Tout partait d’une bonne intention, mais il y a rapidement eu perte de contrôle. Le service Entre deux portes, ouvert par le Carrefour Jeunesse Manicouagan le 15 novembre 2024, occasionne trop de maux de tête à l’organisme. C’est pourquoi le conseil d’administration annonce la fermeture définitive seulement un an plus tard.
Sur papier, l’idée était bonne. Le Carrefour jeunesse Manicouagan (CJE) a ouvert les portes de son deuxième étage pour offrir aux jeunes, entre 18 et 35 ans, un service d’hébergement d’urgence dans un endroit sécuritaire.
« Le projet d’Entre deux portes n’était pas un accueil universel. C’était pour les jeunes, qui répondent aux critères du carrefour, qui sont en voie d’itinérance ou en itinérance et qu’on peut accompagner pour sortir de cette situation », explique le président du conseil d’administration, Jeff Dufour Tremblay.
Le CJE voulait aussi aider les jeunes qui vivaient des situations difficiles, devaient quitter la maison de leurs parents ou qui perdaient leur logement.
Toutefois, tout a rapidement dérapé. Même la sécurité des employés était mise en danger. Le service a donc pris fin le 12 novembre.
Un danger pour les employés
Une hausse des comportements agressifs a été constatée dans le secteur. Ces personnes fréquentaient également Entre deux portes.
« La mission du Carrefour, ce n’est pas de faire de la lutte à l’itinérance », soutient Jeff Dufour Tremblay. « Quand le conseil d’administration est arrivé pour constater ce qu’il se passait, l’ensemble des employés du Carrefour étaient prêts à quitter », ajoute-t-il.
Ce dernier dévoile qu’en plus de comportements violents, les employés du CJE avaient à gérer, en rentrant au travail dans une « odeur de consommation de drogues », des gens en situation d’itinérance dans leurs locaux. Ils trouvaient des seringues souillées dans la cour arrière.
Des personnes intoxiquées ont été admises au service, alors qu’elles n’auraient jamais dû l’être.
« On sent aussi une désorganisation du milieu communautaire par rapport à l’enjeu de l’itinérance. Des personnes qui devraient être des spécialistes de la redirection de cette clientèle nous apportent des gens qui sont dangereux pour l’organisation », indique M. Dufour Tremblay.
Parfois, pas le temps d’évaluer ces nouveaux utilisateurs avant que ceux-ci commettent des « gestes graves ».
Le climat est devenu rapidement tendu. « Il y avait limite une guerre ouverte entre le CJE et Entre deux portes », clame le président du conseil d’administration. Cette situation a même causé des arrêts de travail.

Des règlements non respectés et des enquêtes
Alors que le règlement stipule que le séjour doit durer entre 0 et 30 jours, le CJE s’est retrouvé avec des locataires ayant pris leurs aises durant plus de sept mois.
« Ils étaient rendus chez eux et avaient une emprise sur l’ensemble des opérations d’Entre deux portes », lance Jeff Dufour Tremblay.
Notons aussi que la tolérance zéro en matière de consommation d’alcool et de drogue était très peu respectée.
« Il s’est passé des événements, qu’on ne peut commenter parce que des enquêtes sont en cours, qui ont mis à très grand risque l’intégrité physique et psychologique des employés d’Entre deux portes et du CJE », déclare le président du conseil d’administration.
Celui-ci mentionne qu’une intervenante d’Entre deux portes aurait contourné les règles pour faire rentrer au deuxième étage une partie de sa clientèle qui n’aurait jamais dû utiliser le service.
Perte financière importante
Le Carrefour a perdu des dizaines de milliers de dollars dans ce projet et a dû puiser dans son fonds de roulement pour pallier cette perte financière.
Rappelons que l’organisme a reçu des aides financières de la part du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord et de Centraide Haute-Côte-Nord Manicouagan.
« Si on n’avait pas eu ça, le creux financier aurait été encore plus grand », souligne M. Duffour Tremblay.
La responsabilité du CJE
« On est prêt à faire notre mea culpa. Nos employés n’étaient pas assez outillés pour faire face à cette clientèle », déclare Jeff Dufour Tremblay.
Force est de constater, avec ces événements, que le conseil d’administration était plutôt éloigné des opérations du CJE.
Mis à part de se faire dire qu’il y a certains pépins et que les employés s’en occupent, les membres du conseil d’administration n’ont pas remarqué l’ampleur que cela prenait.
« Tout ça a éclaté dans le cadre de la planification stratégique, qui est en cours. Dans une rencontre d’équipe, il y a eu des révélations du fonctionnement d’Entre deux portes, sur les problématiques que ça créait », explique-t-il.
De nombreuses discussions se sont tenues entre le CA de l’organisme et ses partenaires afin de chercher des solutions.
« On aurait aimé que le modèle initial fonctionne. On aurait été prêt aussi à s’adapter aux besoins de la clientèle, tant que ça reste dans notre mission », fait savoir Jeff Dufour Tremblay.

Il faut maintenant référer
Cinq employés ont été engagés pour Entre deux portes. Ceux-ci perdent leur emploi, leur contrat prenant fin le 15 décembre.
Le service devait initialement fermer le 15 décembre, mais les enjeux de sécurité ont obligé le conseil d’administration d’agir dans l’urgence.
« Il y a énormément de travail à faire pour fermer les dossiers, faire les transferts, faire du ménage. Ça a besoin d’être nettoyé », lance M. Dufour Tremblay.
Le CJE n’aura d’autres choix que de référer les personnes dans le besoin à d’autres organismes.
Le service de la halte-chaleur ne sera pas non plus de retour cet hiver dans les locaux du Carrefour Jeunesse Manicouagan.
Un CJE en santé
Le conseil d’administration se veut rassurant sur la santé de l’organisme. « Le Carrefour va bien maintenant, depuis qu’on a repris la situation. Oui, on a eu une inquiétude sur la gravité de la situation », indique le président.
Pas besoin de fermer les portes complètement de l’organisme, qui fêtera ses 30 ans d’existence l’an prochain.