Jour du Souvenir: tous égaux «sous le feu de l’ennemi»

Par Gabrielle Cantin 1:00 PM - 11 novembre 2025 Initiative de journalisme local
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Pour le vétéran autochtone Jocelyn Paul, les membres des Forces armées canadiennes, lorsque confrontés à l'adversité, laissent tomber «leurs préjugés et leurs idées préconçues». «Quand tu opères dans une zone de combat dangereuse, tout ça devient tellement secondaire.» Christinne Muschi, Archives La Presse canadienne

«Lorsque j’ai servi à l’étranger, j’étais un Canadien. Quand je suis revenu au pays, j’étais un Indien.»

Plus de 12 000 Autochtones des Premières Nations, Métis et Inuits ont servi lors des grands conflits du 20e siècle, selon Anciens Combattants Canada. Les plus récentes données compilées par l’Armée canadienne montrent que 3 % des militaires canadiens sont autochtones.

Jusqu’en juillet 2024, Jocelyn Paul était l’un d’entre eux. Fort d’une carrière militaire de plus de 35 ans, il a gravi les échelons jusqu’à se hisser au sommet de la hiérarchie militaire canadienne. D’origines wendat et wolastoqiyik, il a été le premier Autochtone nommé commandant de l’Armée canadienne. 

À la veille des commémorations du Jour du Souvenir, il se rappelle le chemin parcouru par les soldats autochtones qui, comme lui, ont fait le choix de l’enrôlement.

Même à une époque où les membres des Premiers Peuples étaient considérés comme des «citoyens de deuxième classe», «sous le feu de l’ennemi, en temps de guerre, tout le monde est traité de façon égale», témoigne l’ex-militaire, en entrevue avec Le Soleil. 

Sur le site du Centre Juno Beach, la citation d’un vétéran, dont le nom s’est perdu dans l’histoire, résonne particulièrement chez le lieutenant-général retraité. Il la répète, au bout du fil. 

«Lorsque j’ai servi à l’étranger, j’étais un Canadien. Quand je suis revenu au pays, j’étais un Indien.»

Une question de survie

Pour le vétéran autochtone, bien que les réalités vécues par les membres des Premiers Peuples au pays aient évolué au fil des années, le sentiment de camaraderie et d’unité des troupes canadiennes face à l’adversité, lui, demeure.

«Dans l’adversité, les gens cherchent moins la différence», témoigne-t-il, précisant que le comportement inverse pourrait s’avérer «excessivement corrosif» dans un contexte de conflit armé. 

«J’ai vécu ça en Afghanistan, continue-t-il, se remémorant ses moments à la tête du deuxième Bataillon du Royal 22e Régiment. 

«Que tu sois homme, que tu sois femme, peu importe ton orientation sexuelle, quand tu as quelqu’un qui veut t’enlever la vie et que tu opères dans une zone de combat dangereuse, tout ça devient tellement secondaire.»

«Il y a certainement des gens en uniforme qui seraient en désaccord avec moi», convient toutefois le lieutenant-général à la retraite. «Durant ma carrière, j’ai parfois observé des comportements inappropriés en garnison. On en a souvent parlé dans les médias.»

Mais du haut de ses 36 ans d’expérience dans les Forces armées canadiennes, Jocelyn Paul assure avoir été témoin, «dans toutes les positions qu’[il a eues]», d’une cohésion incomparable à celle de la société civile.

Quelles que soient les différences linguistiques ou culturelles et les idées préconçues au sein des troupes, la réalité du terrain recentre les préoccupations vers l’essentiel, explique-t-il. 

«Lorsque j’étais à Kandahar […] on avait des gens de partout. On avait des anglophones, des gens d’Edmonton qui étaient avec nous […] Et puis, la langue n’a jamais été un obstacle dans nos opérations. Jamais.»

À travers l’histoire de l’implication militaire autochtone, plusieurs vétérans sont revenus au pays et «ont participé à la création de mouvements politiques», rappelle par ailleurs Jocelyn Paul.

«C’est fascinant», laisse-t-il tomber, avant de faire le parallèle entre l’expérience des soldats autochtones au front et leur volonté de changer les choses, une fois de retour au pays.

«L’engagement de plusieurs d’entre eux a éventuellement mené à la création de l’Assemblée des Premières Nations», note le militaire.

À la hauteur d’un «grand pays»

Retraité depuis un peu plus d’un an, Jocelyn Paul continue de garder un œil sur le corps militaire canadien. Et alors que le Canada s’interroge sur le rôle que doit prendre son armée, le vétéran wendat voudrait voir le pays s’imposer davantage sur la scène internationale. 

«On vit dans un monde qui est excessivement dangereux. Nous avons des leaders autoritaires, dans certains endroits de la planète, qui ont des comportements très discutables. Il faut être prêts», juge l’ex-lieutenant-général.

Le vétéran profite des commémorations du 11 novembre pour saluer les investissements militaires massifs annoncés par le gouvernement Carney. 

Déposé le 3 novembre, le budget fédéral prévoit une nouvelle enveloppe de près de 85 milliards de dollars pour l’industrie de la défense canadienne. 

Selon Jocelyn Paul, ces fonds pourraient contribuer à redorer la réputation du Canada à l’international en plus d’augmenter l’attractivité et la rétention au sein des troupes.

«Lorsqu’on est un joueur important dans la communauté internationale, les gens s’attendent à voir des contributions importantes», tranche-t-il. À travers sa carrière, M. Paul explique avoir été témoin du «travail remarquable» des membres des Forces armées, mais également d’un manque d’équipement convenable.

«Trop souvent, lorsqu’on allait dans nos déploiements à l’étranger, on pouvait voir les endroits où on avait des problèmes d’équipement. On se comparait avec les autres contingents», raconte-t-il. 

«Les gens, lorsqu’ils regardent le Canada, voient un grand pays. […] Mais lorsqu’ils regardent les investissements faits dans le passé dans notre instrument militaire, ils se posent des questions.»

«[La décision d’investir massivement dans la Défense] va nous aider à nous redonner la réputation à laquelle on a droit.»

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