Thalie Émond réfléchit à sa réalité de personne de couleur

Photo de Charlotte Paquet
Par Charlotte Paquet
Thalie Émond réfléchit à sa réalité de personne de couleur
Voici un collage de photos de Thalie Émond à 10 et 17 ans. Photos courtoisie

Les manifestations antiracistes des dernières semaines au Québec ont touché une corde sensible chez une jeune femme de Baie-Comeau à la peau noire, Thalie Émond. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle réfléchisse à sa réalité et se lance dans l’écriture d’un long texte et le tournage d’une vidéo pour exprimer les conclusions de sa réflexion.

« Après les grandes manifestations qu’il y a eu, je me sentais impuissante de ne rien faire, car je suis à Baie-Comeau », raconte l’étudiante de 19 ans, de retour chez ses parents d’où elle a terminé à distance sa première année d’études à l’Université McGill.

Thalie Émond a été adoptée à l’âge de deux ans à Bangkok en Thaïlande. Son père biologique était d’origine afro-américaine.

Le mouvement #BlacksLivesMatter l’a interpellée. L’a portée à réfléchir à sa vie. À son enfance et sa jeunesse à Baie-Comeau. Aux situations auxquelles elle a été confrontée à son arrivée à Montréal l’automne dernier.

Des exemples

Dans la ville où elle a grandi, Thalie affirme avoir connu sa part de blagues sur les Noirs et de moqueries sur sa peau sombre, ses lèvres charnues comparées à des « babines de babouins » et ses cheveux « parce qu’ils ressemblaient à de la laine d’acier », a-t-elle écrit.

« Au primaire, mes parents m’ont toujours dit que j’étais différente et je ne comprenais pas trop le concept de la couleur. Ç’a été plus au secondaire que ç’a fessé », raconte-t-elle au bout du fil.

Après son passage au cégep de Baie-Comeau, la grande ville l’attendait. Thalie Émond pensait bien que Montréal serait plus inclusive par rapport aux différences, mais ô surprise, ce n’est pas ce qu’elle a perçu.

« Je trouve qu’en région, c’est plus facile de s’intégrer, même si on est des personnes différentes. Je pensais que ça allait être plus inclusif dans la grande ville, mais c’est plus en cliques. C’est un petit peu décourageant », admet la jeune femme.

Ignorance, non racisme

Son travail d’introspection lui fait dire que les expériences qu’elle a vécues en raison de ses origines ethniques s’expliquent davantage par l’ignorance que le racisme.

« Je ne pense pas avoir été victime de racisme intentionnellement. C’est plus de l’ignorance due au manque d’éducation », indique celle qui avoue cependant en avoir été troublée.

D’ailleurs, elle en a gros sur le cœur contre le système d’éducation qui crée une société eurocentrique, dit-elle. « Dans le fond, ils nous apprennent juste les exploits que l’Europe a faits. Je pense que ce n’est pas réaliste. » L’histoire devrait ratisser beaucoup plus large, selon celle qui considère que le milieu de l’éducation maintient ainsi un racisme systémique.

Cette longue lettre qu’elle a écrite sous la forme d’une lettre ouverte, et qu’elle envisage de faire parvenir aux députés provinciaux et fédéraux, et cette vidéo tournée qui est diffusée sur les réseaux sociaux depuis la fin de semaine, Thalie Émond affirme l’avoir fait pour les enfants qu’elle aura sûrement un jour.

« Ce que je fais présentement, c’est pour ne pas que mes enfants aient à vivre ça », conclut-elle.

  • Pour visionner la vidéo enregistrée par Thalie Émond, cliquez ici.
  • Pour lire sa lettre, c’est ici qu’il faut cliquer.
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