De passage à Baie-Comeau, le président de la Fédération de l’enseignement collégial (FEC) — CSQ, Youri Blanchet, a dressé un portrait préoccupant des cégeps du Québec. Il appelle à une vision commune pour protéger la vitalité des établissements qui sont le « poumon des communautés », dit-il.
En pleine tournée régionale, Youri Blanchet a rencontré le personnel syndiqué du Cégep de Baie-Comeau. L’objectif de cette démarche : prendre le pouls du terrain dans un contexte marqué par des négociations syndicales et des incertitudes financières.
« C’est important d’aller voir comment nos syndicats locaux vivent les réalités actuelles, surtout en période de compressions et de transformations », explique-t-il en entrevue avec Le Manic.
Compressions budgétaires, plafonnement des étudiants étrangers et enjeux liés à l’intelligence artificielle sont autant de défis qui touchent de près les établissements collégiaux.
Selon M. Blanchet, si le Cégep de Baie-Comeau tire relativement bien son épingle du jeu pour l’instant grâce à ses surplus accumulés, la situation reste fragile.
« On garde la tête hors de l’eau, mais pour combien de temps ? », prévient-il, soulignant que le développement de projets pédagogiques, parascolaires ou d’infrastructures est limité.
Parmi les enjeux pressants, le plafonnement des admissions d’étudiants étrangers inquiète particulièrement. Ces cohortes jouent un rôle important dans la vitalité des établissements régionaux, rappelle le syndicaliste.
« Chaque cégep vit différemment la situation, mais dans des communautés comme Baie-Comeau, chaque permis d’études compte », note-t-il.
Autre sujet de préoccupation : l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans l’enseignement. Bien que des rapports et guides aient été produits par le ministère, M. Blanchet déplore l’absence de ressources pour soutenir concrètement les enseignants.
« On demande encore aux profs de faire plus avec le même temps et les mêmes moyens. L’IA est là pour rester, mais il faut des balises communes. Pour l’instant, chaque cégep, chaque département, voire chaque professeur gère ça à sa façon », résume le président.
Sur le plan politique, Youri Blanchet se montre prudent quant à l’arrivée de la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, qu’il espère rencontrer rapidement.
« Nous voulons voir quelle place elle accordera à l’enseignement supérieur, alors que l’éducation ne semble plus figurer parmi les priorités annoncées par le gouvernement », dit-il.
Établissements essentiels
Au-delà des enjeux budgétaires et technologiques, le président rappelle que les cégeps sont bien plus que des institutions d’enseignement, en particulier dans les régions. « Les cégeps, c’est le poumon des communautés : ils soutiennent la vie culturelle, sportive et sociale, tout en formant une main-d’œuvre essentielle. Leur rôle est incontournable. »
Pour la Côte-Nord, où seul le Cégep de Baie-Comeau est affilié à la FEC-CSQ, M. Blanchet remarque une « culture de battants » qui aide à traverser les difficultés actuelles.