Peut-on relancer la chasse au loup-marin sur la Côte-Nord?

Par Renaud Cyr 7:00 AM - 20 janvier 2026
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Le phoque est en quantité importante dans le Saint-Laurent. Photo archives - Stéphane Quintin

Des chasseurs des Escoumins et d’Essipit s’inquiètent du futur de la chasse au loup-marin, qui est en péril en raison du manque de relève et du faible potentiel économique de ses produits dérivés.

La situation a déjà été plus rose. Un chasseur rêve de relancer la chasse pour qu’elle puisse être rentable dans le futur.

La chasse au loup-marin fait référence aux trois espèces de phoque qui sont présentes dans l’estuaire du Saint-Laurent, à savoir le phoque du Groenland, le phoque gris et le phoque commun.

C’est une activité ancestrale pratiquée à la fois par les Innus d’Essipit et les allochtones de la région dans une zone populeuse en phoques, comprise entre Tadoussac, Les Bergeronnes et Les Escoumins.

D’abord effectuée en canots, les chaloupes à moteur ont pris le relais dans les années 1960 et 1970, jetant les bases d’une industrie arrivant à joindre les côtés ancestral et lucratif auprès des chasseurs, qui arrivent à se dégager un revenu d’appoint.

Et dans le temps, c’était une activité très populaire. Le chasseur de loup-marin et résident des Escoumins, Donald Tremblay, s’en souvient. « C’était effrayant combien il y avait de chaloupes sur le fleuve », relate-t-il.

Au tournant des années 1990, ce dernier s’est impliqué auprès de la coopérative Transloup et ensuite de sa successeure la coopérative Les Quatre Mains, qui arrivait à vendre le phoque jusqu’à l’international.

« Quand on a commencé ça, on était une vingtaine là-dedans et on liquidait tout. La première année, on en a tué pas loin de 2 000 », se remémore le chasseur.

Un marché en déclin

Les affaires ont été bonnes pendant un certain temps et toutes les parties du phoque étaient utilisées, comme les peaux, la viande, les viscères et les os.

En faisant l’inventaire des produits du phoque, Donald Tremblay note dans son énumération les organes génitaux des mâles dont raffolaient les Chinois.

« Ils faisaient un médicament avec ça, car c’était aphrodisiaque. Ça, c’était vraiment payant », explique-t-il.

Cependant, les prix ont fini par baisser et les exportations n’étaient plus au rendez-vous.

« La première année de la coopérative, on avait 22 $ par peaux, et on vendait la carcasse à 4 ou 5 ¢ », se rappelle M. Tremblay.

« Quand les prix de la peau, de la carcasse et de la graisse ont baissé, tout de suite là, on baissait à peu de près de 16 ou 17 $ du loup-marin », ajoute le chasseur.

Toute bonne chose ayant inévitablement une fin, le marché a décliné et la coopérative a fini par mettre fin à ses activités.

Jason Morneau-Tremblay à l’œuvre sur les glaces. Photo courtoisie

Projet d’étude

Ce n’est pas sans effort que des essais de relance de la chasse et de la profitabilité sont tentés, mais la relève n’est plus au rendez-vous.

« C’est pas mal dispendieux pour les nouvelles générations. Il faut s’acheter un moteur, une chaloupe, et une carabine. C’est assez cher au final », évalue Donald Tremblay.

Celui-ci fait d’ailleurs partie d’un quatuor de chasseurs de la région qui participent à un projet d’étude de Pêches et Océans Canada (MPO), qui vise à en savoir plus sur l’alimentation et la morphologie des phoques du Groenland.

M. Tremblay estime que sans ce projet, la pratique de la chasse serait encore plus marginale dans la région.

« Si on n’avait pas ces projets d’étude là, on irait probablement une fois de temps en temps à la chasse au loup-marin pour le plaisir, mais c’est tout », rapporte-t-il.

« On ramasse le gras, la viande, les moustaches, la mâchoire, et les organes internes. Ensuite, on mesure nos échantillons et on leur envoie », note Jason Morneau-Tremblay, un autre chasseur qui participe au projet d’études.

« Ils veulent savoir ce qu’ils mangent, car les loups-marins sont des grands mangeurs de poisson », ajoute le résident des Escoumins.

Relance

Étant le plus jeune du quatuor, Jason Morneau-Tremblay a quand même vu passer les beaux jours de la chasse au loup-marin. « C’est sûr que quand moi j’ai commencé, le boom était fini », observe-t-il.

Bien qu’il y ait un manque de relève, il est quand même confiant que la chasse pourrait reprendre avec les bons partenaires.

« Il y avait un marché avant. Je suis sûr qu’il y a moyen de développer de nouveaux produits comme la nourriture pour chien domestique ou de traîneaux, de la viande pour les restaurants en ville, et il y a même des gens qui font des savons avec le gras », divulgue-t-il.

Le chasseur n’écarte pas non plus la possibilité de développer les marchés asiatiques, qui peuvent être friands de produits dérivés du phoque.

« Il y a des partenaires qui pourraient mettre de l’argent et faire travailler des gens, et on serait capable de leur fournir les produits. Si ça se faisait, ça serait la merveille du monde », estime-t-il.

Jason Morneau-Tremblay note aussi que la participation de la Première Nation des Innus Essipit pourrait également être une avenue intéressante.

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