Itinérance : une mise en garde contre l’élan de générosité dans la Manicouagan
Le Comité Vigilance en itinérance Manicouagan est formé entre autres de Patrick Desbiens et Frédéric Fournier d'Homme Aide Manicouagan, de Josée Mailloux de Centraide Haute-Côte-Nord Manicouagan, de Fabrice Labrie du CREAM et de Shawn Bourdages de la TROC-CDC Côte-Nord. Photo Karianne Nepton-Philippe
Malgré un élan de générosité, vu sur les réseaux sociaux, pour aider les personnes en situation d’itinérance, les organismes de la Manicouagan appellent à la prudence. Beaucoup de campements sont abandonnés et Homme Aide Manicouagan constate que la situation est « moins pire qu’on pense ».
C’est ce qu’indique Frédéric Fournier, copropriétaire d’Attitude nordique et maintenant conseiller clinique en intervention psychosociale par la nature et l’aventure pour Homme Aide Manicouagan. Ce dernier et Patrick Desbiens, codirecteur d’Homme Aide Manicouagan, ont mis en place une intervention dans les sentiers.
« On voyait des informations passer qui faisait état qu’il y aurait peut-être des dizaines, voire même une centaine de personnes dans le secteur de la rivière Amédée », explique M. Desbiens.
« Nous sommes allés faire état de la situation. […] On a trouvé principalement des zones de campements abandonnés », précise-t-il.
Notons que l’organisme Homme Aide Manicouagan fait partie du Comité Vigilance en itinérance Manicouagan, tout comme Centraide Haute-Côte-Nord Manicouagan, le CREAM et la TROC-CDC Côte-Nord.
Générosité : mise en garde
Après avoir constaté que les campements du secteur de la rivière Amédée étaient abandonnés, le comité demande aux citoyens de cesser d’y déposer du matériel.
« Rassurez-vous, dit Patrick Desbiens. Au travers de la bienveillance qu’on a vue sur les réseaux sociaux, il y a aussi le sentiment d’impuissance. […] Mais, il faut se rassurer. On nous a dit que ça va. »
L’intervenant dit comprendre le sentiment de vouloir aider, mais que d’aller porter des vêtements directement sur place est « une fausse bonne idée ».
Les organismes ont aussi eu connaissance que des gens ont tenté d’aller à la rencontre de campeurs de fortune. Toutefois, les intervenants rappellent que les personnes en situation d’itinérance ne veulent pas nécessairement être identifiées quand elles s’installent en forêt.
Ils ne souhaitent pas non plus créer un effet de déplacement des campements sur le territoire.
Intervention dans les sentiers
Alors qu’Homme Aide Manicouagan se concentre de plus en plus sur l’intervention par la nature, l’organisme met maintenant en place de l’intervention de travail de sentier pour bien comprendre le phénomène de l’itinérance.
« Plusieurs secteurs ont été identifiés, mais on a choisi celui de la rivière Amédée, parce que c’était le plus névralgique. Mais il s’est avéré abandonné », explique le codirecteur d’Homme Aide Manicouagan.
Patrick Desbiens et Frédéric Fournier ont enfilé leurs raquettes et sont allés constater d’eux-mêmes le secteur.
Ils ont trouvé une personne itinérante, installée en forêt à environ une heure de marche de Baie-Comeau. « Il est installé là depuis longtemps et il nous a dit que les gens qui étaient dans ces campements avaient quitté les lieux, probablement avant les premières neiges », indique Patrick Desbiens.
« Il nous a dit qu’il remerciait la population de leur générosité, mais que c’était suffisant vu que les campements étaient démantelés et que le matériel était au-delà de ce qui était nécessaire. »
« Heureusement, le constat est que la situation est beaucoup moins pire qu’on pensait », note Frédéric Fournier.
Ceux-ci mentionnent toutefois que le nombre de campements pourrait remonter au printemps, comme c’est arrivé cet été.
Appeler les organismes
La directrice générale de Centraide Haute-Côte-Nord Manicouagan, Josée Mailloux, propose aux gens voulant aider de se tourner vers les organismes.
Elle voit d’un bon œil que la population de Baie-Comeau et des environs est de plus en plus sensible à la réalité des personnes qui se retrouvent en situation d’itinérance.
« On invite plutôt les gens à aller remplir les frigos communautaires et pour les objets, le dépannage de l’Anse est une bonne place », mentionne Mme Mailloux, qui précise que les choses sont gratuites pour les gens dans le besoin qui y sont envoyés en référence.
Patrick Desbiens soutient qu’il y a du mouvement dans le phénomène d’itinérance dans la Manicouagan et que le but des organismes est de bien le comprendre. Josée Mailloux, pour sa part, souligne que les organismes formant le comité travaillent ensemble pour aider le plus de gens possible.
Des lits disponibles
« Il y a actuellement des places en hébergement d’urgence qui sont disponibles dans nos deux ressources, la résidence St-Joseph et Point de Rencontre », précise Josée Mailloux.
Ces deux organismes ont adapté leur capacité d’accueil et sont en mesure d’aider les personnes en situation d’urgence à court terme.