Les horreurs du diable de la Côte-Nord révélées

Par Maxim Villeneuve 8:21 AM - 08 novembre 2022
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Magalie Lapointe et Jani Bellefleur-Kaltush discutant de leur enquête. Photo courtoisie

Pendant 39 ans, un monstre a contrôlé d’une main de fer la Basse-Côte-Nord, laissant sur son chemin des centaines de victimes. La journaliste Magalie Lapointe s’est donné la mission d’exposer les horreurs commises par le prêtre Alexis Joveneau. Après cinq ans d’enquête paraît la série documentaire «Face au diable de la Côte-Nord».

«Ces victimes-là méritaient qu’on se penche sur leur calvaire», exprime Mme Lapointe.

En plus d’être dans des communautés éloignées, les victimes vivaient dans un milieu où leur agresseur avait une emprise sur tout. Joveneau était même surnommé «Jésus» ou «Dieu» à une certaine époque. Le prêtre s’occupait de tout, allant de la gestion des chèques aux livraisons de nourriture. Mme Lapointe tenait à donner une voix à ces personnes, qui n’ont eu absolument aucune chance.

Elle voulait rendre justice aux victimes de ce diable.

«Alexis Joveneau n’aura pas été puni, il n’y aura jamais eu un juge qui va lui avoir rendu un jugement, s’indigne-t-elle. Je veux donner une voix aux victimes. Je veux que les gens les croient.»

Joveneau tourmente Magalie Lapointe depuis 2017. Elle a entendu son nom pour la première fois lorsque quatre femmes l’ont dénoncé à une audience de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

La journaliste a senti qu’il y avait beaucoup de choses à déterrer sur le prêtre. En 2018, elle a passé six mois à Unamen Shipu, où a vécu l’oblat, pour récolter des témoignages. Cette première enquête a mené à la sortie du livre «Le diable de la Côte-Nord». Cependant, Mme Lapointe savait qu’elle n’en était qu’à la pointe de l’iceberg.

C’est donc avec un «oui» instantané que Magalie Lapointe a répondu lorsqu’on lui a proposé de participer au documentaire. Accompagnée de la cinéaste innue, Jani-Bellefleur Kaltush, la journaliste a repris la direction de la Basse-Côte-Nord.


Le voyage à Unamen Shipu et les confessions qu’elle a entendues ont ébranlé Jani Bellefleur-Kaltush. Dans le documentaire, elle témoigne que les événements lui ont fait remettre en question sa religion. Photo : courtoisie

Une enquête difficile

Pour Mme Lapointe, ce qui a été le plus marquant «c’était de recevoir des témoignages encore aussi troublants, touchants, choquants cinq ans plus tard, alors que je pensais en 2018 que je ne pouvais pas entendre pire. Bien non, en 2021, j’ai entendu pire.»

Le prêtre aurait fait 75 victimes, et ce, seulement d’agressions sexuelles. En comptant celles qui n’ont pas parlé en plus des personnes qui ont vécu de la violence psychologique, qui se sont fait voler de l’argent, déportées ou manipulées, ce nombre est beaucoup plus horrifiant.

En se confiant à Magalie, les victimes brûlent de la sauge. Une plante utilisée pour faire de la purification par la fumée. Photo courtoisie

«Si on part de la prémisse qu’il y a seulement cinq à dix pour cent des victimes qui font des démarches pour porter plainte [au Québec], on serait à près de mille victimes», révèle Magalie Lapointe.
L’un des constats qu’a faits l’équipe est que Joveneau n’avait pas de clientèle précise. Toute personne qui l’a côtoyé aurait pu être une victime, qu’ils soient un homme, une femme, un enfant ou un adulte.

Une série poignante

La série montre cette histoire de tous les angles possibles, allant des témoignages de victimes vivant toujours à Unamen Shipu, jusqu’à celles qui ont quitté la région. D’anciens collègues de Joveneau ont été consultés ainsi que sa famille, qui est en Belgique.

Le journaliste Michel Jean a même réussi à parler aux Oblats qui ont livré des réponses surprenantes et qui, contre toute attente, ont offert une certaine collaboration. En plus d’avoir un regard sur ce qui est arrivé aux victimes, la série documentaire témoigne du cheminement des journalistes et de leur enquête.

L’auditeur suit les membres de l’équipe dans un processus dans lequel chaque fois qu’ils croient avoir atteint le bout, ils découvrent encore plus d’atrocités. Magalie Lapointe souhaite que la sortie du documentaire aide à mettre fin à une loi du silence qui a régné dans la communauté. Elle espère aussi que cela force les Oblats à reconnaître ce que Joveneau a fait et qu’ils paient.

La série est disponible sur la plateforme Vrai.

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