Tadoussac : le sculpteur Gaétan Hovington prend sa retraite

Par Renaud Cyr 7:00 AM - 18 novembre 2025
Temps de lecture :

Gaétan Hovington avec son capitaine dans ce qu'il reste de la boutique. Photo Renaud Cyr

Le sculpteur traditionnel Gaétan Hovington de Tadoussac ferme boutique et prend sa retraite, après une longue carrière qui s’est étendue sur 60 ans et qui a fait voyager ses œuvres aux quatre coins du globe.

Lorsque plusieurs de nos proches étaient encore en couche ou même sur le point d’être nés, Gaétan Hovington s’amusait déjà à tailler du bois avec un petit couteau de poche.

« J’ai commencé ça j’avais une douzaine d’années. Je faisais des petits animaux et des choses comme ça, et j’ai toujours fait ça », raconte-t-il rencontré à son atelier.

Et le sculpteur natif de Tadoussac n’a jamais arrêté jusqu’à ce qu’il prenne la décision de prendre sa retraite après l’Action de grâce. Il dit toutefois vouloir continuer à pratiquer davantage « comme un hobby » sans vendre ses œuvres.

Dans sa retraite bien méritée, il apporte avec lui un petit bout de notre histoire.

La sculpture traditionnelle qu’il a toujours pratiquée met en scène des personnages de notre mémoire collective, comme des convives qui dansent lors d’une veillée d’autrefois ou un trappeur à l’œuvre dans les bois.

Merci monsieur le curé

L’histoire de Gaétan Hovington a littéralement été bénie par la providence, puisque c’est le curé Léon Miller qui a repéré son talent en 1962.

« Dans les années 1960, les curés étaient des grands orienteurs. Il avait vu que je faisais des sculptures, et que ça pouvait être prometteur. Après des discussions avec Jean-Julien Bourgeault avec qui il allait à la pêche, il m’a envoyé faire un stage sur la côte sud », dit-il.

M. Hovington dit avoir passé deux ans en stage avec les maîtres sculpteurs à Saint-Jean-Port-Joli avant de revenir s’installer dans son Tadoussac natal en 1964.

Pas d’interlude, pas de pause, pas d’autres emplois : il ouvre pile-poil son studio dans le quartier de la grève et commence à perfectionner le métier qui deviendra le sien pendant plus de 60 ans.

« Disons que les premières années, ce n’était pas facile. Heureusement que j’avais ma femme qui m’a aidé durant toutes ces années. C’est elle qui a géré l’administration », relate-t-il.

Le travail d’une vie

En 1965, Gaétan Hovington décide de se construire là où il a toujours opéré par la suite, en haut sur la route 138 avec une boutique attachée à son domicile.

C’est alors qu’il se concentre sur ce qui l’anime, la joie de venir travailler le bois avec ses outils. « J’ai toujours aimé venir à mon atelier le matin. Ce n’était pas une corvée pour moi et c’était un plaisir. J’ai fait ça toute ma vie et c’est ça que j’ai aimé », mentionne le sculpteur.

Questionné à savoir à quel moment il a terminé de perfectionner sa technique, le sculpteur reste humble.

« Il n’y a jamais personne qui peut dire que sa sculpture est parfaite. J’ai toujours appris au fil de mes sculptures, et je me suis rendu compte que j’ai évolué beaucoup au fil des années en regardant les premières que j’avais faites », souligne-t-il.

Gaétan Hovington a été honoré par Tourisme Côte-Nord, lors du dernier Gala du mérite touristique. Photo Tourisme Côte-Nord

S’adapter au marché

Le sculpteur ne s’en cache pas, il n’a pas toujours fait dans l’artistique pour gagner sa vie.

« J’ai eu des pièces qui ont pris du temps avant de sortir de la boutique. Ici c’est touristique, et les gens veulent se ramener un souvenir fait à la main comme les queues de baleines en bois », estime-t-il.

« C’est ce qui faisait rentrer de l’argent pour un salaire convenable. On ne peut pas toujours faire des choses artistiques et sautées et de gros personnages tout le temps », explique-t-il avec un brin d’humour.

L’artiste raconte avoir travaillé pendant plus de 20 ans pour les compagnies minières de Sept-Îles à l’époque, toujours à la recherche d’un cadeau pour des occasions et des anniversaires.

« Après ça, c’était les croisières internationales pendant 16 ans. C’était bon parce que ça nous permettait de vendre à l’international sans avoir à nous déplacer. C’était eux qui venaient à nous, et à partir de là, j’ai envoyé des sculptures un peu partout dans le monde comme ça », décrit M. Hovington.

Gaétan Hovington en a sculpté des baleines au fil des dernières années. Photo Trails SagLac

Faire vivre la tradition

Ce qui l’a motivé, c’est avant tout la beauté et l’expression des personnages qu’il mettait en scène.« Ce qui est fascinant là-dedans, c’est d’arriver à faire des sculptures avec des expressions », estime Gaétan Hovington.

Ses sculptures de taille moyenne pouvaient prendre jusqu’à 80 heures de travail. Il en passe une en revue en compagnie du Journal pour l’occasion.

« C’est beaucoup de détails. Par exemple, avec mon capitaine qui est dans une tempête, ça doit être visible que quelque chose ne va pas, et qu’il vente beaucoup et que ça se voit sur son manteau », explique Gaétan Hovington.

« C’est de la sculpture traditionnelle. C’est ce qui fait vivre la vie de nos ancêtres », complète-t-il, avant de tourner la statue avec un brin de nostalgie, non sans le sentiment du devoir accompli.

Le sculpteur fait savoir que la relève ne s’est pas précipitée pour assurer une survie à cette forme d’art typiquement de chez nous.

« La sculpture va continuer dans une forme plus moderne, mais la sculpture traditionnelle va disparaître. Les gens ne sont pas insensibles à la beauté de ça, mais j’ai l’impression que les jeunes générations sont moins intéressées par la sculpture traditionnelle », évalue M. Hovington.

Le sculpteur retire quand même des avantages de sa retraite, comme créer à son propre rythme et un compte d’électricité moins garni.

« Ça fait au moins ça », dit-il tout en sourire avant de fermer les lumières de son ancienne boutique.

Les sculptures de taille appréciable pouvaient prendre au-dessus de 80 heures de travail. Photo Renaud Cyr

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires