Chronique de Réjean Porlier ǀ Un système profondément malade
Le premier ministre, François Legault. Photo Alexandre Caputo /Archives.
Est-ce que quelqu’un doute encore que notre système, que nos systèmes sont complètements malades et en voie d’imploser ? La santé, alors que de nombreux Québécois ne peuvent toujours pas compter sur un médecin de famille, où on se fait désormais trimbaler du public au privé ; l’éducation où la norme est devenue la pénurie d’enseignants qualifiés, où après avoir coupé des postes et des budgets, on ouvre les vannes sous la pression, mais sans trop savoir comment colmater l’embarcation ; un réseau de garderies encore inaccessible pour des milliers de parents dont plusieurs ne peuvent pas retourner au travail ; la SAAQ qui il n’y a pas si longtemps roulait rondement pour désormais prendre des allures de cirque où les mauvais numéros se succèdent les uns après les autres, etc., etc., etc.
Qui ne comprend pas qu’il ne s’agit plus de nos systèmes, mais de cette culture du « no fault »… c’est la faute à personne. Mais qu’est-ce qu’on fait quand tout pète et que c’est la faute à personne ??? On change quelques personnes de chaise, on s’accroche un beau sourire et on annonce des coupes drastiques qui ne vont qu’ajouter à la commotion… parce que tout le monde nous rappelle un an avant les élections, qu’on s’était fait élire en promettant de diminuer la taille de l’état, mais qu’en fait elle n’a cessé d’augmenter. Le plus scandaleux, c’est que personne ne peut prétendre que cette augmentation a résulté à l’amélioration des services, au contraire.
Grossir l’état, alors qu’on est idéologiquement aligné sur la privatisation des services et qu’on mise sur l’expertise privée pour se réguler elle-même, c’est une catastrophe annoncée et c’est ce qui se déploie sous nos yeux. L’état ne doit pas être plus gros, mais plus compétent, extrêmement compétent. Compétent au point de prévenir les catastrophes, limiter les dépenses et préparer l’avenir. Et si le gouvernement s’entête à faire tout le contraire, c’est pour permettre aux petits amis de contrôler le jeu et c’est ce qui mène à l’explosion des coûts. La SAAQ est le meilleur exemple ; on a demandé à des firmes privées de nous aider à monter des appels d’offres, qu’elles ont par la suite remportés pour mettre en place un système qui ne fonctionne pas et pour lequel nos impôts s’enfoncent dans un puits sans fond. La formule est toute simple : on tue l’expertise à l’interne pour permettre aux amis de ramasser le pactole et quand ça crie trop fort… on ajoute quelques postes ici et là, mais sans cette expertise qui aurait flairé le coup fourré dès le départ. Ensuite on s’indigne, on nous sort les violons, on ose même feindre l’imputabilité et abracadabra… on change quelques ministres de place… comme par magie.
Le privé peut être très bon dans ce qu’il fait, mais s’il est une mission qui n’est pas la sienne, c’est de nous faire sauver de l’argent collectivement. M. Legault lui, n’a jamais caché sont préjugé favorable pour le privé, au détriment d’un secteur public dont il plombe volontairement l’efficacité. Comment se fait-il que dans nos hôpitaux, de nombreuses salles d’opération sont inopérantes faute de moyen, mais qu’on est prêt à donner de nouvelles enveloppes au privé pour augmenter les opérations et diminuer les listes d’attentes ? Donc, pour opérer au privé, on trouve de l’argent qu’on n’a pas pour le public.
Outre pour l’effondrement des sondages et une baisse de popularité qu’il ne pouvait pas avoir anticipée basse à ce point, François Legault est exactement là où il voulait être, sur son X, alors qu’il a toujours préconisé une plus grande place du privé.
L’état n’est pas devenu lourd et empêtré dans sa bureaucratie de lui-même. On l’y a mené sciemment, à force d’incompétence et de choix sans vision. Cet état dont on s’attend qu’il agisse comme régulateur, comme chien de garde aurait besoin de leaders qui ambitionnent de lui redonner de la souplesse, de l’expertise et de l’efficacité. On est plutôt face à un gouvernement qui désormais est engagé dans un sprint qui nous mènera à la prochaine élection et se contentera de travailler sur l’esthétique… la taille de l’état.
Je vous prédis que d’ici la fin de son mandat, François Legault aura fait les coupes dont il rêve depuis le début, qu’il n’y aura pas moins de bureaucratie et pas davantage d’efficacité, uniquement plus de privé et des coûts qui vont continuer d’exploser. Il s’agira du principal legs de ce parti aux mille et une promesses.
Félicitations! Votre chronique laisse le public à sèche de commentaire. Spectateur d’un spectacle désolant. Vivement La Voie Autorale de Kauffmann!