Chronique : terre d’accueil, terre d’écueil

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Par Emelie Bernier
Chronique : terre d’accueil,  terre d’écueil
La Côte-Nord, dont sa porte d'entrée Tadoussac, sera-t-elle aussi accueillante en cet été 2020, s'interroge notre chroniqueuse. Photo Tourisme Côte-Nord

Un jour, on ne sait pas exactement quand, la bulle où la Côte-Nord s’était réfugiée, à l’abri des vicissitudes de la COVID-19, éclatera. Outre le « quand », la grande question que tout le monde se pose est « qui donc y entrera »? Et toi,  belle Côte-Nord, seras-tu aussi souriante et accueillante qu’avant? Ou le spectre d’un certain virus s’immiscera-t-il comme une ombre malveillante entre toi et ton visiteur?

La peur est un sentiment puissant. Elle réveille l’instinct de survie, mais ce faisant, elle justifie une certaine érosion des valeurs de civisme, d’empathie, de vivre-ensemble. L’être humain traqué n’hésitera pas à faire une jambette à son prochain, si ce croque-en-jambe est garant de sa propre continuité.

Ne dit-on pas que l’important, lorsqu’on croise un prédateur, est de courir au moins plus vite que le plus lent du groupe?

La COVID-19 génère plus que sa part de peur. Parfois irrationnelle, parfois justifiée. Oui, il faut craindre sa morsure pour saisir l’importance d’adopter les comportements adéquats en matière de prévention. Non, il ne faut pas céder à la panique et voir dans chaque visage inconnu qui croise notre route une menace à notre intégrité physique.

Et des visages inconnus, il y en aura de plus en plus dans notre environnement, n’en déplaise aux partisans de la région bunkerisée.

Bien sûr, je ne souhaite pas plus que la moyenne des ours que la maladie se fraie un chemin jusqu’à nous, ni voir débarquer ici une horde crachotante de porteurs de l’infâme virus, mais de là à succomber à la paranoïa et à inscrire au Sharpie le mot « pestiféré » sur le front de tous les nouveaux venus, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Et si on misait sur la prudence en évitant de « frencher » à bouche que veux-tu le premier ou la première venu(e), en portant un masque lors de nos sorties mondaines (lire : à la pharmacie, à l’épicerie, au dépanneur…), en respectant les consignes que la santé publique nous serine à tue-tête depuis des mois?

La cloche de verre sous laquelle nous avons vécu ces derniers temps est une utopie. Nul n’est une île, ou nul ne peut le rester indéfiniment… Il y a Stéphane, qui n’a pas vu sa mère depuis deux mois. La pauvre a des pertes cognitives. Il vit dans la crainte qu’elle ne le reconnaisse pas, la prochaine fois…

Et Odette, qui a bien envie de racler le terrain, de semer le jardin et d’enlever l’abri Tempo au chalet pour lequel elle paie, ne l’oublions pas, de copieuses taxes municipales…

Que dire d’Ariane, la belle de Sept-Îles, tombée sous le charme et dans les bras de François en février dernier… Il habite Québec… S’aimer par écrans interposés n’a ni le même charme, ni la même saveur…

Et un jour, les touristes reviendront. On n’y échappera pas, mais j’ose croire qu’ils feront attention.

Que voulez-vous! La Côte-Nord, terre d’accueil, a tout ce qu’il faut pour réconforter les confinés coincés depuis des mois entre quatre murs : la mer, les plages,  la nature, le vent, les montagnes, l’espace, l’horizon.

Ne soyons pas chiches de ces incommensurables beautés! Ne laissons pas la peur réduire à néant la réputation d’hospitalité qui nous précède et, disons-le, fait vivre sinon vous-mêmes, probablement un membre de votre famille, quelques-uns de vos amis, votre voisin…

Ce n’est pas demain que la visite débarquera, mais pourquoi ne pas déjà se préparer à sourire derrière notre masque?

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