Code Béluga : le Saint-Laurent révèle ses secrets
Des échantillons d’eau ont été prélevés à trois reprises au cours du printemps et de l’été 2025 à quatre endroits sur chacune des rives du Saint-Laurent. Photo Johanne Fournier
De Rimouski à Tadoussac, de Cacouna au Centre écologique de Port-au-Saumon, quatre communautés riveraines ont participé, l’été dernier, à un projet scientifique dont les résultats viennent d’être publiés. À partir d’échantillons d’ADN environnemental recueillis sur les deux rives du Saint-Laurent, Code Béluga dresse un portrait inédit de la biodiversité de l’estuaire.
Le projet a été mené en collaboration avec Espace pour la vie et Génome Québec. Le choix des quatre sites d’échantillonnage n’a rien laissé au hasard. Sur la rive sud, les secteurs de Cacouna et du Bic à Rimouski ont accueilli des citoyens et des groupes scolaires du primaire et du secondaire. Sur la rive nord, Tadoussac et le Centre écologique de Port-au-Saumon ont également mobilisé leur communauté.
« Les gens qui sont venus participer à l’échantillonnage peuvent aller voir quelle espèce on a réussi à détecter », mentionne la conseillère en éducation et vulgarisation scolaire à Génome Québec, Noémie Poirier Stewart.
À chacun de ces quatre endroits, une équipe de six employés du Biodôme a proposé aux participants de puiser un échantillon d’eau du fleuve, qui était ensuite filtré sur place. Les activités se sont déroulées à marée haute à trois moments stratégiques : fin mai, début juillet et fin août 2025, permettant d’obtenir un portrait évolutif de la biodiversité.
Le béluga détecté dans tous les sites
L’ADN récupéré sur les filtres a été envoyé au centre d’expertise et de services de Génome Québec à Montréal pour être séquencé et analysé. Disponibles depuis peu, les résultats confirment la présence du béluga dans chacune des quatre zones échantillonnées.
« On est vraiment satisfait d’avoir réussi à détecter le béluga à chaque endroit choisi ; c’est déjà une très belle confirmation, se réjouit la biologiste. À chacun des moments et des sites choisis, on a une idée de la biodiversité. »
Dans chacun des quatre sites, l’analyse a révélé la présence de nourriture pour le béluga : lançon, capelan et autres poissons ainsi que de petits mollusques gastéropodes. Ces données confirment que ces zones constituent des habitats propices pour cette espèce sentinelle de l’estuaire québécois.
Variété d’espèces détectées
Les quatre sites ont aussi livré leurs secrets. Au-delà du béluga, l’ADN environnemental a permis de détecter des espèces peu connues, comme le liparis, ce petit poisson transparent qui vit dans le fond du fleuve. L’ADN du poisson-alligator, doté d’épines sur le museau, a également été détecté.
« Aux quatre endroits où on a échantillonné, c’est de l’eau salée, précise Mme Poirier Stewart. Mais, on a détecté des espèces d’eau douce, dont le doré, qui est dans les affluents pas très loin. C’est parce que le fragment d’ADN n’a pas eu le temps de se dégrader entre sa sortie de l’affluent d’eau douce et son arrivée dans le fleuve. »
Les quatre zones ont également révélé la présence d’animaux terrestres, comme le castor et l’orignal, dont les fragments d’ADN sont transportés par le ruissellement jusqu’au fleuve. Cette détection illustre le concept de bassin versant et la connectivité entre les écosystèmes terrestres et marins.