La ministre fédérale de l’Immigration, Lena Diab, souhaite que son ministère puisse avoir les capacités à vérifier les départs des détenteurs d’un visa temporaire.
Mme Diab dit que l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté sont en mesure de suivre certaines informations concernant des personnes et des groupes spécifiques, mais qu’il n’existe aucun moyen simple de savoir combien de résidents temporaires quittaient le Canada à l’expiration de leur visa.
Elle aimerait changer cela à l’aide d’outils numériques.
«Plusieurs pays dans le monde suivent ces données. Nous devons également le faire, affirme la ministre à La Presse Canadienne. Avions-nous les capacités de le faire auparavant ? Non. Devrions-nous le faire ? Je pense que oui, et nous allons y travailler.»
Près de 1,9 million de visas temporaires doivent expirer au cours de l’année. L’an dernier, ce nombre dépassait les 2,1 millions.
Aaron McCrorie, vice-président à la direction du renseignement et de l’application de la loi à l’ASFC, avait fait savoir à un comité parlementaire que l’agence pouvait suivre les personnes qui quittaient le Canada, leur moyen de transport, leur date de naissance et les documents de voyage qu’elles utilisaient.
Il avait ajouté que l’ASFC n’avait pas la capacité de déterminer si une personne quittait le pays parce que son visa était expiré. M. McCrorie avait expliqué qu’il était possible de vérifier manuellement cette information au cas par cas, mais qu’il s’agissait d’un processus «très laborieux».
Les personnes titulaires d’un visa temporaire ont contribué à une augmentation importante des demandes d’asile en 2024.
Selon une réponse à une question écrite de la porte-parole conservatrice en matière d’immigration, Michelle Rempel Garner,plus de 112 000 personnes titulaires d’un visa de résident temporaire et près de 22 000 personnes titulaires d’un permis d’études ont demandé l’asile en 2024.
Le Canada n’a approuvé que 14 % des demandes des personnes titulaires d’un visa de résidence temporaire et 20 % des demandes des personnes titulaires d’un visa d’étudiant.
Environ 6600 résidents temporaires et 1100 personnes titulaires d’un permis d’études avaient présenté une demande d’asile en 2020. La plupart de ces demandes avaient été approuvées.
Un projet de loi gouvernemental fait actuellement l’objet d’un examen par le Sénat. Le projet de loi C-12 empêcherait les personnes vivant au Canada depuis plus d’un an de réclamer le statut de demandeur d’asile, une méthode souvent employée par ceux dont le visa expire pour rester au pays.
«Au cours des deux dernières années, beaucoup de gens ont probablement été informés que leur dernière option était de demander l’asile. Si les gens ne savent pas, ils vont suivre le meilleur conseil qu’on leur donne, n’est-ce pas ? Je le reconnais», affirme Mme Diab. Nous avons commencé à être clairs et transparents et à dire aux gens exactement ce que nous attendons d’eux, ce que le système d’immigration canadien peut gérer et ce qu’il ne peut pas gérer.»
Les détracteurs ont accusé le gouvernement fédéral de restreindre le droit de demander l’asile. Mme Diab répond que les personnes qui se trouvent au Canada depuis plus d’un an peuvent toujours demander une évaluation des risques avant leur renvoi.
La ministre ajoute que ce projet de loi s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par le gouvernement fédéral pour rétablir la confiance du public envers le système d’immigration après une forte augmentation du nombre de résidents permanents et temporaires admis chaque année. Ce nombre a atteint un pic en 2024 lorsqu’on avait déterminé un objectif de 485 000 résidents permanents admis.
Mme Diab fait valoir que ces efforts ont permis d’atteindre tous ses objectifs pour l’année dernière.
Les données publiques du ministère sur les arrivées de résidents temporaires indiquent qu’au total, 305 000 travailleurs et étudiants sont arrivés au pays du 1er janvier au 30 novembre 2025. L’objectif était d’environ 673 000 résidents temporaires.
«Nous rétablissons le contrôle de notre système d’immigration. Et nous revenons à la durabilité», lance Mme Diab.
Elle mentionne que son ministère teste actuellement de nouveaux services en ligne: l’un offrant un nombre limité de renouvellements de passeport et l’autre proposant des visas numériques à certains voyageurs étrangers.
«Nous devons moderniser notre système, car il est obsolète. C’est une entreprise colossale. Cela prendra un certain temps, mais nous avons commencé et nous ne voulons pas aller trop vite, car si cela tourne mal, cela posera un gros problème pour l’immigration», reconnaît Mme Diab.
Le projet pilote de renouvellement de passeport en ligne s’est amorcé en décembre 2024 et est désormais ouvert à un maximum de 1000 demandes par jour.
Le projet pilote de visa numérique a commencé le 27 novembre 2025 et est ouvert à «un petit groupe» de voyageurs marocains à qui l’on a proposé une version numérique de leur document de voyage en plus d’une version physique.
Le ministère dit qu’il examine actuellement l’efficacité des visas numériques pour les voyageurs et les compagnies aériennes.