Habiter autrement, tel est le nom d’un projet imaginé par Marie-Josée Ouellet pour agir sur l’itinérance tout en impliquant la communauté. Un projet d’immeuble à logements et d’épicerie solidaire pour lequel elle cherche maintenant un porteur.
Citoyenne engagée de Baie-Comeau, Mme Ouellet sait de quoi elle parle lorsqu’elle aborde l’itinérance. Comme mère, elle a vu l’un de ses fils vivre dans la rue à Montréal. Comme mère, elle a subi tous les tourments qu’on peut y accoler. Et, comme mère, elle remercie aujourd’hui le ciel que tout cela soit du passé, même si ça ne s’oublie pas.
« Quand tu vis ça comme mère, tu ne peux plus regarder l’itinérance comme un enjeu social abstrait », reconnaît la dame.
Or, la fermeture du service Entre deux portes en novembre 2025, à Baie-Comeau, l’a grandement secouée. Elle a été en quelque sorte la bougie d’allumage d’une réflexion profonde sur le phénomène de ces personnes sans domicile fixe et sur les façons de les aider à réintégrer la société.
Et sa réflexion, affirme-t-elle, a été facilitée par une période d’arrêt de travail pour maladie au cours de laquelle l’énergie n’y était pas pour faire grand-chose, mais pour penser, oui.
Le projet
Marie-Josée Ouellet a bâti de toutes pièces un projet d’immeuble qui pourrait contenir autour de 25 logements destinés aux personnes en situation d’itinérance, qui bénéficieraient de l’accompagnement d’intervenants dans leur parcours pour s’en sortir.
Elle parle d’un véritable milieu de vie où « les gens peuvent enfin se déposer, reprendre leur souffle et recommencer tranquillement à se reconstruire ».
Une épicerie solidaire, tout comme celles que la Baie-Comoise a déjà fréquentées dans d’autres régions du Québec, ferait partie intrinsèque du projet en permettant aux locataires d’y travailler.
Cette formule, explique-t-elle, n’est ni une banque alimentaire, ni une épicerie au rabais, mais une véritable épicerie ouverte à la population où solidarité et respect de la dignité sont des valeurs fondamentales. Les prix des denrées seraient ainsi ajustés selon la situation financière des clients.
« Avoir le milieu de travail intégré à leur milieu de vie, c’est beaucoup plus sécurisant et on a beaucoup plus de chance de réussir à les réintégrer à long terme dans la société », croit Mme Ouellet.
Cette dernière affirme ne pas prétendre avoir toutes les réponses pour agir positivement sur l’itinérance, mais elle souhaite ouvrir la discussion pour réfléchir autrement.
« Parce que ce qu’on a maintenant, ça ne fonctionne pas », indique-t-elle, en parlant de solutions qu’elle veut plus durables et plus adaptées aux besoins de ces gens-là. Ces gens qui parfois dorment dehors, mais d’autres fois aussi dans une voiture en plein hiver ou sur le sofa d’un ami.

Qui lèvera la main ?
Marie-Josée Ouellet espère que son idée fasse son chemin et qu’une organisation lève la main pour porter le projet vers sa réalisation afin d’aller au-delà des solutions temporaires et des dépannages pour quelques nuits.
Elle a déjà interpellé Centraide Haute-Côte-Nord Manicouagan au sujet de Habiter autrement. L’organisme l’a redirigée vers Cité des bâtisseurs. « On m’a dit que c’était un bien beau projet, mais il faut que tu te trouves des porteurs. Nous, on accompagne », explique-t-elle.
La citoyenne engagée, qui a récemment levé le voile sur son projet sur la page Solidarité Manicouagan, poursuit sa recherche d’appui. Elle assure ne pas remettre en cause le travail des organismes dédiés à la clientèle en situation d’itinérance.
« Moi, je pense qu’il faut plus. Mon concept, c’est complètement nouveau. C’est comme une première démarche pour ouvrir de nouvelles perspectives », conclut-elle, tout en concédant que sans un fils qui a vécu dans la rue, la cause la toucherait probablement un peu moins.
Pourquoi n’avoir pas insister pour tenter de conserver : Entre deux portes.Avec vos idées sans doute que ça aurait été bienvenue.