L’ancien footballeur Étienne Boulay se raconte – « Ça s’peut de mettre un genou à terre et de ne pas aller bien »

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Par Charlotte Paquet
L’ancien footballeur Étienne Boulay se raconte – « Ça s’peut de mettre un genou à terre et de ne pas aller bien »
Étienne Boulay respire la joie de vivre, mais ça n’a pas toujours été ainsi. Par souci de transparence, l’ancien footballeur professionnel raconte son histoire lors de conférences. Photo Le Manic

Baie-Comeau – Si rien n’est aussi contagieux que l’exemple, comme l’écrivait le duc de La Rochefoucauld au XVIIe siècle, les propos d’Étienne Boulay risquent fort d’avoir entraîné une contagion monstre lors de son passage à Baie-Comeau en marge de la Semaine de prévention du suicide, la semaine dernière.

L’ancien footballeur professionnel de 35 ans au parcours pour le moins particulier, de son propre avis, a été invité par le Centre de prévention du suicide de la Côte-Nord à venir prononcer une conférence sur son parcours de battant. Le cégep en a profité pour le convier à s’adresser à ses étudiants et son personnel, tandis que le centre de détention l’a aussi accueilli pour le bénéfice des détenus et des employés.

« C’est normal et ça s’peut de mettre un genou à terre et de ne pas aller bien, puis de s’en sortir de cette espèce de pattern-là », martèle celui qui a joué pour les Alouettes de Montréal et les Argonauts de Toronto.

Sa descente aux enfers s’est incrustée lentement et sur plusieurs années après des débuts pourtant très positifs sur la scène du football, où sa « persévérance et son front de bœuf » ont fait leur œuvre, a-t-il noté.

Par contre, aux prises avec des problèmes de dépendance aux drogues et à l’alcool et d’une solide dépression, vint un jour où il a voulu en finir avec cette souffrance. Il a fait une tentative de suicide. C’est là que la sonnette d’alarme a retenti. Il a appelé à l’aide.

Se relever les manches

« C’est correct de ne pas aller bien de temps en temps, mais quand ça perdure, c’est important d’aller chercher de l’aide. Il faut se remonter les manches et aller chercher de l’aide. Des ressources, il y en a », a insisté celui qui, avec son histoire, espère changer le cours des choses pour d’autres.

Oui, il y a l’aide et les ressources, mais il y a aussi l’entourage qui compte beaucoup. L’entourage et le lâcher-prise « sur ce que tu veux être et admettre ce qu’on est », précisera le conférencier et coauteur du livre Le parcours d’un battant sorti en octobre 2018.

Étienne Boulay se décrit comme quelqu’un d’excessif à la base. « Ce même excès-là m’a permis de percer au foot, mais il a aussi contribué à m’autodétruire. Il faut être capable de nuancer là-dedans des fois », a-t-il confié.

Les hommes là-dedans

Ce n’est un secret pour personne que les hommes hésitent à crier à l’aide quand ça va moins bien dans leur vie. Ils sont d’ailleurs beaucoup plus nombreux que les femmes à se suicider. Plus renfermés, ils refoulent davantage leurs émotions, peut-être parce qu’ils croient encore qu’un homme, ça ne doit pas pleurer, comme le chantait Chantal Pary dans les années 70.

S’il en est un qui espère faire sa part pour briser ce tabou et changer les mentalités, c’est bien Étienne Boulay. « Je ne me sens pas moins garçon et pas moins tough parce que je suis allé chercher de l’aide. Ça ne fait pas de moi quelqu’un qui est rendu mou et qui marche la tête penchée », a-t-il assuré.

Quand il a décidé de raconter son histoire, en y incluant cette fois-ci les déboires qui l’ont mené à un pas d’y rester, c’est par souci de transparence de l’image glorifiante qu’il projetait. « Depuis que je l’ai fait, j’ai une vague de soutien extraordinaire et je réalise que ça rejoint les gens. Surtout, je reçois des tonnes et des tonnes de messages de gens en détresse », a aussi confié celui qui a célébré en janvier son deuxième anniversaire de sobriété.

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