Dans moins d’un an, les Québécois retourneront aux urnes pour se donner un nouveau gouvernement, le 43e depuis l’élection du 15 juillet 1867, ayant abouti à l’élection de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau comme premier ministre. Depuis la confédération, il y en a eu 24. Henry Gustave Joly de Lotbinière a eu le plus long règne (1878-1899) tout comme plusieurs autres Libéraux.
Seul Maurice Duplessis évince tous les autres par sa longévité comme premier ministre lors de deux mandats (1936-1930 et 1944-1959). Depuis 1976, les rênes du pouvoir alternent entre Péquistes (23 ans) et Libéraux (22 ans). En 2018, la Coalition Avenir Québec de François Legault a modifié la donne. Après sept ans de pouvoir, elle semble maintenant usée à la corde. On la décrit déjà comme un vieux parti, pourtant encore très jeune (la CAQ a été fondée le 11 novembre 2011), éloignée des 150 ans du Parti libéral et des 57 ans du Parti québécois.
Donc en octobre prochain, les Québécois seront appelés à élire un nouveau gouvernement. Qui choisiront-ils ? S’ils ferment les yeux et se bouchent les oreilles, ils voteront en fonction de leurs convictions, des promesses tenues et brisées, en un mot, de l’appréciation des performances du gouvernement sortant. Mais dans le contexte actuel, difficile de porter des bandeaux et des bouchons d’oreilles.
Les médias nous bombardent d’informations sur les malheurs des partis politiques à quelques mois du Jour J. Crise au Parti libéral : le leadership du chef Pablo Rodriguez est remis en question par suite de la tempête provoquée par le silence de Marwah Rizgy et son refus d’expliquer les raisons du congédiement de sa cheffe de cabinet Geneviève Hinse. Mme Rizgy était cheffe parlementaire. Elle a été suspendue, puis expulsée du caucus libéral.
Depuis, le Parti libéral traverse une zone de turbulence en raison d’allégations concernant la course à la direction qui a abouti à l’élection de M. Rodriguez. Ces allégations reposent sur des textos, que le parti remet en cause. Pour tenter de faire la lumière, le parti a choisi de mandater une firme externe pour enquête sur ces « textos troublants », en mot sur la course elle-même. Durant la tornade, les principaux candidats à la chefferie se sont rangés derrière leur chef Pablo Rodriguez, qui affirme qu’il n’a rien à cacher.
Les Libéraux sont excédés. Ils ont perdu six points dans les intentions de vote (27 à 21 %). C’est comme si le travail de terrain pour regagner la confiance des Québécois avait été balayé dans un grand coup de vent. On a même voulu établir des comparaisons avec l’ère Charest. Pourtant Jean Charest n’a jamais été accusé de quoi que ce soit de reprochable. Il marche la tête haute et, dans le monde politique, on continue de faire appel à son expertise.
Bref, la crise a profité au Parti québécois qui y a gagné sept points. Il trône au sommet des intentions de vote avec une incroyable note de 39 %. Mais le chef Paul St-Pierre Plamondon est aussi contesté par le milieu artistique, dont il a dénoncé la « vacuité intellectuelle » et « l’aplaventrisme » après la nomination de Marc Miller comme ministre de l’Identité et de la Culture canadienne. PSPS accuse les artistes de manquer de loyauté envers le Québec. On est très loin du parti de René Lévesque qui avait gagné les artistes à sa cause.
La marmite politique bouille depuis plusieurs mois. Certains réclament le départ de François Legault et son remplacement par on ne sait qui. La CAQ s’est engagée dans des réformes qui déplaisent, mais qui sont essentielles. Elle a peut-être navigué trop rapidement pour tenter de reprendre de la popularité. Évidemment certains échecs comme la réforme de la SAAQ ou les promesses non tenues de la filière batterie alimentent le désappointement des citoyens, mais comme le suggère le proverbe, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, il faut faire preuve de patience et de compréhension. L’économie est une dame capricieuse, dont les largesses nous arrivent quand on s’y attend le moins.
Enfin pour conclure ce tour d’horizon, n’oublions pas les Solidaires. Québec Solidaire en est à sept co-chefs depuis 2006. Le parti vit aussi des moments de tension à la suite du départ de Vincent Marissal. On accuse l’ancien journaliste de manquer « de transparence, de loyauté et d’intégrité » envers son parti. On le qualifie d’opportuniste, surtout quand on a appris qu’il se négociait une possible entrée au PQ. Marissal n’a jamais caché qu’il est indépendantiste et, honnêtement, s’il passe au PQ, il comblera un vide dans ce parti, soit l’absence de candidatures intéressantes et utiles quand un parti aspire à gouverner.