La poussière est retombée sur les dernières élections municipales. Que faut-il en retenir ? Les surprises ne manquent pas. Cinq maires sont de retour, quatre réélus sans opposition et le cinquième, celui de Baie-Comeau, après avoir obtenu une majorité écrasante de 6 972 voix devant ses deux adversaires, des femmes voulant teinter la vie municipale de leurs visions, mais qui ne faisaient pas le poids en raison de leur inexpérience en politique. La leçon à tirer est simple. Avant de viser le poste de premier magistrat dans une municipalité, il faut faire ses classes.
Trois autres personnes font aussi leur entrée dans leurs conseils municipaux par la grande porte. À Ragueneau, Steve Berthiaume échange son fauteuil de directeur général contre celui de maire. Il a triomphé avec 52,15 % des voix contre deux personnalités bien enracinées dans ce coin de pays.
Le maire de Ragueneau sera entouré de cinq nouveaux visages et d’un ancien conseiller réélu avec 71 voix de majorité. Les électeurs de la Rivière-aux-Rosiers ont causé une certaine surprise en créant une égalité de voix entre Stéphanie Cassista-Thibeault et Kevin Jean. Dans ces cas, on procède généralement par tirage au sort, mais il y a eu un dépouillement supervisé par un juge et M. Jean l’a emporté. Son adversaire a tenu un propos doux-amer sur Facebook, disant espérer « que le conseil travaillera ensemble pour le bien-être collectif ».
À Pointe-Lebel, Lise Arsenault devient la troisième femme à occuper le poste de maire après Ginette Côté (1989-1997) et Michelle Martin (2023-2024). À 78 ans, elle a remporté haut la main cette élection contre un conseiller municipal et un ancien maire, avec 71,29 % des voix (majorité de 309 voix contre Clermont Coll). Forte d’une solide expérience comme conseillère municipale de 2009 à 2017, elle veut revitaliser son village. L’eau représente à ses yeux un enjeu crucial.
Son autre adversaire, l’ancien maire René Labrosse, reconnaissait également l’importance de cet enjeu. Il voulait faire revivre l’économie de Pointe-Lebel en lançant l’idée d’y implanter un Costco, ce qui, à son avis, « rapporterait des centaines de milliers de dollars ». Il semblait y voir une panacée pour le financement des travaux concernant l’eau. Mais l’idée a été accueillie avec sarcasme par la population. Résultat du vote : 38 voix !
Fait à signaler, Mme Arsenault réunira autour d’elle un conseil formé de cinq femmes et d’un homme, André Foster, élu avec 80,17 % du suffrage contre une candidate qui tentait sa chance dans le district Moreau. Dans la Manicouagan, c’est une première. Sans mettre ma main au feu, je pense que c’est également le cas sur la Côte-Nord. Cette forte présence féminine devrait ramener la paix sociale à Pointe-Lebel.
À Baie-Trinité, le maire sortant Étienne Baillargeon a mordu la poussière devant un retraité de la construction. Yves Tremblay a été plébiscité par la très forte majorité de 86,83 % des voix. Curieusement, quatre des conseillers municipaux de l’endroit ont été défaits lors de l’élection. Le nouveau maire présidera un conseil paritaire composé de trois hommes et de trois femmes. Comment expliquer ce retournement de situation dans une municipalité promise à un bel avenir économique avec l’arrivée d’AquaBoréal ? Je n’ai pas de réponse.
Les autres surprises des élections de 2025. Il n’y a pas eu de scrutins dans trois des huit municipalités. À Pointe-aux-Outardes, Franquelin et Godbout, tout le monde a été réélu ou élu sans opposition. Même chose à Chute-aux-Outardes où un seul poste de conseiller a été soumis au vote. Yvon Hovington en est sorti vainqueur. Il faut en conclure que les électeurs sont pleinement satisfaits des maires Julien Normand, Christian Maloin, Victor Hamel, Guy Côté et de leurs équipes.
Quelque 58 postes étaient en élection. Trente-six d’entre eux ont été élus ou réélus sans opposition et 22 sont passés par les urnes. Fait à signaler, 20 des 58 postes sont occupés par des femmes. Il s’agit d’une proportion de 34,4 %, ce qui est inférieur à la moyenne québécoise de 37,9 %.
Du côté de la préfecture de Manicouagan, les souliers abandonnés par Marcel Furlong étaient difficiles à chausser. Comme anticipé, le candidat vedette Guillaume Tremblay n’a fait qu’une bouchée de son adversaire. Il a récolté 7 485 voix contre 1 411 pour Gilles Babin. Ancien président du Conseil central de la CSN, M. Tremblay s’est fait connaître avec la Coalition 138 en faveur d’un pont sur le Saguenay. Le jour de l’élection, son adversaire a mis en ligne des propos incendiaires dans lesquels il attaquait la réputation du groupe syndical, invitant le futur nouveau préfet à se désister de la course. Comme exemple de vieille politique, on ne fait pas mieux !