Le 30 septembre n’est pas une célébration

Par Gabrielle Cantin 2:49 PM - 30 septembre 2025 Initiative de journalisme local
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La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est un moment «de recueillement et de commémoration», rappelle la cofondatrice et directrive générale de Mikana, Widia Larivière. Photo Sean Kilpatrick

La Journée nationale de la vérité et la réconciliation n’est ni une célébration, ni une performance, rappelle la directrice générale de Mikana, Widia Larivière, qui voit plutôt l’occasion, pour les allochtones, de se responsabiliser. 

Depuis maintenant quatre ans, le téléphone sonne comme jamais à l’approche du 30 septembre, dans les bureaux de l’organisme à but non lucratif Mikana.

Symbole d’une prise de conscience collective en matière d’enjeux autochtones, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation amène son lot de nouveaux défis dans l’organisation qui a pour mission de sensibiliser et d’éduquer la population aux questions autochtones.

Devant la hausse constante de l’intérêt envers les questions autochtones, la cofondatrice et directrice générale de Mikana, Widia Larivière, observe une sursollicitation des ressources autochtones en juin et en septembre, lors des journées dédiées aux Premiers Peuples.

Les médias et les entreprises de divers horizons sont nombreux à faire appel aux services d’organisations comme celle fondée par Mme Larivière lorsque l’actualité l’impose. De quoi décourager la directrice générale. 

«C’est une forme de tokenisation, d’instrumentalisation», déplore-t-elle.

«Les journées thématiques sont des rappels importants, mais […] c’est plate de se faire réduire à ces dates-là. On est présent aussi le reste de l’année», souffle la directrice générale. 

«Le 30 septembre, ce n’est pas une performance. C’est correct de ne pas avoir de chandail orange, ça peut aussi être un travail personnel d’autoréflexion. Peut-être que ça va avoir plus d’impact, finalement, pour le milieu autochtone.»

Prendre ses responsabilités

Pour éviter de sursolliciter les organisations autochtones, Widia Larivière suggère aux allochtones de se responsabiliser dans leurs démarches.

Membre de la Première Nation de Timiskaming, elle souligne notamment les nombreuses sources de contenu autochtone disponibles en ligne gratuitement. Un excellent point de départ pour amorcer une réflexion sans pour autant transposer ses besoins sur les membres des Premiers Peuples, croit-elle.

«Une partie du travail peut être fait du côté des allochtones, sans devoir solliciter des personnes autochtones.»

Une posture qu’elle invite les allochtones à adopter, d’autant plus à l’occasion du 30 septembre, qui se veut un moment «de recueillement et de commémoration». 

«C’est en lien avec des situations difficiles pour lesquelles on a encore des traumas, explique Widia Larivière. Ça tombe aussi en même temps, au Québec, que le décès de Joyce Echaquan. Tout tombe en même temps. […] Ce n’est pas un moment où on a envie de célébrer.» 

Ni un moment pour déverser son «malaise et sa culpabilité coloniale» sur les Autochtones, ajoute-t-elle.

Faire des choix

Les membres de l’équipe de Mikana ont eux-mêmes dû faire des choix, face à la demande croissante. «On a réalisé à un certain moment que c’est humainement et organisationnellement impossible de tout accepter et de tout faire. Il faut faire des choix stratégiques pour ne pas laisser les gens les mains vides», explique Widia Larivière. 

Pour l’organisation à but non lucratif, ces décisions se concrétisent par le retrait de l’offre «d’ateliers ponctuels», précise la cofondatrice.

«On a réalisé, en cours de route, que ça ne garantit pas un impact significatif ou à long terme dans le milieu. Aussi, comme il en y avait beaucoup, ça devenait fatigant pour les ambassadeurs de toujours répéter la base, éparpillés partout.»

Bien qu’elle invite les allochtones à se responsabiliser et à ne pas sursolliciter les membres des Premières Nations, il demeure essentiel de continuer à faire entendre les voix autochtones «dans une perspective de souveraineté narrative», nuance-t-elle toutefois. 

«C’est important de quand même garder le lien avec le milieu autochtone pour s’assurer que ce qui soit présenté soit cohérent, pertinent.»

«On ne va pas changer 500 ans de colonisation en cinq ans, mais il y a des actions qui peuvent être faites, dès maintenant, à petite échelle, et qui peuvent faire la différence dans tout ça», conclut-elle.

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