Dans l’bon vieux temps, ça s’passait d’même ! Tout le monde connaît l’expression. Elle est d’autant plus d’actualité que nous entrons dans une période festive de l’année. Qui ne se souvient pas de son enfance dans les familles nombreuses d’autrefois où le temps des Fêtes revêtait à la fois un caractère religieux et patriarcal.
À cette époque, on ne craignait pas de souhaiter un joyeux Noël aux parents et amis. Ces mots ne risquaient pas de soulever de controverses. Le Québec d’antan s’unissait derrière des valeurs profondément catholiques et chrétiennes. Personne ne les remettait en question dans l’espace public. Même que ce concept n’effleurait aucun esprit. Les gens se contentaient de vivre et, en un sens, de laisser vivre.
Le temps des Fêtes était associé à la religion catholique. On attendait le Messie promis depuis des millénaires. On le célébrait à l’église du village à la messe de minuit, avant de réveillonner et d’échanger des étrennes. Le temps s’arrêtait dans la douce rêverie de la neige qui tombait du ciel, généreuse et amicale. Il ne battait pas la chamade comme aujourd’hui alors que chaque seconde pèse le poids d’un siècle comme s’il fallait courir plus vite que le vent et la lumière.
Il n’y a aucune nostalgie derrière ce propos. J’ai souvenance de mes grands-parents chez qui on fêtait l’arrivée de la nouvelle année. Noël, c’était très intime, discret, sans artifice dans ma famille. Mais cela ne nous empêchait pas de rêver devant un sapin dressé et décoré pour l’occasion. La magie ne vieillit pas, elle demeure toute simple dans ses vêtements de tous les jours ou ses atours les plus brillants.
La magie, c’est vous, moi et nous tous. C’est le rire d’un enfant qui galope dans l’insouciance et la tranquillité de l’innocence bercée dans les bras de parents aimants. Noël, c’est aussi devenu avec le temps une fête commerciale. Celle-ci rivalise avec la promesse d’un Rédempteur. Comment dire ? On accorde plus d’importance à l’emballage qu’au contenu des choses et à leur valeur réelle.
Est-ce de la morale ? Non ! C’est un constat. Il faut vivre à son époque, être de son temps, sans chercher à tirer les gens vers l’arrière, le passé, comme si c’était la seule promesse d’un monde meilleur. Quand j’étais jeune, parce que je l’ai été, j’étais fébrile en cette période de l’année. Le père Noël, on ne l’attendait pas vraiment. On lui préférait le voisinage de la parenté, les bons vœux, la tournée du Jour de l’An, la bénédiction du grand-père et toutes ces gourmandises qui émoustillaient nos papilles gustatives.
La magie du temps des Fêtes n’a pas disparu parce que l’espace public est perturbé par des conflits et des problèmes sociaux criants attribuables au fait qu’il y a une démesure entre la richesse des uns et la pauvreté des autres. Non, elle s’est seulement assoupie, accroupie dans le froid de l’indifférence attendant le miracle de la petite fille aux allumettes. Un peu de lumière et de chaleur dans ces secondes pesantes comme des siècles comme si tout d’un coup on avait perdu le nord parce que la boussole de la vie était soudainement déréglée, cassée, brisée !
Demain, si l’on s’accordait une minute de silence juste pour faire taire les armes de guerre, les préjugés de l’intolérance, la peur des autres, peut-être pourrions-nous réinventer un monde meilleur et retrouver cette pureté de l’enfance qui nous ouvrait toutes grandes les portes du jour à vivre et du jour à naître.
Aujourd’hui, le monde est pluriel. C’est magique ! En chacun de nous, il y a une petite voix qui nous en montre le chemin. Elle n’est ni religieuse, ni politique, mais simplement humaine. Elle n’engrange, ni ne sème, mais éclaire, lumineuse !
J’en profite pour vous souhaiter de Joyeuses Fêtes ! Notre si belle région grouille d’accomplissements plus spectaculaires les uns que les autres. Je vous laisse les deviner, que ce soit un chemin de pierre ou un appel à la justice et au partage, l’insensibilité n’a pas raison d’être en cette fin d’année.