Les paroles s’envolent, mais les écrits restent. En juin 2022, le premier ministre François Legault déclarait à une journaliste du Manic : « On va aller de l’avant. Oui si l’étude est positive, oui, on s’engage à aller de l’avant ». L’étude d’opportunité pour la construction d’un pont sur le Saguenay est sortie trois ans plus tard et elle est positive.
Est-ce que M. Legault tiendra sa promesse ? La réponse est « j’en doute » et nous savons pourquoi. Le 1er avril, le Journal de Québec dévoilait que le gouvernement du Québec repoussait plusieurs projets majeurs, dont le pont de Tadoussac jusqu’après 2030. Pourquoi ? Les gouvernements ont préféré couper des rubans pendant des décennies plutôt que d’entretenir les infrastructures de la province. Cela donne de belles photos, mais dans le contexte économique actuel, avec un déficit record de 11 milliards de dollars, plus rien ne bouge.
Tout est sur la glace, dont le pont sur le Saguenay. Heureusement, il figure toujours dans le Plan québécois des infrastructures (PQI). Mince consolation, mais il faudra faire preuve d’une patience inouïe avant d’en voir le début du commencement. Fin avril, la ministre Geneviève Guilbault a dévoilé l’emplacement retenu pour le futur pont dont le coût de construction s’élèvera à 4,2 milliards de dollars. On est loin du prix annoncé de 199 millions $ en 1999 et si l’on continue d’attendre, l’inflation fera encore grimper la facture. L’idée d’un péage a même été évoquée pour financer les coûts de construction, mais celle-ci risque de tomber à l’eau, car ce serait injuste, voire discriminatoire, pour les citoyens de la Côte-Nord.
Récemment, les résultats de l’étude d’opportunité ont été commentés par quelques intervenants de la Côte-Nord qui ont pu en prendre connaissance. Le Manic a titré « Le pont sur le Saguenay serait plus payant que la traverse ». Selon les propos du président de la Coalition Union 138, Guillaume Tremblay, le retour sur l’investissement en construisant un pont serait de 0,69 $ du dollar comparativement à 0,48 $ pour la traverse. On parle d’une économie de 0,21 $, ce qui constitue une excellente nouvelle, sans compter le gain sur la productivité estimé à 82 millions de dollars par année sur le PIB de la Côte-Nord.
Tous les intervenants sont unanimes : il s’agit d’une étape importante que l’on vient de franchir dans le dossier du pont avec « la confirmation du gouvernement qu’un pont serait la meilleure option pour relier Charlevoix et la Côte-Nord ». À leurs yeux, il ne manque qu’un OUI du gouvernement. Selon le préfet Marcel Furlong, « seule la volonté politique est manquante ». Même les chefs innus partagent l’avis des privilégiés qui ont pu prendre connaissance des résultats de l’étude d’opportunité.
Guillaume Tremblay est d’avis que cette étude est bonne pour 10 à 15 ans. Il table sur la mobilisation pour que ce projet qui traîne dans le paysage politique depuis plus de 60 ans finisse par aboutir. La mobilisation n’est pas une panacée, mais les actions posées depuis un an ont amené le gouvernement à sortir de son mutisme et à mettre un terme à la sortie des études repoussée d’une année à l’autre. Il aura tout même fallu attendre plus de deux ans pour se faire dire que la construction d’un port est la meilleure solution pour stimuler l’économie de la Côte-Nord et désenclaver à un coût économique cette belle région du Québec.
Que de temps perdu ! Dans le reportage publié par le Manic, il y a un encadré intitulé « Quelques informations à savoir ». Quand on le scrute, on découvre le temps alloué pour les prochaines étapes : un an pour monter le dossier d’opportunité, cinq ans pour la préparation du projet et sept ans pour le réaliser. Si on sait compter, cela nous mène en 2032 ou encore plus loin, ce n’est pas très précis. Dans les faits, cela cadre avec les déclarations du 1er avril : il y a insuffisance de fonds pour réaliser le pont sur le Saguenay et, si vous me permettez une libre adaptation, le robinet ne sera pas ouvert avant 2030 et des poussières.
Le projet demeure une priorité pour la CAQ, mais une priorité si lointaine qu’on ignore quand elle se concrétisera. Étrangement, lors du dévoilement des résultats de l’étude par les intervenants régionaux, j’ai cru noter qu’aucun représentant gouvernemental n’y participait. Le reportage n’en fait pas mention. Le pont a fait couler beaucoup d’encre et si le premier ministre trouvait que c’était une « idée irréaliste » en 2019, à parier qu’il en fera une promesse d’élection en 2026. Les Nord-Côtiers ont besoin de plus que de promesses électorales, mais de gestes concrets.