À 87 ans, le coloré abbé Staniforth mord encore dans la vie

Par Charlotte Paquet 6:00 AM - 05 janvier 2022
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L’abbé Richard Staniforth continue de servir à 87 ans. Comme le dit son fils adoptif, il régénère au lieu de dégénérer.

Il a 87 ans et mord dans la vie comme pas un. Unique en son genre, il poursuit inlassablement sa route, une route qui ne ressemble à aucune autre chez ses congénères. Voilà l’abbé Richard Staniforth, cet ancien gars de ruelle (ce sont ses paroles) devenu prêtre, puis famille d’accueil, père et grand-père.

« Je suis un délinquant qui a bien tourné », raconte en riant celui qui est né et a grandi à Montréal.

Malgré son âge respectable, il n’arrête pas. Grâce à une santé à faire rougir d’envie des plus jeunes, il répond présent aux demandes, notamment par les quatre messes de Noël qu’il a présidées le 24 décembre dernier dans des paroisses entre Pentecôte et Godbout.

L’année d’avant, il en avait ajouté une cinquième pour cette veille de Noël, celle de Franquelin. « J’étais en forme, j’étais plus jeune », s’esclaffe-t-il.

En 2021, il a aussi célébré plus d’une centaine de funérailles, que ce soit à l’église ou au salon funéraire. Son agenda est très bien rempli. « J’ai encore le feu sacré », assure-t-il, tout en soulignant d’un ton enjoué que son fils Steve considère qu’il « régénère » avec les années plutôt que le contraire. « J’en gagne au lieu d’en perdre. »

Les pas de Jésus

L’histoire de vie de l’abbé Richard Staniforth est particulière. Après une enfance et une adolescence olé olé, comme il le dit si bien, il s’inscrit à un cours commercial et travaille dans ce domaine pendant six ans.

Puis, l’appel de Jésus se fait entendre. Il y répond et se fait prêtre. Depuis, il dit marcher dans les pas de Jésus, mais à manière. « J’ai toujours été un prêtre marginal », ajoute celui pour qui les mots identité et liberté ont toujours été remplis de sens.

Ordonné prêtre par le cardinal Paul-Émile Léger en 1966, il s’amène à Baie-Comeau comme vicaire dans la paroisse Saint-Georges, où d’ailleurs il initie les messes avec musique rythmée grâce à la famille de musiciens de Geneviève et Jérémie Simard. Dans l’esprit de bien des paroissiens, c’était l’arrivée des messes à gogo.

L’abbé pratique son sacerdoce dans diverses paroisses du diocèse entre Les Bergeronnes et Sept-Îles jusqu’à ses 65 ans en 1999, mais tout en gardant sa résidence à Baie-Comeau.

En parallèle, il enseigne pendant 18 ans dans des écoles de sa ville, dont neuf ans à la polyvalente des Baies. Il se fera aimer des jeunes avec son côté non conventionnel comme prêtre.

Cet aspect de sa personnalité, il le démontrera notamment à l’approche de son 10e anniversaire de sacerdoce et de l’année sabbatique qu’il décide de prendre pour l’occasion. Contrairement aux us et coutumes, il ne requiert pas l’autorisation de l’évêque, mais l’avise plutôt par lettre de sa décision, croyant que c’était la façon de faire.

« J’informais le patron que je serais absent. J’ai appris par la suite qu’on n’avisait pas l’évêque qu’on partait. On lui demandait la permission de prendre un an », explique-t-il d’un regard amusé.

Situation similaire à son retour de sabbatique. Il accepte un poste à la polyvalente des Baies, où il avait enseigné pendant un an avant son congé, et en informe son évêque après.

Après ses années dans l’enseignement, il occupe diverses fonctions à l’évêché tout en était curé à Pointe-aux-Outardes.

La joie d’être père et grand-père

(CP) Les prêtres qui peuvent se targuer d’être papas comme l’abbé Staniforth sont une denrée rare. Le principal concerné affirme en avoir connu au moins un à Montréal.

Le religieux a d’abord œuvré comme famille d’accueil et ce rôle est d’ailleurs venu tout bonnement quand un adolescent, le neveu de l’un de ses amis, lui a demandé : « M’amènes-tu chez toi? »

Le prêtre s’est investi comme famille d’accueil pendant de nombreuses années et pas moins de 91 jeunes, âgés de 13 ans à 21 ans, ont habité chez lui, rue Champlain. « Dans la rue, on appelait ça l’arche de Noé », se souvient-il avec le sourire aux lèvres.

Puis un jour, un adolescent lui a demandé de l’adopter, faisant de lui un père, puis plus tard un grand-père. Aujourd’hui, Steve Staniforth a 53 ans et son fils Mike, 30 ans.

Un homme libre

« J’ai toujours été un homme libre. Pourquoi? Parce que je me nourris de l’Évangile. Mon modèle s’appelle Jésus de Nazareth. Je marche dans les pas de Jésus à ma manière, en me respectant », souligne celui qui croit que ça respecte aussi ce que Jésus aurait voulu.

« Oui, je le crois parce que je suis encore là. La preuve est faite avec le temps. Elle n’était pas faite dans le temps. En tous cas, si ce n’est pas une preuve, c’est un signe. »

Pour les années qui lui restent, l’abbé Staniforth a bien l’intention de continuer à servir, comme il l’a toujours fait. « À la vie, à la mort. Je serai en chaise roulante et je serai sur mon grabat et je célébrerai encore. Parce que j’ai donné ma vie, il peut la prendre de la manière qu’il voudra », conclut-il tout en laissant entendre que ses deux expériences du cancer l’y ont déjà préparé.

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