Raviver l’histoire de Labrieville

Par Johannie Gaudreault 12:00 PM - 16 décembre 2025
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Labrieville est le berceau des grands chantiers d'Hydro-Québec. Photo Hydro-Québec

La Ville de Forestville donnera une nouvelle vie à l’histoire de Labrieville dès 2026 grâce à quatre kiosques historiques installés sur des sites choisis avec soin. Porté par des citoyens, soutenu par Hydro-Québec et réalisé avec plusieurs partenaires, ce projet vise à rappeler le rôle crucial de ce village de travailleurs dans le développement régional.

La mairesse de Forestville, Micheline Anctil, a confirmé lors de la séance du conseil municipal du 9 décembre que le projet de mémoire de Labrieville, amorcé il y a quelques années, prendra forme dès le printemps ou l’été prochain.

L’initiative, réclamée par d’anciens résidents de Labrieville, veut s’assurer que l’histoire de ce village ouvrier ne disparaisse pas.

« Ce projet verra finalement le jour. Il y aura quatre sites, les uns complémentaires aux autres. Ce n’est pas une répétition sur quatre infrastructures. Elles viendront rappeler les grands moments de Labrieville qui, en grande partie, quand il y a eu le déménagement des maisons à Forestville, a aussi créé des quartiers complets à Forestville. C’est un rappel de cette histoire en photos et en textes », a divulgué la mairesse.

Le projet réunit plusieurs acteurs concernés par l’histoire du secteur : la Zec de Labrieville, dont le territoire englobe l’ancien village, Hydro-Québec, la Première Nation de Pessamit et la Ville de Forestville. Les archives proviendront notamment de la municipalité, de Pessamit, d’Hydro-Québec et d’anciens résidents.

« On est dans les archives de la ville, il y en a aussi beaucoup du côté de Pessamit. Leur site à eux c’est Papinachois qui sera développé. Il y en a beaucoup aussi à Hydro-Québec », précise Mme Anctil ajoutant que c’est la société d’État qui finance entièrement le projet, une implication qu’elle qualifie de « contribution exemplaire ».

Pour Hydro-Québec, cette participation s’inscrit dans sa volonté de réaliser des projets porteurs pour la région, qui mettent en valeur la richesse historique des ouvrages hydroélectriques ayant façonné le développement du Québec.

« Le complexe Bersimis et la ville de Forestville occupent une place centrale dans cette histoire. […] Nous sommes fiers de soutenir cette initiative qui reflète notre engagement envers les communautés et notre désir de valoriser l’héritage des ouvrages hydroélectriques qui ont contribué à bâtir le Québec moderne », déclare la conseillère relations avec le milieu chez Hydro-Québec, Andréanne Jean.

Quatre sites, quatre volets de l’histoire

Les installations prendront la forme de petites maisonnettes extérieures où seront affichés photos, textes et panneaux retraçant les moments marquants de Labrieville.

Elles seront situées au bureau d’accueil touristique de Forestville, à Papinachois, en collaboration avec Pessamit, au bureau d’accueil de la Zec de Labrieville, ainsi qu’à un quatrième emplacement qui reste à confirmer sur le territoire de Forestville.

Un technicien muséographe a été embauché pour structurer le contenu historique. Il s’agit d’Éric Lévesque, guide muséal au Musée de la Petite anglicane à Forestville. Son mandat de 12 semaines sera entièrement financé par Hydro-Québec.

« Le projet déposé par la Ville de Forestville, consistant à installer quatre mobiliers urbains de style maisonnette, comportant des photos et des commentaires gravés afin de raconter cette page importante de l’histoire régionale, répond pleinement à l’importance de préserver et de transmettre la mémoire collective », affirme Mme Jean.

« Ces installations, situées à des endroits historiquement significatifs, permettront aux générations actuelles et futures de mieux comprendre l’impact de ces grands chantiers sur notre société », enchaîne-t-elle.

Les coûts du projet n’ont pas encore été déterminés par Hydro-Québec. « Le projet est en analyse par Hydro-Québec et, suivant son approbation, il sera présenté au public incluant les coûts et la participation d’Hydro-Québec », dévoile Andréanne Jean.

Le bureau d’accueil touristique de Forestville accueillera une des infrastructures en mémoire à Labrieville. Photo Johannie Gaudreault

Une initiative citoyenne d’abord

Le projet prend sa source dans la volonté d’anciens résidents de Labrieville de transmettre leur histoire. Plusieurs personnes y contribuent, dont Raymond Brochu, décrit comme un moteur du projet, et Julie Tremblay, qui a regroupé au fil des ans de nombreux anciens du village.

“ Ils ont en mémoire beaucoup d’histoire et ils ont en main beaucoup de photos. Hydro-Québec a aussi une banque de photos et de textes. On va tout mettre ça en commun ”, souligne Micheline Anctil.

Au-delà de la nostalgie, la mairesse rappelle l’importance de mieux faire connaître Labrieville. “ Plusieurs ne savent pas qu’il y a eu là un village de travailleurs fort important ”, dit-elle.

Labrieville est le berceau des grands chantiers d’Hydro-Québec : c’est grâce à la construction des centrales Bersimis-1 et Bersimis-2, ainsi qu’à l’édification du village de Labrieville pour les travailleurs et leurs familles, qu’Hydro-Québec a pu développer son expertise en construction hydroélectrique, expertise qui a ensuite permis la réalisation des complexes Manic-Outardes.

C’est ce pan de l’histoire de la société d’État que Raymond Brochu veut mettre de l’avant. “ Je veux faire reconnaître qu’Hydro-Québec est venu au monde à Labrieville, sur la Côte-Nord. C’est ça mon projet. On entend toujours parler de Manic-5, mais si Manic-5 est là, c’est parce qu’il y a eu autre chose qui est venu au monde avant ”, témoigne celui qui a œuvré 38 ans à Labrieville.

Le Forestvillois travaille sur ce projet historique depuis 12 ans avec son épouse qui est décédée il y a trois ans. “ J’ai commencé en 2015 avec mon épouse, qui n’a pas pu voir le déroulement au complet. J’espère pouvoir voir la finalité du projet avant de mourir et être présent à l’inauguration ”, mentionne M. Brochu, aujourd’hui âgé de 90 ans.

Quant à Julie Tremblay, elle est née à Labrieville, endroit où elle est demeurée jusqu’à huit ans. Elle garde un profond sentiment d’appartenance pour ce village qui a marqué son enfance. C’est pourquoi elle travaille d’arrache-pied pour ne pas que son histoire se perde à travers les années.

“ J’ai organisé en 2007 un rassemblement d’anciens résidents de Labrieville comme pour des retrouvailles. On était 247 personnes et c’était formidable de se rappeler de bons souvenirs de nos années à Labrieville ”, relate-t-elle.

La Forestvilloise est également la créatrice du groupe Facebook Les anciens de Labrieville où des témoignages et des photos sont partagés. “ On est plus de 700 dans ce groupe ”, fait savoir celle qui tenait à apporter sa contribution au projet mis en branle par la Ville de Forestville.

Julie Tremblay et Raymond Brochu, deux citoyens dont le sentiment d’appartenance pour Labrieville ne se dément pas. Photo Johannie Gaudreault

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