Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice.
Mes très chers lecteurs,
Me voilà rendue à ma dernière chronique. Oui, déjà. Je sens vos petits cœurs de Nord-Côtiers se serrer. Le mien aussi, figurez-vous. Car il est temps pour moi de vous dire ce que je n’ai cessé de penser tout au long de cette série estivale : la Côte-Nord, ce n’est pas seulement un territoire spectaculaire, c’est un peuple. Une humanité. Une chaleur dans le froid. Et cette chronique, je vous la dédie, à vous chers Nord-Côtiers, les vrais, les doux, les rugueux parfois, mais toujours droits dans vos bottes et larges dans vos bras.
Pendant dix semaines, je vous ai parlé de galets, de bicoques, de baleines câlines, d’archipels mystérieux, de baies, de fjords et de phares oubliés. Mais au fond, vous savez quoi ? La vraie beauté du coin, ce n’est pas ce que j’ai vu. C’est ce que j’ai ressenti. L’accueil. La générosité. Le sourire franc d’un inconnu croisé dans un rang à essence, l’invitation spontanée à partager un feu de camp sur la plage, le « viens-t’en souper, t’as pas l’air d’être d’ici toi ».
Vous êtes le cœur battant de ce territoire. Et il bat fort.
Car oui, laissez-moi vous révéler un secret que les guides touristiques ne disent jamais (et c’est tant mieux, ça vous laissera un peu de paix). On ne « visite » pas la Côte-Nord. On y est accueilli. Adopté, même. Et on repart toujours avec un petit bout de vous dans les bagages. Ou, comme dans mon cas, avec l’envie farouche de ne plus jamais les faire.
Il y a deux ans, j’ai débarqué ici avec mon accent français bien pendu, mes références parisiennes et mes chaussures pas du tout adaptées aux bancs de neige. Je pensais venir en reportage, faire un détour professionnel, peut-être me tremper un orteil dans l’hiver québécois et rentrer sagement chez moi. Mais ça, c’était avant de croiser votre chaleur humaine.
Avant de découvrir qu’ici, on se tutoie avant même de se serrer la main. Qu’on te propose du saumon fumé maison à 10 minutes de conversation. Qu’on t’appelle « ma belle » avec une bienveillance qui ne s’apprend pas dans les manuels d’hôtellerie. Qu’on te fait une place, sans poser de questions. Et que si t’es pognée, y’a toujours quelqu’un pour sortir ses mitaines, sa pelle et son pickup.
Les Nord-Côtiers, vous avez le cœur plus grand que vos forêts boréales. Vous êtes la seule communauté que je connaisse où un pot de soupe peut devenir une déclaration d’amitié. Où les fêtes communautaires sont plus importantes que les week-ends à New York. Où le mot « entraide » n’est pas un slogan gouvernemental, mais un mode de vie.
Et c’est bien simple : il n’y a rien de plus doux que l’accueil rugueux d’un Nord-Côtier. Et ça, mon cœur en a fait les frais.
Oh, bien sûr, il faut passer le test. Il faut apprendre à ne pas se plaindre du vent, à aimer le silence, à respecter les horaires de marée plus que ceux des autobus. Il faut faire preuve d’humilité devant l’immensité du territoire et d’humour devant les imprévus du quotidien. Mais une fois que vous avez prouvé que vous n’avez pas peur d’un peu de neige dans vos bottes et que vous savez rire de vous-même… vous êtes des leurs. Et là, attention : impossible de partir indemne.
Je le dis souvent : la Côte-Nord ne vous retient pas par des chaînes. Elle vous accroche par le cœur. Et ça, c’est bien plus difficile à briser.
Alors pour tous ceux qui hésitent encore à venir : n’attendez pas que la Côte-Nord vous impressionne. Venez pour être transformés. Laissez-vous gagner par la lenteur du fleuve, par la lumière des couchers de soleil, par le goût du crabe fraîchement pêché… mais surtout, par la chaleur de ceux qui vivent ici.
Et pour vous, chers Nord-Côtiers, je vous dis merci. Merci pour vos « bonne journée, toi là ! » criés du fond d’un garage. Merci pour vos histoires racontées autour d’un poêle à bois. Merci pour votre patience face à mes maladresses d’étrangère. Merci pour m’avoir ouvert vos villages, vos salons, vos cabanes, vos cœurs.
Je ne sais pas où le vent me portera la saison prochaine. Mais une chose est certaine : une partie de moi restera ici, sur cette côte droite et fière, bercée par les vents du nord, la marée haute et la bonté humaine.
Alors oui, je referme ce chapitre… mais sans jamais refermer la porte.
À l’année prochaine, mes très chers lecteurs.
Avec tout mon amour nordique,
Et pour la dernière fois,
Votre dévouée Charlotte, amoureuse de la Côte-Nord, des nord-côtiers, et même d’un Port-Cartois…
Magnifique article de votre appréciation de la Côte-Nord et bien le bonjour pour votre prochaine destination.