COVID-19 : le syndicat des agents de libération conditionnelle émet des craintes

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Par Sylvain Turcotte
COVID-19 : le syndicat des agents de libération conditionnelle émet des craintes
Le pénitencier fédéral de Port-Cartier.

La situation de la COVID-19 dans les établissements correctionnels fédéraux pourrait mener à des libérations conditionnelles anticipées, ce qui a été avancé par le ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair.

Le Syndicat des employé-e-s de la Sécurité et de la Justice (SESJ) insiste pour que ses principaux représentants participent de façon importante à tout protocole permettant la libération anticipée des délinquants fédéraux.

Les membres du SESJ supervisent l’élaboration des plans de libération des délinquants et évaluent et gèrent le risque de récidive une fois qu’un délinquant est de retour dans la communauté.

« Nous craignons vraiment que les agents et agentes de libération conditionnelle concernés soient soumis à une pression énorme pour faire des recommandations de libération dans les cas où un délinquant ne disposerait pas des outils nécessaires pour mener à terme sa réinsertion sociale en communauté. L’analyse des risques doit continuer d’être rigoureuse », soulève le président du SESJ, Stan Stapleton, dans un communiqué.

« Bien que nous reconnaissions que les milieux carcéraux fédéraux sont de plus en plus dangereux pour le personnel et les délinquants compte tenu de la COVID-19, tout plan qui libère des centaines de délinquants dans les communautés à travers le pays est, franchement, assez lourd de défis », a-t-il ajouté.

En date du 4 avril, cinq détenus du pénitencier de Port-Cartier ont reçu un test positif à la COVID-19. Deux détenus sont attente du résultat de leur test. Chez les employés, ont dénombre 14 cas.

Le Syndicat avance que les possibilités de libération anticipée seront extrêmement limitées en l’absence d’un plan réaliste concernant le lieu de résidence de ces délinquants et la manière dont ils se débrouilleront. Il évoque le cas pour de nombreux délinquants autochtones dont les communautés seront confrontées à d’immenses difficultés pour les réintégrer, dans les zones urbaines et rurales du Canada.

Pour contrer la propagation et assurer la sécurité de tous, le SESJ demande au Service correctionnel de mettre les mesures suivantes dans les pénitenciers fédéraux :

  1. Suspendre immédiatement toutes les visites non essentielles dans les pénitenciers, y compris les visites de sous-traitants, sauf en cas d’urgence.
  2. Suspendre tous les programmes offerts en personne pour les délinquants ayant des besoins élevés et résidant dans des unités d’intervention structurées, qui ont remplacé l’isolement préventif dans les pénitenciers fédéraux. En raison du risque de violence envers eux-mêmes ou envers les autres, ces délinquants sont isolés de la population carcérale générale. Il faut envisager des solutions virtuelles.
  3. Fournir à tout le personnel qui transfère des délinquants malades vers un l’hôpital des équipements de protection personnel pour réduire le risque de transmission entre les délinquants et le personnel de transport, qui doit retourner au travail et continuer à interagir avec ses collègues.
  4. Assurer un dépistage prioritaire de tout le personnel des services correctionnels fédéraux et des délinquants. Cette mesure n’est pas bien établie malgré les protocoles que les organismes de santé publique mettent en œuvre dans l’ensemble du pays.
  5. Permettre au plus grand nombre possible de membres du personnel administratif et de gestion des cas de travailler de la maison.
  6. Renforcer le processus de dépistage actif de la COVID-19 pour tous les employés entrant dans les prisons fédérales, tel qu’en prenant leur température. Cela permettra de s’assurer qu’aucune personne, même légèrement symptomatique, n’entre dans un établissement.
  7. Faire passer un test de COVID-19 à tous les délinquants recommandés à la Commission des libérations conditionnelles du Canada avant leur libération dans la communauté, même ceux qui sont asymptomatiques.

« Le SESJ comprend qu’il n’existe pas de solution facile pour ralentir la propagation de la COVID19 dans les pénitenciers au Canada. Il s’agit d’établissements dont la nature est complexe et qui accueillent des délinquants souvent violents et à besoins élevés. Cependant, il existe certaines mesures efficaces que le Service correctionnel du Canada peut prendre pour éviter qu’une situation difficile ne devienne désastreuse », est-il mentionné en conclusion du communiqué.

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