Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice
Mes très chers lecteurs,
Quand on évoque les grandes baies majestueuses du monde, certains pensent immédiatement à la Resurrection Bay, en Alaska. Elle est spectaculaire, elle est sauvage, elle héberge des orques et des aigles à tête blanche, et elle sait très bien qu’elle est photogénique. Mais laissez-moi vous parler de sa cousine québécoise, car il existe, sur la Côte-Nord, une baie discrète qui semble chuchoter aux conifères ses secrets de granite, mais pas timide : la Baie St-Pancrace. Recroquevillée dans le flanc du Bouclier canadien, elle s’ouvre timidement sur le Saint-Laurent comme une confidence murmurée au vent salin.
À 600 mètres d’altitude, le belvédère de la route 138 vous offre un panorama qui ferait rougir n’importe quel influenceur. En contrebas, l’anse se déploie doucement, bordée de conifères bien rangés et d’un silence si dense qu’on croit entendre les pins respirer. Si vous tendez l’oreille, il paraît qu’on peut entendre les confidences des contrebandiers qui utilisaient jadis cette baie pendant la prohibition. Charmant, non ?
Pendant qu’à 5000 km de là, les kayakistes d’Alaska pagayent vers le Fort McGilvray au son des cris de macareux, ici, on glisse sur l’eau en paddleboard ou en kayak, entre deux échappées de phoques (et parfois même d’une baleine curieuse). L’organisme Attitude Nordique vous propose d’ailleurs une gamme d’aventures qui inclut tyrolienne, via ferrata et randonnées, pour ceux qui aiment suer avec vue.
Alors oui, Resurrection Bay est grande. Impressionnante. Elle peut atteindre jusqu’à 1 500 mètres de profondeur, alors que notre baie à nous s’ouvre simplement, modestement, sur le fleuve Saint-Laurent. Mais avouez que ça a du panache, une baie qui sait rester secrète. Un peu comme une dame qui ne se dévoile qu’aux initiés. Il faut savoir la découvrir. Et c’est ça qui la rend précieuse.
Le petit sentier de 1,5 km jusqu’à la cascade vous promet une randonnée modérée, parfaite pour une sortie digestive entre deux bières locales. Et parlons-en, justement, de la Microbrasserie St-Pancrace, qui rend hommage au lieu avec des créations inspirées de l’histoire et du territoire. Qui a besoin de glacier flottant quand on a une bière brassée avec mythes et légendes ?
Certes, Resurrection Bay attire des croisières, des charters de pêche, des randonnées vers des glaciers millénaires. On y pêche le saumon, on y photographie les loutres. Mais ici aussi, on vit l’immersion. On cueille le vent. On partage un pique-nique avec le fleuve, bien installé sur le plateau du belvédère, entre deux panneaux qui vous murmurent des secrets post-glaciaires. Et surtout, on a la chance de le faire sans devoir partager la baie avec des hordes de touristes criant dans des talkies-walkies.
À ceux qui croient que seul l’Alaska mérite les louanges des aventuriers du nord, je dis : venez à St-Pancrace. Venez sentir la roche, écouter les pins, observer le ballet des marées dans cette anse en forme de confidence.
Et puis, qui a besoin de lions de mer et d’aigles géants quand on a une baie qui vous serre doucement le cœur sans rien demander ?
Quand St-Pancrace regarde vers l’ouest, elle ne rougit pas. Elle sourit. Elle sait qu’elle n’a rien à prouver à Resurrection Bay. Car même si l’Alaska a le clinquant, la Côte-Nord a l’âme.
Avec toute mon affection nordique,
Par votre dévouée Charlotte, chroniqueuse des beautés cachées et des baies qui n’ont rien à envier à personne.

