Les écoles sont redevenues bruyantes

Par Johannie Gaudreault 7:00 AM - 23 septembre 2025
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Les élèves sociabilisent davantage depuis le retrait du cellulaire dans les écoles. Photo Johannie Gaudreault

Depuis la rentrée scolaire, les étudiants doivent laisser leur meilleur ami (le cellulaire) à la maison. L’école est plus vivante que jamais et c’est le retour de la cacophonie dans la salle d’accueil et les corridors.

C’est du moins les premiers constats observés à la polyvalente des Rivières de Forestville. Pour la directrice, Danielle Caron, il s’agit d’un « retour à la normale au niveau du développement des jeunes ».

« Il le faut. C’est le moment où ils peuvent faire des essais et erreurs sans que ça ait trop de grosses conséquences sur leur futur. Une école polyvalente, c’est une petite société, on est prêt à recevoir les jeunes et à les aider à se développer », affirme-t-elle en entrevue avec Le Haute-Côte-Nord.

Celle qui travaille en milieu scolaire depuis belle lurette a l’impression de revenir dans le passé où le cellulaire n’était pas encore entré dans nos vies. 

« C’est extrêmement vivant. Les premières journées, j’ai eu une réaction émotive vraiment intéressante en me disant c’est comme avant. Les garçons bougent plus vite, les filles marchent ensemble. Les jeunes se parlent », raconte Mme Caron.

La travailleuse sociale de la polyvalente, Annie Forest, a fait le même constat. «  Je suis contente que les jeunes sentent qu’ils sont importants pour les autres parce que l’autre n’a pas la face dans son téléphone », dit-elle. 

Malgré tout l’aspect positif qui entoure la socialisation, une montée des conflits est tout de même remarquée. Comme l’explique Annie Forest, les jeunes n’ont pas les habiletés de régler leur chicane en personne.

« Ça fait que des fois, il y a des choses qui s’escaladent rapidement », témoigne celle qui a remarqué que la gestion des conflits est différente depuis le début de l’année. « Ça peut faire plus de flammèches en face à face, mais il faut qu’ils apprennent », ajoute-t-elle.

Selon ce qu’a entendu la directrice, certaines régions sont frappées par une montée des conflits dans les écoles. À la poly des Rivières, on le constate, mais dans une moindre importance. « Dans certains milieux, ça a eu un effet, c’est visible », s’est-elle laissée dire. 

Avec les réseaux sociaux, les différends faisaient aussi partie du décor. « Là, c’est qu’on les voit plus. On les entend. Il y a des jeunes peut-être qui vivaient des choses sans trop en parler. Maintenant, quand il arrive quelque chose, tout monde le sait », lance Danielle Caron précisant que ça permet à l’équipe-école d’intervenir rapidement.

D’ailleurs, elle rappelle qu’il est impossible d’éviter toute querelle ou intimidation entre les murs de l’établissement scolaire. Mais sans les cellulaires dans les mains des élèves, il est plus facile de les gérer adéquatement. « C’est un retour à des façons de faire qui sont différentes », croit-elle.

Bonne collaboration

Depuis les premiers jours de classe, Mmes Caron et Forest notent une excellente collaboration autant de la part des élèves que des parents. Aucun cellulaire n’a fait l’objet d’une saisie jusqu’à maintenant et les nouvelles règles sont bien respectées.

« On a eu la chance de rencontrer les parents des élèves de FMS, secondaire 1, secondaire 2 et d’en croiser d’autres à l’inscription. Les jeunes et les parents ont collaboré extrêmement bien », confirme la directrice qui s’attendait à ce les jeunes soient nombreux à apporter l’appareil à l’école pour le laisser dans les casiers à l’entrée.

Finalement, la majorité préfère le laisser à la maison. « Je dirais que 3 à 4 % des jeunes amènent l’appareil et ils le placent dans le casier qu’on a offert. Ils sont barrés pour la journée et on les remet à 16 h. C’est environ 8 cellulaires sur 200 élèves », comptabilise Mme Caron.

D’autres élèves vont laisser leur téléphone dans leur sac à dos dans leur casier, une méthode qui est préconisée dans plusieurs écoles. « Beaucoup de jeunes de Forestville le laissent chez eux parce qu’ils vont dîner à la maison et ils y ont accès », complète la dirigeante qui trouve que la gestion du cellulaire se déroule très bien.

Au niveau des montres intelligentes, il reste des ajustements à faire. Elle est interdite par la nouvelle mesure ministérielle, mais celles qui n’ont pas de réseau cellulaire pourraient être acceptées. Elles demeureront toutefois défendues durant les examens comme c’était déjà le cas.

Pionnière

Le conseil d’établissement de la polyvalente des Rivières avait déjà adopté une résolution pour interdire l’utilisation des cellulaires dans l’école en vue de l’année scolaire 2025-2026, et ce, avant l’annonce gouvernementale.

Pour le personnel scolaire, il était clair que cette mesure serait bénéfique pour l’apprentissage des étudiants. « Il y avait toute la gestion de l’attention et de la concentration, quand on regarde le nombre de minutes avant d’être disponible aux apprentissages », commence Danielle Caron.

Déjà, les premières semaines de cours montrent un résultat en ce sens. Les enseignants ont rapporté à la direction que les élèves sont présents en classe. Du côté des jeunes, on souligne que les profs sont plus dynamiques.

« Quelque part, c’est un engrenage. Les enfants étant possiblement plus aptes à écouter, il y aura probablement une étude là-dessus, c’est certain que ça a un impact. Les profs sentent qu’ils ont une marchandise à livrer, ils doivent rendre leurs cours intéressants », partage la gestionnaire.

L’équipe voulait aussi limiter l’aggravation des querelles par les réseaux sociaux.

« On trouvait que c’était dommage parce qu’il y a des jeunes qui allaient loin dans leurs commentaires quand il y avait des conflits. On a vu des mots et des menaces très graves écrites dans des messages, ce qui engendrait des plaintes et des dossiers policiers », se désole la directrice.

S’ajoute aussi toute la question des photos et vidéos prises dans l’établissement, parfois à l’insu d’autres jeunes ou du personnel, « pour se moquer ». « En enlevant le cellulaire, ça a pu diminuer. Et nous, c’était ce qu’on souhaitait », explique Mme Caron.

« Des chicanes, des amitiés qui démarrent, des amitiés qui se terminent, il y en a toujours eu, il y en aura toujours. C’est humain, c’est normal, c’est l’adolescence. Il faut qu’ils apprennent à gérer ces choses-là », poursuit-elle.

Anxiété

Nous en parlons de plus en plus, les jeunes d’aujourd’hui sont nombreux à vivre de l’anxiété et c’est en lien directement avec l’apparition des réseaux sociaux, selon Annie Forest.

« On a démontré une corrélation assez directe. Pas avec le téléphone ou les écrans, vraiment avec les réseaux sociaux parce qu’il y a beaucoup de comparaison avec les autres », explique-t-elle.

Depuis la rentrée scolaire, la travailleuse sociale a entendu quelques commentaires de la part de parents qui ont nommé se sentir anxieux face à l’interdiction du cellulaire à l’école. « Chez les jeunes, quelques-uns m’en ont parlé parce qu’ils avaient des habitudes par rapport à leur famille », divulgue-t-elle.

Mme Forest croit que c’est une bonne occasion de se donner des nouvelles le soir. « Ça dépend comment on le voit. Je pense que les discussions à la maison vont être plus riches parce que tu n’as pas parlé quatre fois à ton enfant pendant la journée. »

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