aide financière dans ces domaines. Elle n’a toutefois pas voulu nous donner plus de précisions.

La directrice générale de la SADC dénonce également un discours négatif et subjectif concernant la fermeture de certains commerces. « Les raisons varient d’une entreprise à une autre et n’ont rien à voir avec l’état général de notre économie mais bien des facteurs indépendants», maintient-elle.


« Il faut trouver des niches » – Marcel Marsolais

Marcel Marsolais n’est pas avare de solutions en ce qui concerne le renouveau économique de la région. Selon ce professeur en sciences politiques du Cégep de Baie-Comeau, la diversification est la clé, et, dans ce domaine-là, la Manicouagan a des cartes à jouer! M. Marsolais pense, par exemple, que la région pourrait se lancer dans le domaine de l’agroalimentaire ou de la pisciculture. « On a des exemples intéressants avec la coopérative Gaïa ou la Microbrasserie St-Pancrace. Il faut trouver des niches», préconise-t-il.

Le professeur croit aussi que les surplus d’énergie engrangés par les barrages hydroélectriques devraient servir. Il parie que cela pourrait intéresser les constructeurs automobiles qui s’intéressent à de nouveaux types de batteries.

En ce qui concerne la politique actuelle de développement économique dans la région, Marcel Marsolais garde espoir. La stratégie maritime l’interpelle particulièrement. « C’est une amorce pour commencer quelque chose de différent», croit-il.

M. Marsolais pense que Baie-Comeau pourrait s’inspirer de villes qui sont elles aussi en plein virage économique. Il pense à Thetford Mines, une ville qui a longtemps vécu de l’industrie de l’amiante, ou encore, à Rivière-du-Loup, récemment désignée comme la 17e ville canadienne la plus ouverte aux entrepreneurs. Il y observe de près le développement de l’usine de biométhanisation. « Donc les solutions existent. Maintenant, il faut penser à autre chose», martèle l’homme.


« La région saura se renouveler » – ID Manicouagan

« Nous croyons que la région saura se renouveler autant avec des projets de développement industriel de petite et de plus grande envergure qu’avec nos entrepreneurs locaux », affirme Cathy Hamel, conseillère aux entreprises et agente aux communications chez Innovation et Développement Manicouagan (ID Manicouagan). Elle réagit ainsi au portrait peu reluisant dressé par l’Institut de la statistique du Québec sur la réalité de l’emploi dans la MRC de Manicouagan de 2009 à 2014.

Plusieurs projets de développement sont sur la table de travail de l’organisme, qui épaule et outille les entrepreneurs de la région. Évidemment, la nature de ces projets demeure confidentielle tant que leurs promoteurs ne se manifestent pas publiquement.

Pour lutter contre la morosité économique, ID Manic a notamment revu sa politique d’investissements afin d’augmenter l’aide financière disponible aux promoteurs. Parmi les projets qui ont vu le jour avec son soutien au cours de la dernière année, Cathy Hamel cite l’arrivée de la bannière Soudure Plastique Québec, le développement de nouvelles variétés de bières à la Microbrasserie St-Pancrace et l’implantation d’une formule d’hébergement de style nichoir au Parc Nature de Pointe-aux-Outardes.

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