Le pensionnat de Kamloops — Partie 2

Par Korina Leblanc 6:00 AM - 06 septembre 2021
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Le pensionnat de Kamloops dans les années 70. Photo Bibliothèque et Archives Canada

Le 25 juin, ma chronique sur le pensionnat de Kamloops fut publiée et je souhaite y donner une suite, puisque plusieurs choses se sont produites depuis en lien avec les pensionnats résidentiels autochtones.

Le fait que 215 enfants enterrés dans des tombes non déclarées sur le territoire de ce pensionnat est déjà suffisamment horrible en soi, d’autant plus qu’ils n’auraient jamais dû se retrouver dans un lieu cherchant à leur arracher leur culture, mais ce nombre a augmenté.

Le nombre de corps n’a pas augmenté sur le site de ce pensionnat, mais il a en effet augmenté dans le bilan d’enfants tués par le personnel de tous les pensionnats canadiens actuellement. Quel est ce nombre, demandez-vous ? Il a depuis longtemps dépassé le cap du mille.

Plusieurs activistes autochtones que j’écoute sur diverses plateformes affirment que ce nombre se situe alentour des 5 000 enfants en comptabilisant les résultats des fouilles sur le terrain de quelques pensionnats. Car, non, ce ne sont pas tous les pensionnats qui ont été fouillés.

Malgré cette quantité exorbitante d’enfants tués entre les murs de ces bâtiments, je n’entends plus beaucoup parler de cette problématique. Kamloops a fait la une des médias avec cette macabre découverte, et ce, avec raison et, à mon avis, la nouvelle aurait dû être beaucoup plus traitée qu’elle l’a été, mais je remarque que ce n’est pas le cas avec les autres bilans publiés.

Ils sont pourtant grotesques et tragiques, cependant je n’ai peu ou pas entendu parler des 751 tombes non identifiées du pensionnat de Marieval en Saskatchewan le 24 juin ou les plus de 160 corps d’enfants retrouvés au pensionnat de Kuper Island en Colombie-Britannique le 12 juillet.

Je n’ai pas les mots pour exprimer à quel point je suis désolée de ces horreurs et à quel point j’ai honte d’être Canadienne et Québécoise en voyant comment nous reconnaissons qu’il y a plusieurs événements horribles et complètement évitables qui se sont produits dans un passé loin et proche, mais que nous ne sommes pas activement prêts à en parler et d’en prendre responsabilité.

Je dis cela bien évidemment en pensant au manque de médiatisation mentionné plus tôt, mais aussi par rapport à quelques avis négatifs que j’ai reçus au sujet de ma première chronique sur Kamloops, chronique disant que nous, la population blanche, avions une responsabilité dans ce génocide.

Je crois honnêtement que ce qui a offensé ces personnes est que j’ai dit que la population blanche est responsable de ces meurtres et du racisme systémique ainsi que subtil qui subsiste toujours envers les personnes autochtones, au lieu de pointer du doigt la population canadienne ou québécoise. Cependant, je ne crois pas que j’aurais pu utiliser d’autres termes comme ce n’est pas tous les Québécois et les Canadiens qui furent responsables de ces pensionnats.

Les personnes noires, les personnes asiatiques, les personnes venant du Moyen-Orient et les personnes autochtones vivent ici et elles ne sont pas responsables de ces horreurs, contrairement aux personnes blanches, à nos ancêtres loin et très proches qui ont dirigé ces centres de torture au nom d’un Dieu et d’un idéal raciste.

Même si nous n’avons pas pris personnellement la pelle qui a enterré ces enfants, même si nous n’avons pas arraché ces enfants à leur famille et à la vie, nous devons reconnaître que notre présent et notre système sociétal sont basés sur ce génocide et plusieurs autres.

Nous devons prendre responsabilité, vivre la culpabilité que nous devons vivre, et activement écouter la population autochtone. Par écouter, je ne veux pas seulement dire de se sentir mal lorsque ces tragédies passées et présentes font surface, mais bien prendre action de manière significative en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il accommode et écoute les besoins des communautés autochtones, ou bien en s’éduquant soi-même sur comment nous profitons de ce système qui les a abusés et qui continue à les abuser tout en désapprenant les apprentissages racistes que celui-ci nous a inconsciemment inculqués.

Comme nous le disons souvent, les paroles s’envolent, mais les écrits restent. De courtes excuses d’hommes importants et de l’activisme performatif sont volatiles, mais de constantes actions significatives et désirées pour améliorer la situation des communautés autochtones et un soutien inconditionnel sont selon moi la façon que nous pourrons peut-être un jour nous rapprocher d’un vrai pardon.

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