Le Groupement agroforestier de la Côte-Nord a célébré son 40e anniversaire aux Escoumins, un moment charnière pour une organisation qui a vu son rôle évoluer dans un contexte forestier en pleine transformation. Malgré les incertitudes du marché, son directeur général, Samuel Jalbert, demeure optimiste pour l’avenir de la forêt privée nord-côtière.
Le 28 novembre, membres, partenaires et employés se sont réunis afin de souligner quatre décennies d’aménagement forestier sur le territoire. À la tête de l’organisation depuis le printemps 2023, Samuel Jalbert, voit dans cet anniversaire une occasion de réflexion collective.
« C’est un jalon important. On voulait le souligner. On n’a pas cherché à faire quelque chose de gros ni de très protocolaire, mais on voulait saisir l’occasion pour se rencontrer, discuter, échanger », explique-t-il, rencontré lors de l’événement qui rassemblait une cinquantaine de convives.
Les défis des 40 prochaines années
Comme plusieurs organisations régionales, le Groupement fait face à des enjeux de recrutement. « Pour le groupement, c’est un peu cliché, le recrutement de la main-d’œuvre, c’est un défi », note M. Jalbert. L’entreprise cherche actuellement à pourvoir deux postes, en plus de composer avec une main-d’œuvre saisonnière régulièrement difficile à trouver localement.
Les nouvelles technologies représentent également leur lot de complexité. « L’intégration des nouvelles technologies, ça avance tellement vite. C’est toujours un défi un peu. Surtout dans une petite entreprise, le moindre petit bug me revient, et je ne suis pas informaticien. »
À ces enjeux opérationnels s’ajoutent ceux propres à l’industrie forestière, dépendante du marché de la construction. « Le Québec est un exportateur de bois. Quand les États-Unis ne construisent pas de maison, ça va mal au Québec dans l’industrie forestière. C’est ce qu’on connaît présentement. »
Malgré ce contexte difficile, une entente conclue avec Domtar apporte une certaine sécurité. « On a signé un contrat d’approvisionnement avec l’usine de Domtar de Baie-Comeau pour trois ans. On a une nouvelle entente avec un prix favorable par rapport à ce qu’on a connu dans le passé. C’est positif, mais c’est un peu paradoxal par rapport au climat global », divulgue Samuel Jalbert.
Cette entente garantit un volume annuel de 15 000 m³ de bois récolté. L’entreprise se dit ouverte à de nouvelles ententes qui pourraient hausser ce volume dans les années à venir.
Les budgets publics destinés aux travaux sylvicoles, eux, suscitent des questions. « On voit qu’on rentre dans une période d’austérité un peu, et que les budgets risquent d’être à la baisse », se désole l’ingénieur forestier de formation.
Malgré tout, les activités de l’année 2024-2025 se déroulent comme prévu. L’organisation a investi plus de 1 M$ en travaux sylvicoles au 31 mars 2024, un sommet historique. « Là, en 2025, on avait un budget disponible autour de 700 000 $, et on va l’utiliser au complet », confirme le directeur.

Un nouveau membre qui change la donne
L’année dernière, un ajout important est venu transformer la portée du Groupement : l’arrivée d’un propriétaire privé majeur. « On a recruté un membre qui a une superficie d’environ 24 000 hectares. Ça, c’est énorme, ça a plus que doublé notre superficie sous aménagement », se réjouit M. Jalbert.
L’entreprise concernée, Aménagement forestier Portneuf, amène une stabilité accrue au niveau des opérations. « Ça nous donne de la prévisibilité, de la marge de manœuvre dans nos opérations. »
Le Groupement s’adapte à la diversité des propriétaires, dont plusieurs acquièrent des lots pour des usages récréatifs. « On peut faire des interventions plus petites. Les propriétaires sont toujours libres de faire leurs interventions eux-mêmes, à leur échelle, ça peut être avec leurs équipements », tient à préciser Samuel Jalbert.
D’ailleurs, le nouveau slogan du Groupement, qui a été dévoilé lors de la soirée anniversaire, démontre cette vision d’ouverture. « Quelle est votre vision du territoire ? On n’impose pas notre vision, on est là pour vous conseiller », confirme le dg.
Des projets de diversification
Certaines idées mijotent pour l’avenir, notamment le développement de lots appartenant au Groupement agroforestier lui-même.
« On possède des lots sur le bord du fleuve aux Bergeronnes. C’est une propriété qui a un potentiel récréotouristique assez élevé. C’est sûr qu’à tout moment, on risque de vouloir développer ça », mentionne M. Jalbert ajoutant que de tels projets serviraient notamment à réduire les risques financiers liés aux cycles forestiers.
Pour Samuel Jalbert, l’essentiel du message réside dans la relation au territoire nord-côtier. « Les forestiers généralement, on n’est pas juste attaché à la forêt, c’est le territoire. On veut développer, on veut vivre sur ce territoire-là. On veut développer cette économie-là pour créer de l’emploi et que les gens soient en mesure de bien vivre. »
