Feu à Moisie : une fatalité inattendue
Jimmy Maltais est décédé durant l'incendie criminel survenu en octobre 2024, à Moisie. Photo courtoisie
Il y a un peu plus d’un an qu’une amie a perdu son confident, son protecteur, en Jimmy Maltais. Elle connaissait un côté de lui, l’autre un peu, mais pas au point où elle aurait pu imaginer une seconde cette fatalité du 16 octobre 2024, alors qu’il a été retrouvé sans vie dans l’incendie d’une résidence de Moisie.
Jimmy Maltais, c’était « un nounours, une boule de lumière, une poupoune, le gars bien arrangé ». C’est de cette façon que cette amie proche, dont nous préserverons l’anonymat pour des raisons de sécurité, décrit celui qu’elle considérait comme un grand frère.
« La première fois que je l’ai vu, je me suis ouverte à lui. Il avait une écoute active », raconte-t-elle. Les gens allaient naturellement vers lui, qui était pourtant plutôt timide.
Il avait hâte de rencontrer la femme de sa vie, de fonder une famille, souligne son amie. Il voulait aider le monde et « son grand rêve, c’était d’être intervenant, de travailler avec les jeunes ».
À ses yeux, Jimmy Maltais n’avait pas le profil d’un criminel, même si elle savait qu’il avait consommé dans le passé.
Elle dit n’avoir jamais craint pareille situation, « parce que, justement, je savais pas qu’il était autant impliqué que ça là-dedans ».
Jimmy Maltais n’aurait jamais fait mention de quoi que ce soit. Donc, lorsqu’elle a appris ce qui s’est passé, un présumé meurtre, « c’était tout un choc ».
Avec tout ce qui se passe dans ce milieu du trafic de stupéfiants, « on le sait qu’il y a du monde qui baigne là-dedans, mais que ça arrive jusque là, la fatalité, c’est renversant ».
« Mais en même temps, était-il vraiment impliqué là-dedans, ou il en est juste une victime, on ne le sait pas encore », dit-elle.
Était-il attiré par l’appât du gain ? Autant l’amie, qu’une autre proche présente lors de cet entretien avec le Journal assurent que Jimmy Maltais était le premier à donner de l’argent, « à tendre la main ».
« Il n’en avait pas besoin. Ce n’est pas quelqu’un qui se promenait avec un gros char. Il n’était pas excentrique ».
Son amie est toujours sous le choc de sa disparition et des nombreuses questions qu’il a laissé, avec son départ soudain.
« Oui, ça me fait mal, mais je me pose surtout des questions. Puis ces questions-là, je ne pourrai jamais avoir les réponses », dit-elle.
Elle ne veut pas assister aux étapes judiciaires, ayant peur de ne pas être capable d’entendre ce que les autres diront. Juste de se confier pour cette entrevue, c’était beaucoup pour elle.
« Même après un an, ça frappe encore, ça va toujours frapper. Puis pourquoi en venir à une fatalité comme ça ? Il y a sûrement une raison. Parce que c’est un gars qui était imposant et fort. Puis, j’imagine qu’il a dû se défendre. Ce n’est pas quelqu’un qui était malin. Il ne cherchait jamais la bagarre. Jamais, jamais ».
Dérangées par les rumeurs
Les proches de Jimmy Maltais sont heurtés par les rumeurs et les ragots qui circulent à propos de lui.
Ils invitent les personnes concernées à raconter aux enquêteurs ce qu’ils savent.
« Si vous savez quelque chose, allez le dire. Eux autres vont faire leur enquête. J’ai l’impression qu’il y a du monde qui sont comme mal intentionnés, qui veulent s’approprier un peu l’histoire, donner leur version », exprime-t-elle.
Ça fait peur !
« Ça fait peur ! », dit-elle à propos de la présence accrue du crime organisé à Sept-Îles depuis près de deux ans. « Il y a des balles perdues partout. Le soir, tu ne vas plus te promener dans la rue. Tu ne sais jamais sur qui tu vas tomber. »
Elle se rappelle que plus jeune, ses parents n’avaient pas peur de l’envoyer jouer dehors le soir quand il faisait noir. Aujourd’hui, elle ne serait pas à l’aise d’en faire autant avec son enfant.
« C’est peut-être con, mais, tu sais, le monde est juste rendu dangereux », dit-elle, ayant l’impression que ça ne s’arrêtera jamais, que c’est rendu ça, la réalité.
« Faites attention, puis embarquez-vous pas dans des affaires que vous ne savez pas. Parce qu’à ce stade, tout peut avoir un impact. Tout ce que tu fais peut avoir un impact », lance-t-elle comme message.
Dans le cas de Jimmy, elle ne sait pas si c’est une erreur de parcours.
« On sait pas. Est-ce que le procès va le dire ? Je sais pas. La seule personne qui aurait pu nous le dire, c’est lui ».
*L’enquête préliminaire des trois accusés de meurtre au premier degré, soit Anthony Roy, Dereck Lemay et Jonathan Gendron doit se poursuivre mercredi au Palais de justice de Sept-Îles.