La fièvre électorale toujours sous basse température

Par Raphaël Hovington 6:00 AM - 09 juin 2022
Temps de lecture :

Logo d’Élections Québec (Groupe CNW/Élections Québec)

Après ceux de l’Ontario, les citoyens du Québec iront aux urnes dans quelques mois. On ne s’attend pas à un changement de gouvernement tout comme ce fut le cas il y a quelques jours en Ontario. Les sondages accordent une bonne longueur d’avance aux troupes de François Legault, même si le PM est de plus en plus pointé du doigt pour une certaine forme d’arrogance. On le compare même à Maurice Duplessis.

Ici dans René-Lévesque, les dés ne sont pas encore jetés. Depuis la création de cette circonscription en 1948 (Saguenay devenant René-Lévesque en 2003), le Parti québécois y règne en roi et maître depuis 40 ans. Il a fait élire les Lucien Lessard, Gabriel-Yvan Gagnon, Marjolain Dufour et, en 2015, Martin Ouellet, lors d’une élection partielle.

Âgé de 44 ans, Martin Ouellet fait partie de la jeune génération des politiciens d’avenir sur la scène québécoise au même titre que les Simon Jolin-Barrette ou les Gabriel Nadeau-Dubois. Il se présente bien, s’exprime bien et connaît ses dossiers. Il est présent dans sa circonscription.

Sa fonction de leader parlementaire du troisième groupe d’opposition lui confère une stature nationale qu’il ne possédait pas avant son entrée en politique en 2015, alors qu’il quittait ses fonctions de directeur général de la Société d’aide au développement de la collectivité de Manicouagan.

En 2015, il a remporté l’élection avec 49 % des suffrages exprimés et une majorité de 1 334 voix sur la candidate libérale. Trois ans plus tard, il répétait son exploit en récoltant 41 % des suffrages pour une majorité de 1 623 voix. Il était talonné de près par un candidat de la CAQ, André Desrosiers, maire des Escoumins. Ce dernier n’a pas fait le poids dans la balance, malgré ses 6 432 voix (33,7 %), mais permettait tout de même à la CAQ d’inscrire un réel progrès par rapport à l’élection partielle de 2015 où Dave Savard arrivait au troisième rang avec 744 voix (5,5 % des suffrages).

À l’époque, on a expliqué sa victoire par le caractère nationaliste de la circonscription de René-Lévesque et la totale adhésion de la Côte-Nord à la souveraineté québécoise qui s’exprime tant sur la scène provinciale que fédérale. Mais l’homme s’est taillé une solide réputation depuis sept ans et s’il se représente, il y a fort à parier qu’il sera réélu même si le Parti québécois est en pleine déconfiture sous la gouverne de son chef actuel Paul St-Pierre Plamondon. Je ne connais pas l’homme et je ne peux donc le juger, mais il ne passe pas la rampe des caméras de télévision.

Aujourd’hui, en politique, l’image semble l’emporter sur le contenu. Dans René-Lévesque, Québec solidaire a fait connaître sa candidate, une enseignante du Cégep de Baie-Comeau, Audrey Givern-Héroux, dont tout le monde dit du bien. Malgré ses qualités et son amour de la langue française, je doute fort qu’elle ébranle les colonnes du temple.

Reste la Coalition avenir Québec, à qui le maire de Baie-Comeau a tendu une perche. Le premier ministre ne semble pas l’avoir saisie, du moins se fait-il attendre. Plusieurs Baie-Comois souhaitent que leur maire Yves Montigny renonce à une carrière politique sur la scène provinciale.

Ils apprécient son travail comme premier magistrat d’une ville qui se débat pour retrouver toute sa vigueur économique en offrant un cadre de vie des plus prometteurs aux citoyens actuels ainsi qu’à ceux et celles qui voudraient venir s’établir sur nos magnifiques rives du Saint-Laurent pour contribuer à la prospérité de la collectivité par leur génie d’entreprise et leur labeur au quotidien.

La tiédeur manifeste de la CAQ à l’égard des grandes priorités de la Côte-Nord comme son désenclavement qui passe par la construction d’un pont sur la rivière Saguenay ou la fin de l’exode de sa population pourrait prendre une autre tournure et influencer le résultat de la prochaine élection si elle se réchauffait de quelques degrés et permettrait à un candidat ou une candidate de porter avec ostentation, s’il le faut, les couleurs d’un parti qui, selon toute évidence, restera aux commandes des affaires du Québec.

La Côte-Nord pourrait-elle être tentée de passer de l’opposition au pouvoir? Les libéraux et les conservateurs lui en ont déjà fait valoir les avantages à Ottawa, mais le message de ces deux grands partis politiques ne trouve aucun écho auprès des électeurs depuis des lustres, pour ne pas dire depuis près de 30 ans.

Partager cet article