Dossier ǀ Le chemin de croix des Nord-Côtiers : la Basse-Côte-Nord est-elle viable sans route ?
Caroline Dufour-L'arrivée travaille dans la serre de la Ferme du Rigolet à Tête-à-la-Baleine. Photo CJTB
La route 138 s’arrête à Kegaska, laissant une quinzaine de villages et près de 5 000 habitants de la Basse-Côte-Nord sans transport terrestre. Vivre en région isolée est une réalité en soi, composer avec le manque de services en est une autre. Mais imaginez maintenant vouloir y mettre sur pied des projets.
Malgré les nombreuses embûches, des visionnaires ont relevé ce défi. Des personnes animées par la volonté d’offrir des solutions concrètes à une population enclavée, mais surtout de contribuer à la survie de ces petits villages qui, année après année, se vident.
C’est le cas de Caroline Dufour-L’Arrivée, directrice générale de la Ferme du Rigolet, un organisme qui contribue grandement à l’autonomie alimentaire de Tête-à-la-Baleine. Toutefois, selon Mme Dufour-L’Arrivée, la viabilité de l’organisme dépend en grande partie du prolongement de la route 138.
« Avec la ferme, on veut alimenter le village, mais la viabilité économique de la ferme ne peut pas juste dépendre de 100 habitants. On a besoin d’augmenter notre chiffre d’affaires. Donc, évidemment, on vise éventuellement à nourrir les autres villages. Puis c’est sûr que, si on a une route, ça simplifierait les choses », explique-t-elle.
Elle donne notamment en exemple la ferme Agro du village de La Tabatière, située à environ 30 km à vol d’oiseau, qui a repris racine depuis mai dernier, après trois ans de pause.
« On pourrait faire des collaborations avec la ferme, que ce soit au niveau des employés, des ressources, des récoltes. La route nous ouvrirait plein de possibilités », confie-t-elle.
Les défis logistiques, notamment le transport d’équipement, représentent également un enjeu majeur pour ces deux fermes nordiques.
Le préfet de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent, Daren Jones, souligne pour sa part la capacité limitée des villages à accueillir des touristes, voire même des travailleurs, en raison de la lenteur des travaux de construction liés à l’absence de la route.
« Il y a du monde qui veut revenir, mais on n’a pas un système d’égouts qui est capable de bâtir d’autres maisons. Ça fait que, tu sais, le monde veut revenir, mais comment ? Avec la route, on serait capable d’avoir la bouffe plus vite, de faire des aménagements plus vite », déclare-t-il.

M. Jones souhaite faire de ce dossier son cheval de bataille pour la durée de son mandat. Il confie tout de même que la démission de François Legault à son poste de premier ministre et les élections provinciales en octobre bousculent l’échéancier, rendant plus difficile la pression politique.
« Mon mandat, dans les deux prochains mois, c’est de me présenter à tous les autres partis de l’opposition, de connaître les candidats, parce qu’on ne sait pas si la CAQ va être là. C’est le mandat de la MRC, c’est vraiment d’être en contact continu avec tout le monde », dit-il.
Il reconnaît que la route 138 est en quelque sorte sur la glace, comme bien d’autres projets du gouvernement, mais qu’il ne faut pas, à ce stade, « lâcher le morceau ».