Télesh Métatsh, la reine des bois – Un documentaire sur fond d’héritage culturel à Pessamit

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Par Charlotte Paquet
<i>Télesh Métatsh, la reine des bois</i> – Un documentaire sur fond d’héritage culturel à Pessamit
La cinéaste et productrice Nikol Brunet pose au côté de l’héroïne de son film documentaire lors du lancement de Télesh Métatash, la reine des bois, samedi, à Pessamit. (Photo : Le Manic)

Baie-Comeau – Quinze ans après le tournage de ses premières images, le film a été lancé, samedi, au sein de la communauté même de son héroïne à Pessamit.

Véritable petit bijou pour la préservation et la transmission de la culture innue, le film documentaire a été projeté sur grand écran en présence de celle qui, aujourd’hui âgée de 83 ans, demeure une légende vivante à Pessamit. Une légende en raison du mode de vie qu’elle a fait sien jusqu’à ces dernièrs années,l’âge l’obligeant dorénavant à passer ses hivers dans la communauté.

La cinéaste et productrice Nikol Brunet était visiblement émue, samedi, de voir enfin l’aboutissement de ce projet en présence des proches de Télesh Métatash et de membres de sa communauté. Si elle est allée jusqu’au bout de son rêve, malgré les embûches liées au financement, Mme Brunet dira qu’elle l’avait promis à celle qui est devenue son amie et une mère spirituelle et qu’elle trouvait important de laisser en héritage le savoir et les connaissances de cette dernière.

Les origines

Il y a 19 ans, Nikol Brunet entend parler pour une première fois de Télesh Métatash dans le cadre d’un échange artistique et culturel à l’école secondaire de Pessamit. « Les jeunes me parlaient de cette femme-là. C’était leur idole. Ils l’appelaient la reine des bois parce que c’était une femme qui était restée dans le bois et qui n’avait pas voulu quitter le territoire », explique-t-elle.

La cinéaste rêvait de rencontrer l’Innue un jour. Or, quelques années plus tard, de retour dans la communauté, elle réalise son rêve en la croisant. « Les gens la connaissaient, mais ne l’avaient jamais rencontrée. Moi j’ai eu cette chance-là. Puis je me suis dit il faut laisser ça en héritage, toutes ces connaissances et ce savoir. »

Télesh Métatash a accepté que celle dont elle avait aimé la poignée de main et la voix se rende sur son territoire pour la filmer dans son quotidien. « Elle m’a dit tu es bienvenue chez nous. Là, l’aventure a commencé », raconte Nikol Brunet, en faisant référence à l’année 2004.

Jusqu’en 2010 ou 2011, la cinéaste a suivi son héroïne à la caméra cinq à six fois par année à raison d’une à trois semaines la fois. Elle est allée littéralement vivre avec elle dans le bois, sur son territoire de 16 km carrés situé dans le secteur de Manic-3. « Ç’a été une aventure incroyable », confie-t-elle.

Phase 2

Le projet de documentaire a ensuite été mis sur la glace pendant plusieurs années faute de financement pour l’achever. Cependant, en 2018, la cinéaste a reçu le coup de main financier qui lui permettait de boucler la boucle.

Même si la grande majorité des images avaient déjà été tournées dans les six ou sept premières années, Nikol Brunet est retournée à la rencontre de Télesh Métatash. La dame avait vieilli. « Ce n’était plus la madame qui courrait partout dans le bois », fait remarquer la cinéaste.

Une fois les dernières images tournées, il restait tout ce qui est postproduction, comme la narration et la traduction, entre autres. Le budget du documentaire se situe à 90 000 $, mais la cinéaste a donné énormément d’elle-même.

Des 60 heures en images qu’elle avait, Nikol Brunet a dû en couper plusieurs afin de faire un film d’une durée de 48 minutes. « Ç’a été crève-cœur d’en couper autant. »

S’il n’en tient qu’à la cinéaste et productrice, le film Télesh Métatash, la reine des bois voyagera partout sur la Côte-Nord et au Québec, tant chez les autochtones que les allochtones. Elle veut le projeter dans les écoles et ailleurs.

Qui est Télesh Métatash?

Au visionnement du film, on apprend que son héroïne est née à Mashteuiatsh en 1935 et s’est mariée à Simon Métatash en 1960. Elle s’est ensuite installée à Pessamit, mais son époux mourra après six ans de mariage. Elle a ensuite eu une relation d’une quinzaine d’années avec un homme qui, à sa mort, lui léguera son territoire près de Manic-3.

Le film nous montre Télesh Métatash tendre ses collets, cueillir des petits fruits, couper son bois et partir à la recherche d’écorces de bouleau pour allumer son feu et de bois pourri pour boucaner ses prises.

On la voit aussi se servir de gomme de sapin comme casse-grippe et récupérer du caoutchouc de pneus près de routes afin de le transformer en lance-pierres pour capturer des perdrix.

Sous l’immense tente dans laquelle elle a habité en forêt pendant des dizaines d’années, on la verra fumer, jouer aux cartes et tendre la peau du castor qu’elle vient de dépecer. Elle cuisinera sa banique et du cipâte au lièvre. À quelques reprises, les propos qu’elle tient dans le film feront rire le public, notamment lorsqu’elle déclare toute sérieuse : « S’il ne pleuvait pas, il ferait beau ».

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