Chronique de Réjean Porlier – Paul St-Pierre Plamondon et le sentiment d’urgence

Par Réjean Porlier 7:00 AM - 14 décembre 2025 ex-maire de Sept-Îles
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Paul St-Pierre Plamondon. Photo courtoisie PSPP

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Paul St-Pierre Plamondon est un politicien hors norme qui n’a rien d’un roseau qui penche au gré du vent. Animé par cette urgence de voir le Québec prendre les rênes de sa destinée, urgence entre autres justifiée par le recul du français dans notre propre cour, il a choisi de miser sur l’alignement de nombreux faits, plutôt que de se camper dans l’émotivité. Cet intellectuel, à qui on reproche tantôt son manque de sensibilité, tantôt sa rigidité, nous a démontré qu’il ne ménagerait aucun effort pour placer la souveraineté du Québec à l’ordre du jour.

Et sincèrement, ça fait du bien de voir le PQ ne pas ajuster le discours en fonction de la température de l’eau.

En quoi un fédéralisme qui par moment s’est dit renouvelé a-t-il réellement contribué à freiner le déclin du français, et ce, malgré l’engagement de certains ministres à Ottawa ? Quant à cette immigration massive et débridée, dont il ne faudrait parler que du bout des lèvres pour ne pas offusquer, est-il possible d’aborder le sujet dans sa globalité sans être taxés de racisme ?

Si les Libéraux fédéraux ont fait de l’immigration massive un générateur de votes gagnés à l’avance, nous sommes certainement en droit d’exiger une large réflexion sur ses réels impacts pour notre société. Attention aux raccourcis intellectuels, je ne résume pas l’immigration à cette utilisation qu’en ont faite des politiciens en quête de votes. L’immigration a toute sa place et particulièrement lorsqu’il est question de donner un refuge à des gens chassés de leur pays. Sans compter qu’elle contribue indéniablement au maintien d’une démographie qui bat de l’aile et particulièrement chez nous, sur la Côte-Nord.

Néanmoins, une politique responsable d’immigration doit nécessairement tenir en compte la capacité d’une société à accueillir et intégrer les nouveaux arrivants. Surtout, elle ne doit pas conduire à la ghettoïsation et l’instauration d’une nouvelle classe de citoyens.

C’est simpliste et malhonnête de soutenir une inclusion tout azimut en faisant miroiter l’égalité des chances, alors que notre réflexe naturel, lorsque l’équilibre est rompu, est de pointer du doigt ce qui a changé dans notre environnement.

Ceux et celles qui refusent d’envisager l’immigration massive comme un élément à considérer lorsqu’il y a rupture d’équilibre, brandiront la déshumanisation et feront des parallèles douteux sur des accointances avec les nouvelles politiques au sud de notre frontière, où le racisme et le suprémacisme sont désormais cautionnés par le Président lui-même. Une autre façon d’éviter le débat en cristallisant les parties, comme sait si bien le faire Donald Trump. On le condamne pour ensuite l’imiter…

PSPP est parfois maladroit, comme il l’a été dans le dossier de la culture, remettant en question la loyauté des organisations culturelles vis-à-vis la cause souverainiste, mais on ne pourra pas lui reprocher cette langue de bois devenue la norme. Sans doute a-t-il souhaité fouetter les troupes, mais il devra prendre acte que le milieu culturel ne regorge pas de Pierre Falardeau qui ne demandent qu’à en découdre avec le fédéral. Malgré tout, nos artistes représentent sans contredit, un des meilleurs remparts à cette asphyxie programmée qui gagne du terrain. Ne sous-estimons pas la nouvelle génération qui fièrement se tiendra debout, j’en suis persuadé. 

Il y a présentement une fenêtre pour le seul parti au Québec qui fait de l’indépendance une priorité. Bien sûr, la faiblesse des autres partis n’est pas étrangère à cette résurgence du PQ : les Libéraux sont aux prises avec leurs vieux démons, ceux qui ont mené à la Commission Charbonneau. La CAQ s’accroche à la laïcité et à la langue pour tenter de faire oublier ses déboires économiques et Q.S. dépoussière le dossier de l’indépendance, bien conscient que l’exode de ses membres ne peut avoir profité qu’au PQ.

Quant au parti Conservateur, cette voix plus à droite, ce serait une erreur de ne pas la considérer. Elle exprime minimalement un rejet du statu quo et condamne l’inefficacité d’un état embourbé dans une lourdeur bureaucratique jamais vue, ce qui contribue à sa popularité, laquelle est le reflet du cynisme ambiant.

Bref, la campagne est bel et bien lancée et j’espère que nous saurons contribuer à un débat d’idées et pas seulement nous enfermer dans notre émotivité.

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