Pessamit menace de déchirer son entente avec Mason Graphite

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Par Steeve Paradis
Pessamit menace de déchirer son entente avec Mason Graphite
Le chef René Simon exige de Mason Graphite des garanties que l’entreprise s’installera à court terme à Baie-Comeau, afin de respecter les termes de l’entente entre les deux parties. Photo archives

Le Conseil des Innus de Pessamit vient de lancer un ultimatum à Mason Graphite. Il exige que l’entreprise installe son usine de seconde transformation à Baie-Comeau et dépose un plan d’affaires d’ici le 15 septembre. Si ces conditions ne sont pas respectées, la communauté se retirera de l’entente entre les deux parties et ne donnera plus son accord à l’exploitation d’une mine sur son territoire ancestral.

Dans une lettre expédiée mardi au président du conseil d’administration de l’entreprise, Paul Carmel, et dont Le Manic a obtenu copie, le chef René Simon écrit d’entrée de jeu que l’annonce de Mason du 9 avril de ne pas aller tout de suite de l’avant avec son projet d’usine de première transformation du graphite à Baie-Comeau « constitue un bris d’engagement » sous plusieurs aspects.

Parmi ces aspects, il y a le fait qu’il n’y a désormais plus d’échéancier pour la concrétisation du projet du lac Guéret, où se trouve la mine. L’Entente Mushalakan, signée entre Pessamit et Mason, prévoit que Pessamit peut mettre fin à l’entente si Mason suspend ses activités.

« C’est exactement la teneur du communiqué du 9 avril 2020. Pessamit considère que Mason est, à plusieurs égards, en situation de bris d’engagement », note entre autres le chef.

En entrevue avec Le Manic, le chef Simon n’a pas mâché ses mots. « Ils (Mason) ont l’air à se foutre carrément de la région, du maire (Yves Montigny), du préfet (Marcel Furlong) et de la communauté de Pessamit. La compagnie n’a pas suivi les procédures et elle a complètement bafoué l’entente », a-t-il clamé.

Dans sa missive, René Simon réclame que la compagnie « reconfirme sa volonté d’opérer le projet de première transformation ainsi que son engagement à confier le transport de minerai à Pessamit. Les Innus soutiennent avoir « investi de façon massive » pour former 40 chauffeurs de camion lourd, tel que prévu dans l’Entente Mushalakan.

On craint une vente

Le chef de Pessamit exige également que Mason « fournisse l’assurance que la vente éventuelle des actifs miniers soit faite à la stricte condition que le projet soit mis en œuvre et opéré » selon certains objectifs, soit que le projet soit mis en branle « de façon diligente dans l’intérêt commun du Québec, de la région et (des) actionnaires (de Mason) ».

M. Simon craint justement que la compagnie s’apprêterait à se départir de son projet de mine et de première transformation à Baie-Comeau. « L’entente n’est plus valide si c’est vendu. On demande à Mason qu’ils nous avisent de façon officielle », a-t-il soutenu.

Si les conditions fixées par Pessamit ne sont pas rencontrées d’ici le 30 septembre, le chef assure que sa communauté déchirera l’Entente Mushalakan.

Le Conseil des Innus de Pessamit a informé le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, de sa démarche. Le chef dit avoir eu l’assurance que sa lettre serait « analysée » par le cabinet du ministre. René Simon indique aussi qu’il remettra une copie de cette lettre au premier ministre François Legault, qu’il aura l’occasion de rencontrer vendredi matin en compagnie des autres élus de la région.

Confidentialité évoquée

Pour sa part, Mason a préféré ne pas réagir. Dans un échange de textos, le vice-président exécutif aux opérations de la compagnie, Jean L’Heureux, a souligné que l’entente avec Pessamit est accompagnée d’une entente de confidentialité « qui ne permet pas d’en discuter avec un tiers ».

On se rappellera qu’en avril, la compagnie a annoncé qu’en raison de l’effondrement du marché du graphite, elle mettait sur pause son projet de Baie-Comeau, évalué autour de 260 M$.

Ces mêmes conditions du marché sont en contrepartie propices pour les projets de seconde transformation et c’est la voie choisie à court terme par Mason, qui compte s’approvisionner en graphite naturel à bas prix à l’étranger pour le transformer en graphite sphérique, fort en demande pour la conception des batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques.

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