OPINION | Aucune acceptabilité sociale pour un projet destructeur!

Par Alex Desabrais, résidente de Longue-Rive 7:00 AM - 11 juillet 2025
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Un mégaprojet de gaz naturel liquéfié pourrait se construire dans la baie des Anglais à Baie-Comeau. Photo iStock

Depuis peu, il y a discussion entre le gouvernement québécois et les lobbyistes canadiens de Marinvest Energy[i], une compagnie norvégienne, autour d’un mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL), incluant la construction de centaines de kilomètres de pipeline jusqu’à la Côte-Nord, d’une usine de liquéfaction ainsi que d’un terminal maritime à Baie-Comeau. Ce projet souhaite faciliter l’exportation du gaz de l’Ouest du pays vers, majoritairement, les pays européens.

Ce projet est un peu comme un GNL Québec 2.0 qui, on se souviendra, prévoyait à la base un terminal dans le fjord du Saguenay, pouponnière de bélugas et havre de biodiversité, dans lequel auraient transité nombre de méthaniers. Dans son rapport de 2021, le BAPE avait souligné qu’un tel projet provoquerait «une hausse des émissions de gaz à effet de serre et qu’il risqu[ait] de ralentir la transition énergétique nécessaire pour lutter contre la crise climatique.»[ii]

Pourquoi le GNL n’est-il pas vert?

En premier lieu, il est important de bien comprendre ce qu’est le GNL. C’est du gaz emprisonné dans la roche-mère. Pour l’extraire, des puits sont creusés jusqu’à quelques kilomètres de profond : c’est ce qu’on appelle le forage. Très souvent, on y injecte un mix d’eau, de sable et de composantes chimiques sous très forte pression afin de fissurer la roche et ainsi libérer le gaz s’y trouvant : c’est ce qu’on appelle la fracturation hydraulique.[iii]  Ensuite, le gaz est envoyé dans une usine de liquéfaction, où le gaz est passé à l’état liquide en le refroidissant, le produit étant très compact et donc propice au transport dans cet état.

La Régie de l’Énergie du Canada estime qu’en 2035 ce sera 80% du gaz naturel qui sera extrait grâce à la méthode de fracturation.[iv] Notons que la fracturation est interdite au Québec, car il a été convenu que cette méthode posait des risques environnementaux.[v] En effet, elle utilise une quantité phénoménale d’eau potable et rejette des déchets toxiques, en plus de faire remonter jusqu’à la surface des métaux lourds enfouis, ce qui cause un risque de contamination des nappes phréatiques. De plus, dans un rapport de 2020, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement mentionnait que la fracturation posait des risques considérables pour la santé humaine, surtout celle des gens vivant là où les industries s’implantent, souvent des communautés autochtones. 

Et il n’y a pas que l’extraction du gaz qui pose problème. Un centre de recherche indépendant note que : «Le rejet involontaire de gaz naturel (méthane) dans l’atmosphère dû à des fuites pendant la manutention ou le transport, ou encore à une combustion incomplète entraîne un effet de réchauffement climatique jusqu’à 25 fois plus important que celui causé par le dioxyde de carbone.»[vi] Ici on parle de fuites de gaz dans l’atmosphère, mais les fuites de liquides, ça va direct dans l’eau et dans le sol. Les bris d’équipement de transport (pipelines et méthaniers), les erreurs humaines ainsi que les accidents, ça arrive : ce n’est pas une question de si, mais bien de quand. Et quand ça va arriver, ça va affecter nos écosystèmes : nos bassins d’eau douce, notre fleuve, notre faune, nous, et la crise climatique en cours.

Dire que le GNL est une énergie verte, c’est de l’écoblanchiment. Ne nous laissons pas duper.

Ne pas céder à la panique économique

Depuis l’élection de Trump aux États-Unis et l’instauration de mesures tarifaires, les gouvernements fédéraux et provinciaux clament haut et fort un besoin accru d’indépendance économique. Pour ce faire, ils s’accrochent à leur vieille habitude avec une vision court-terme : ouvrir la porte à des projets environnementalement nocifs. Rien, pas même l’économie, ne justifie ce retour en arrière. 

Comme vous le savez déjà, les compagnies comme Marinvest Energy ne sont pas des organismes à but non lucratif, mais plutôt existent pour le profit : elles s’inscrivent dans une démarche capitaliste. Fondamentalement, le capitalisme requiert une croissance infinie dans un monde où les ressources et notre capacité d’absorber les déchets sont limitées. En gros, ce sont des projets semblables d’extraction qui ont dans le passé contribué à la dérégulation du climat. En cette ère de crise climatique, il est de notre devoir collectif de reconnaître cette dynamique et de prioriser la santé de nos populations et de nos écosystèmes au-delà du profit.

Bref, malgré tout ce qui se passe dans le monde, il est nécessaire de garder le cap sur une vision long-terme, pour le bien-être de la planète et de nos générations futures.

Actions possibles

  • Demandez aux Innu·es ce qu’ils et elles pensent de ce projet sur leur territoire. 
  • Dites à Marcel Furlong, préfet de la MRC de Manicouagan, que le projet de Marinvest Energy ne permettra aucune décarbonation, mais plutôt ralentira la transition énergétique. 
  • Dites à Karine Otis, présidente-directrice générale de la Corporation de gestion du port de Baie-Comeau, que ce projet n’est pas un projet vert et qu’il n’y aura pas d’acceptabilité sociale. 
  • Appelez le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux Changements climatiques (au 418 521-3830) pour lui dire qu’en 2025, que ce soit à Baie-Comeau ou ailleurs, les projets de GNL ne passeront pas!   
  • Joignez-vous à un groupe contre GNL près de chez vous, ou bien créez votre propre groupe. 

Seul·e, nous ne sommes qu’une goutte dans l’océan, mais, ensemble, nous pouvons faire des vagues. 


[I]Un nouveau mégaprojet de gaz naturel liquéfié s’annonce au Québec | Le Devoir

[II]GNL Québec provoquera une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, selon le BAPE | Le Devoir

[III]Ressources de schiste et de réservoirs étanches au Canada – Ressources naturelles Canada

[IV]idem

[V] Le gaz exploité par fracturation fait partie de «l’approvisionnement responsable» d’Énergir, vendu au Québec | Le Devoir

[VI]GNL

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Marie Saint-Arnaud
Invité
Marie Saint-Arnaud
11 mois il y a

En 2021, après un examen complet et un rapport très critique déposé par le BAPE, les citoyens et les scientifiques engagés ont gagné contre le projet destructeur de GNL Québec à Saguenay. Pourquoi faut-il recommencer cette bataille, alors que la Cour internationale de justice vient de statuer à l’effet que les États avaient l’obligation de répondre à la “menace urgente et existentielle” du réchauffement climatique, notamment en limitant la production des combustibles fossiles?

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