Métaux Torngat : tous les voyants rouges allumés, selon Québec Meilleure Mine

Par Emelie Bernier 4:59 AM - 2 décembre 2025 Initiative de journalisme local
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Rodrigue Turgeon à Sept-Îles lors d’une conférence présentée le 23 octobre au Musée Shaputuan à Uashat, par Québec Meilleure Mine et Mining Watch Canada sur l’acceptabilité sociale et la santé humaine en lien avec les minéraux critiques et stratégiques. Photo Jacques Gélineau

Alors que le Congrès Québec Mines+Énergie se tenait au centre-ville de Québec, un autre événement prenait place à quelques kilomètres, soit le second congrès de Québec Meilleure Mine. La concomitance n’est pas une coïncidence.

« Année après année, on constate que le congrès du ministère n’est pas un endroit où la société civile trouve sa place. D’une part parce que les accréditations sont trop prohibitives pour permettre aux gens qui subissent les impacts miniers d’y assister, puis d’autre part parce que la programmation met en scène des promoteurs qui veulent minimiser leurs impacts et vraiment se concentrer sur un “pitch marketing” au gouvernement », indique Rodrigue Turgeon.

Ce dernier est coresponsable du programme national chez Mining Watch Canada et porte-parole de la Coalition Québec Meilleure Mine.

Mining Watch Canada est au nombre des intervenants dont l’intervention est consignée dans la Compilation des enjeux soumis, dans le cadre de la consultation sur les enjeux que l’étude d’impact du projet de Métaux Torngat devrait aborder. 

Ce projet, estime Rodrigue Turgeon, est aussi complexe que les préoccupations, nombreuses. 

« Quand on nous demande, à QMM, les principaux enjeux qui ressortent de ce projet-là concernant l’usine de séparation de terres rares, on se réfère toujours aux communautés autochtones et non autochtones que nous soutenons », dit-il. « Le principal élément qui ressort, c’est l’idée d’importer des résidus radioactifs et de les entreposer à perpétuité sur un site qui n’a aucun bon sens, au point de vue de la santé publique et de la protection de l’environnement également. »

La proximité d’une ville de « plusieurs dizaines de milliers de personnes » et de la baie de Sept-Îles, « une pouponnière pour l’habitat de nombreuses espèces », sont des drapeaux rouges, pour Québec Meilleure Mine. 

« On parle de déchets radioactifs et on doit se projeter à des échelles de millénaires. En ce moment, ces substances radioactives sont enfouies dans le sol dans les monts Torngat, elles n’ont pas de contact avec le sol, l’eau et l’air. On propose de les déplacer juste à côté d’un écosystème très riche et de dizaines de milliers d’habitants, avant même d’avoir davantage de renseignements sur la charge ionisante des radioactifs de ces résidus-là, et sur la manière dont ils seront entreposés », décrie-t-il.

Cet enjeu est « inacceptable », estime la Coalition, qui était de passage à Sept-Îles en septembre.

Les craintes d’une catastrophe environnementale sont réelles, et amplifiées, toujours selon M. Turgeon, par la crise climatique. 

Une centaine de personnes ont assisté à la conférence sur l’acceptabilité sociale et la santé humaine en lien avec les minéraux critiques et stratégiques organisée au Musée Shaputuan le 23 octobre. Photo Jacques Gélineau

« On sait que la ville de Sept-Îles fait face à un sévère enjeu de montée des eaux provoquée par la crise climatique. De la manière que les résidus miniers sont gérés de nos jours, avec les quantités qu’on propose de stocker, ce n’est pas une question de savoir s’il va y avoir une catastrophe dans la gestion des résidus miniers, mais plutôt quand. »

Pour lui, tout porte à croire que la minière pourrait ne pas avoir à vivre avec ces conséquences.

« Le gouvernement a introduit des nouvelles dispositions dans la Loi sur les mines pour décharger les compagnies minières, après une durée de 15 ans, lorsque les travaux sont satisfaisants pour le ministre qui suit le plan de restauration. Mais là, on parle d’événements catastrophiques qui ne sont pas prévisibles », rappelle Rodrigue Turgeon.

Il évoque le combat mené il y a quelques années contre un autre projet.

« Envisager l’entreposage de déchets radioactifs à proximité des humains à Sept-Îles, c’est une insulte qu’on ajoute sur une population qui a déjà fermé la porte à l’uranium il y a de cela à peine 15 ans », conclut Rodrigue Turgeon.

Droit de réplique à Torngat

Chez Métaux Torngat, les inquiétudes de Québec Meilleure Mine sont entendues. Et on ne nie pas la présence de matière radioactive dans les résidus qui seront entreposés à la SFPPN.

« Oui en effet, on ne va pas se le cacher : plus tu as des terres rares, plus tu as de l’uranium et du thorium. Ce sont des matières radioactives naturelles, mais il faut préciser qu’on ne fait pas l’exploitation et la transformation de matières radioactives, pas d’enrichissement d’uranium », indique Emmanuelle Becaert, directrice environnement, santé et sécurité chez Métaux Torngat.

L’entreposage des résidus est, selon les études menées jusqu’ici, compatible avec un environnement comme les terrains de la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire qui sont dans la mire de Torngat, selon Mme Becaert. 

« On va mettre les mesures en place pour réduire les impacts. Par exemple, sous la pile de résidus, il va y avoir des géomembranes, des systèmes de détection… Au niveau de la radioactivité, il y a des calculs théoriques qui ont été faits avec des surestimations de la radiation, on a fait des modélisations et ce n’est pas problématique », résume-t-elle.

Des tests de lixiviation sont présentement en cours. « On connaît la composition de ce qui va se retrouver au site de Sept-Îles. Au niveau de la mine, on a fait beaucoup d’échantillonnage et des tests biochimiques sont en cours sur échantillons de résidus. »

Les activités d’exploration à la mine font l’objet d’un suivi rigoureux, via un programme de radio protection. « On a des dosimètres sur les travailleurs, des appareils qui mesurent le radon, entre autres, et toutes les données qu’on collecte démontrent que le niveau d’exposition est très bas », renchérit Mme Becaert.

Emmanuelle Becaert, ing., Directrice, Environnement, Santé et Sécurité Métaux Torngat Photo courtoisie

Les questionnements sur le « post-mine » sont entendus. « À la fermeture, qui sera progressive, on va remettre ça à l’état naturel. Il y aura du monitoring tant et aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce qu’on démontre qu’il n’y ait plus d’impact. »

Travailler pour le pire

Les catastrophes naturelles éventuelles ne sont pas éludées par l’entreprise, précise sa directrice environnement, santé et sécurité.

« On conçoit pour le “worst case scenario”, parce que, malheureusement, il y a des catastrophes partout. »

Le parallèle avec Mine Arnaud n’est pas tout à fait juste, aux yeux de Mme Becaert. « Arnaud, c’était une mine à ciel ouvert à quelques kilomètres de Sept-Îles, avec des émissions de poussières provenant des activités de minage. L’empreinte était 5 à 7 fois plus grande que la nôtre. C’est incomparable au niveau des impacts. Mais c’est sûr que notre projet n’est pas un petit magasin de crème glacée… », conclut-elle.

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