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Les Galets de Natashquan vs Flatey : la battle des bicoques aux confins du monde !

Par Charlotte Vuillemin 10:30 AM - 27 juillet 2025
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Les Galets de Natashquan, Côte-Nord, Québec - Photo Mathieu Dupuis

Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice

Mes très chers lecteurs,

Il est des lieux où le vent connaît vos secrets. Où les cabanes ne sont pas que de bois, mais de mémoire. Où chaque pierre ronde raconte une histoire. Où la mer est une colocataire un peu bruyante, et le vent, un poète qui souffle des alexandrins salés au gré des saisons. Bienvenue aux Galets de Natashquan, ce village dans le village, ce chapelet de cabanes face au golfe, posées comme des points de suspension entre la mer et le ciel au bout du monde de la Côte-Nord.

Ici, à l’embouchure de la rivière Natashquan, le temps ne passe pas, il s’installe. Sur cette langue de galets sculptée par les marées, on croirait que le monde a décidé de marcher plus lentement. Et c’est tant mieux. Parce que pour apprécier ce coin de Côte-Nord, il faut savoir s’arrêter. Écouter. Sentir. Imaginer.

Les Galets, ce n’est pas une plage ni une série Netflix. Blanches, rouges, parfois de travers, mais toujours fières. Classés site culturel par le gouvernement du Québec en 2006, ils vibrent encore de mille histoires.

À une époque pas si lointaine (du genre où les morues circulaient en gangs organisés), les pêcheurs y fumaient leur poisson, rangeaient leurs filets, se réchauffaient entre deux tempêtes et grommelaient contre les prix trop bas du marché. Aujourd’hui, les morues sont moins nombreuses, mais les cabanes tiennent bon, comme si elles avaient décidé que la retraite n’était pas pour elles. Et on peut les comprendre : avoir vue sur mer à ce point, ça se mérite.

Les visiteurs peuvent s’y promener, flatter les planches du regard, entrer dans quelques galets transformés en mini-musées, et s’imaginer pêcheurs d’un jour (et sans même avoir à vider une morue de 15 livres). Et si le nom vous intrigue : non, ce n’est pas une faute de frappe. Les galets, ce sont ces cailloux ronds sur la grève, mais aussi, ici, le nom affectueux donné à ce petit quartier marin qui sent bon la résilience.

Et comme Natashquan ne fait rien à moitié, elle a aussi son poète résident : Gilles Vigneault, barde national, fils du coin, qui a élevé les Galets au rang de symbole lyrique. Grâce à lui, ces cabanes sont devenues presque mythiques. Presque, car elles sont bien réelles. Avec des échardes et des courants d’air. Et si vous écoutez bien, entre deux bourrasques, peut-être entendrez-vous un refrain s’échapper des planches : Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver… Ou plutôt ici : c’est la mer.

Mais trêve de chauvinisme. Jetons un œil à la concurrence. À Flatey, en Islande (oui, encore l’Islande), on fait aussi dans le minimalisme côtier. Petite île posée comme un bouchon sur la baie de Breiðafjörður, Flatey aligne quelques maisons colorées, deux moutons en liberté, un moineau mélancolique et… pas grand-chose d’autre. Mais alors quelle allure ! De l’herbe rase, des maisons vert pâle ou rouge cerise, une église, une bibliothèque, et un horizon à vous faire remettre en question vos choix de vie.

Les maisons de Flatey, aux toits pentus, semblent répondre en souriant aux cabanes droites et têtues des galets. On pourrait croire qu’elles s’écrivent des lettres par-dessus l’Atlantique. « Ici aussi, nous résistons », dirait Flatey. « Nous aussi, nous gardons la mémoire des histoires de nos pêcheurs d’autrefois », répondrait Natashquan.

Les deux ont en commun un sens aigu du silence, du vent qui parle fort et des traditions qui résistent à l’érosion. Le tout emballé dans une lumière nordique qui rendrait même une corde à linge émotive.

Mais avantage stratégique pour Natashquan : ici, vous pouvez aussi aller dire bonjour à la communauté innue de Nutashkuan, toute proche. Là où la culture est vivante, vibrante, actuelle. Là où les savoirs traditionnels, les chants et les récits donnent encore à la Côte-Nord son caractère unique.

Alors que choisir entre Natashquan et Flatey ? Eh bien, pourquoi pas les deux, si votre budget résiste au prix du billet d’avion islandais ? Mais disons-le franchement : chez nous, les cabanes parlent français, les légendes sentent le sapin (dans le bon sens), et la bière est brassée localement.

Et puis, l’une et l’autre partagent ce goût pour les extrémités : Flatey n’est accessible qu’en été, par traversier. Natashquan, elle, marque la fin de la route 138 (ou le début, selon l’état d’esprit). Dans les deux cas, c’est un voyage. Un vrai. Pas une escapade en sandales pour touristes pressés. Non : une arrivée. Une initiation. Un dévoilement.

Alors, si le cœur vous en dit, partez. Allez voir les galets. Laissez-vous porter par la lumière rasante du soir, le craquement des planches sous vos pas, et cette impression étrange que le monde, ici, respire autrement.

Et en repartant, n’oubliez pas de saluer. Pas les gens (quoi que), mais les cabanes. Elles vous auront observé tout du long.

Là où chantent les galets,
Là où l’ordinaire devient spectaculaire,
Votre dévouée Charlotte, avec plus de caractère, plus d’histoire, plus d’humanité.

Flatey, Iceland – Photo iStock

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