À Godbout, l’art guérit et unit deux sœurs
Audrey et Caroline Lavoie, originaires de Baie-Comeau, ont transformé leur maison en atelier-boutique où elles redonnent vie à des matériaux récupérés, inspirées par la mer, la nature et leur parcours de résilience. Photo Anne-Sophie Paquet-T.
C’est dans une petite maison chaleureuse bordant le fleuve Saint-Laurent, à deux pas du traversier, qu’un vent nouveau souffle sur Godbout : celui de la création, de la résilience et de la reconnexion.
Depuis le 4 août, la boutique d’art Et vogue le navire a ouvert ses portes, devenant la toute première du genre dans ce village. Aux commandes : Audrey et Caroline Lavoie, deux sœurs originaires de Baie-Comeau, réunies par l’art… et la vie.
« On s’est peu connues dans notre enfance. C’est en revenant ici, à travers la maladie, qu’on s’est retrouvées et qu’on apprend à vivre ensemble depuis deux ans », confie Audrey, ex-infirmière aujourd’hui en rémission d’un cancer.
Sa sœur de 10 ans sa cadette, Caroline, autrefois secrétaire dentaire à Lévis, l’a rejointe dans un moment difficile pour s’occuper d’elle. Ensemble, elles ont choisi de se reconstruire.
Une maison devenue atelier
Dans leur demeure transformée à la main pièce par pièce, du plancher jusqu’au plafond, par Audrey, sa meilleure amie aujourd’hui décédée, et leurs frères, tout respire la créativité.
« On vit littéralement dans notre atelier. On enlève les pinceaux de la table pour manger », lance Audrey en riant.
Peinture à l’huile, moulage, bijoux, bois, sable, récupération de déchets marins, fleurs, textiles… Et vogue le navire est un joyeux capharnaüm artistique où chaque objet a une âme et une histoire. « Rien ne se perd ici. On donne une seconde vie à tout, même aux bouteilles de bière et au sable de Godbout, qu’on transforme en porte-clés ou en œuvres de résine », racontent les sœurs Lavoie.
Créer pour guérir, créer pour vivre
Chez les sœurs Lavoie, l’art n’est pas une finalité : c’est un moyen de tenir debout. « Quand je peignais, j’oubliais que mon fils était malade. C’est le seul moment où je pouvais m’évader », se souvient Caroline, dont son enfant a reçu un diagnostic de diabète à six ans.
Quant à Audrey, c’est l’appel du bord de mer, des plantes, des objets récupérés et des échanges humains qui l’animent. « Moi, je veux voir du monde. J’ai le goût d’ouvrir ma porte et de jaser. On vit ici comme des riches, avec l’horizon devant nous chaque matin », dit-elle.
Une fibre artistique enfouie
Audrey rêvait d’une carrière artistique. « Je voulais m’inscrire en arts, mais dans une grosse famille comme la nôtre, on n’encourageait pas ça », confie-t-elle en expliquant qu’ils étaient 13 enfants à la maison.
Caroline, quant à elle, a toujours créé en parallèle de sa vie de famille et de travail. « Je faisais de la peinture pendant que mes enfants dormaient. L’art, c’était mon espace à moi ». Celle-ci a également continué de créer des objets de matière première une partie de sa vie, en même temps que de travailler temps plein.
Aujourd’hui, leurs rêves refont surface. Audrey aspire à explorer la poésie, le tissage comme le faisait leur mère, et à offrir un espace pour d’autres artistes nord-côtiers. « On aimerait leur donner de la visibilité », souhaite-t-elle.
Et après la saison ?
Bien conscientes que l’achalandage touristique de l’été ne durera pas, les sœurs comptent sur l’hiver pour approfondir leur production artistique.
« On va tricoter, tisser, mouler, écrire… Cet hiver, on va vivre pleinement notre maison-atelier », disent-elles, les yeux brillants d’enthousiasme.
Et vogue le navire n’est pas qu’un commerce, c’est un manifeste de liberté. Une escale à ne pas manquer pour quiconque traverse Godbout.
