Action-Chômage Côte-Nord a dévoilé deux campagnes destinées à sensibiliser la population aux réalités du travail saisonnier et du chômage. Portées par des témoignages de travailleurs de la région, les capsules vidéo entendent contrer des préjugés qui, selon l’organisme, se multiplient.
Le lancement des capsules, le 13 novembre à Essipit, a rassemblé des représentants et des travailleurs venus de plusieurs régions. Pour Action-Chômage Côte-Nord, la participation de personnes prêtes à raconter leur propre réalité marque une avancée importante.
« Des gens ont bien voulu embarquer dans le jeu. Ce n’est pas évident de faire ce qu’ils font aujourd’hui et s’ils avaient refusé, on ne serait pas là personne », exprime la directrice d’Action-Chômage Côte-Nord, Line Sirois en soulignant la présence des membres de l’Alliance interprovinciale de l’assurance-emploi.
Les capsules mettent de l’avant des travailleurs saisonniers qui décrivent les difficultés du « trou noir », cette période sans revenus entre deux saisons. Pour Mme Sirois, ces voix sont indispensables.
« Ce sont des témoignages d’humains, de vraies personnes qui travaillent dans l’industrie. Il y a des gens assez courageux pour venir dire, oui, moi je suis dans l’industrie saisonnière, et je veux vivre sur la Côte-Nord. Je vis ici, je veux rester ici, et donnez-moi les moyens de vivre convenablement. »
Selon elle, les préjugés persistent, amplifiés par les commentaires en ligne. « Sur les réseaux sociaux, il y a énormément de préjugés, ça a explosé. Il ne faut pas s’arrêter à ça, mais il faut vraiment que la population comprenne que c’est important pour la région », lance-t-elle.

Un sou noir contre le trou noir
La deuxième campagne lancée hier soir, intitulée « Un sou noir contre le trou noir », est partie d’un calcul effectué par l’équipe de Pierre Laliberté, commissaire des travailleurs et travailleuses.
« Ça coûterait 1 sou noir par 100 $ de rémunération. Qu’on augmente mes cotisations pour régler le trou noir, je pense que ça ne me dérangerait pas vraiment », a expliqué Michel Dubé, membre de l’Alliance interprovinciale, en provenance du Bas-St-Laurent.
« C’est pas grand-chose un sou noir, mais pour des régions comme la vôtre, ça fait une énorme différence. Ça permettrait de garder la vitalité de votre région, garder l’identité aussi de votre région parce que l’économie d’une région, c’est aussi son identité », a-t-il enchaîné.
Selon les chiffres dévoilés par Line Sirois, le projet pilote de 5 semaines supplémentaires coûte 125 M$. « Si on passait à 15 semaines, ça coûterait 300 M$ », laisse-t-elle savoir.
C’est pour cette raison qu’Action-Chômage Côte-Nord et les autres organismes de l’Alliance interprovinciale ramasseront des sous noirs cet hiver. La population est invitée à contribuer.
« Au printemps, on va aller à Ottawa avec nos cennes noires ramassées, on va aller porter ça au ministre des Finances en lui disant règle le problème de l’assurance-emploi, ça ne coûte quasiment rien », divulgue Mme Sirois.
Un enjeu régional majeur
Action-Chômage Côte-Nord rappelle que de nombreux secteurs dépendent du travail saisonnier : pêche, foresterie, tourisme, tourbières, pompiers forestiers. La pénurie de main-d’œuvre et l’instabilité des revenus rendent certains postes difficiles à pourvoir.
« Si tout le monde décidait de partir de ces industries-là, on fait quoi ? C’est la catastrophe pour la région. Qu’est-ce qu’on fait avec la poissonnerie ? Qu’est-ce qu’on fait avec les bateaux ? Qu’est-ce qu’on fait avec la tourbière ? Qui va planter la forêt ? Peut-être que là tu vas pleurer, que ça t’en prenait du monde pour le combattre les feux », fait réaliser la directrice.
Line Sirois insiste aussi sur les limites d’accès aux emplois disponibles : transport difficile, distances entre les municipalités, réalités familiales. « Les mères de famille ne peuvent pas laisser leurs enfants à la maison, et partir travailler à La Romaine ou quoi que soit. »
Des gains, mais une inquiétude croissante
Après des années de mobilisation, l’organisme reconnaît certaines avancées, notamment l’ajout de cinq semaines supplémentaires d’assurance-emploi obtenu à la suite d’actions menées auprès du gouvernement.
« Les cinq semaines supplémentaires, on les a arrachées au gouvernement. Monsieur Duclos, il a fallu aller dans son bureau, occuper le bureau pendant 36 heures, pour qu’il comprenne », rappelle Mme Sirois.
Mais Action-Chômage Côte-Nord dit craindre un recul. « On a un gouvernement qui est vraiment inquiétant parce qu’il est en train de mettre encore deux catégories de chômeurs. Les mauvais chômeurs, c’est ceux qui demandent du chômage à toutes les années, c’est-à-dire les travailleurs de l’industrie saisonnière. C’est inacceptable », affirme la dirigeante.
L’organisme et ses partenaires demandent une réforme durable qui tienne compte des réalités saisonnières et assure un revenu stable.
« Nous, on veut la reconnaissance de l’industrie saisonnière avec 420 heures travaillées pour 35 semaines à 70 % du salaire. C’est pas énorme, 70 % du salaire », soutient Line Sirois qui invite la population à soutenir la mobilisation.
Malgré les défis, elle demeure confiante. « On peut être fiers de qui on est sur la Côte-Nord, on peut encore en être fiers. »

